‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 68 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

C’est sur ces entrefaites que Haldimand reçut une lettre de lord Sydney (1) lui signifiant que la demande de congé qu’il avait faite, deux ans auparavant, avait été acceptée et qu’il devait retourner en Angleterre.

Il s’embarqua le 15 novembre 1784. La population, en général, semble l’avoir vu partir sans regret.

Haldimand avait certainement de grandes qualités et de belles facultés d’esprit. Homme de jugement, doué d’une forte intelligence, c’était, en plus, un grand amateur de livres. Il mettait beaucoup d’ordre dans tout ce qu’il faisait. La magnifique collection de documents qu’il nous a laissée et qui porte son nom lui assure une place à part dans l’histoire du Canada. Garneau, qui a jugé sévèrement son administration, dit :

Il serait injuste d’attribuer à lui seul toute la responsabilité de ses rigueurs. On doit reconnaître, à travers les préjugés et les préventions qui l’obsédaient, ses intentions bienveillantes pour les Canadiens. Il avait recommandé de leur conserver les terres situées entre le fleuve Saint-Laurent et les frontières des Etats-Unis, et ii fit agréer ce plan, contraire à celui de lord North, par lord Sydney (1784). L’erreur d’Haldimand fut d’exagérer l’esprit de l’ancien régime français dans son administration de la colonie ; car le pouvoir exige peut-être encore plus de talent pour être exercé d’une manière judicieuse, que le pouvoir balancé. Aujourd’hui que ses années de lourde tyrannie sont loin de nous, on connait mieux Haldimand ; on saisit mieux le fond de sa pensée. Ses allures brusques et despotiques lui seront pardonnées en

(1) A la suite de la guerre de l’Indépendance, de grands changements eurent lieu dans le cabinet anglais. Lord North, premier ministre depuis 1770, avait donné sa démission en 1782 (20 mars). Le marquis de Rockingham l’avait remplacé, mais celui-ci laissa bientôt la place à lord Shelburne (21 février 1783). Le duc de Portland prit alors la direction nominale du ministère. Le 19 décembre 1783, le roi chargea William Pitt, le second lord Chatham, de former un nouveau ministère. Les tories revenaient au pouvoir et allaient le garder pendant de longues années. Des remaniements importants furent également faits dans les charges de l’État. La position de ministre des colonies créée en 1768, fut abolie, de même que le conseil du commerce et des plantations, en 1782. Un secrétaire du département de l’Intérieur fut chargé des fonctions attribuées autrefois au ministre des colonies. Sir Evan Nepean fut le premier secrétaire d’État permanent à l’Intérieur. Thomas Townshend remplit cette position conjointement avec Nepean, en 1782. Sir Evan Nepean fut remplacé par lord North, et Townshend, par Fox, en 1783. A la fin de décembre 1783, Townshend, créé baron de Sydney, devint de nouveau secrétaire d’Ètat au département de l’Intérieur, position qu’il occupa jusqu’en 1789.

faveur des mesures qu il fit adopter pour nous conserver une partie du sol découvert et livré à la civilisation par nos ancêtres (1).

Le lieutenant-gouverneur Hamilton fut chargé de l’administration de la province. Au Conseil, il s’était toujours montré l’adversaire acharné de Haldimand, et la faction qui voulait l’introduction des institutions britanniques au pays profita du passage de Hamilton au poste d’administrateur pour faire adopter au Conseil, en 1785, l’ordonnance instituant le procès par jury en matières commerciales (2).

Le triomphe des adversaires de Haldimand fut de courte durée. Au mois d’août 1785, Hamilton était destitué et remplacé par le colonel Hope, un ami de Haldimand et des Canadiens. Le roi l’avait choisi pour ce poste, disait lord Sydney, à Hope, d’après l’opinion qu’il s’était faite de son zèle, de sa modération, de sa prudence, et pour mettre fin à 1 esprit de parti (3). L’harmonie parut renaître dans le Conseil, pour un moment du moins.

Hope ne croyait pas que le temps fût venu d’abroger l’Acte de Québec. Il suggéra au secrétaire des colonies de lui donner le pouvoir de nommer un plus grand nombre de canadiens catholiques au Conseil. “ Comme ce corps est revêtu disait -il, du pouvoir de modifier les lois, coutumes et usages du Canada, cette mesure me semble seulement conforme à l’équité et ne manquera pas d’avoir d’excellents effets en disposant le peuple à accepter telles modifications qu’il sera nécessaire de faire, dans l’adoption desquelles un nombre égal ou au moins plus proportionnel de leurs concitoyens auront voix délibérative (4) ”.

En octobre 1786, Hope fut remplacé par Carleton, qui, élevé à la pairie sous le nom de lord Dorchester, revenait au pays, comme gouverneur en chef des possessions anglaises dans l’Amérique du Nord.

(1) Hist. du Can., t. II, p. 401.

(2) 25, Geo. III, c. 2. D. C. H. C. (1759-1791), p. 765.

(3) Sydney à Hope, 20 août 1785, arc. can. Q. 25, p. 35.

(4) Hope à Sydney, 2 novembre 1785. D. C. H. C. (1759-1791) p. 780.

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