CHAPITRE XI
Le secrétaire du bureau chef devait inscrire, au fur et à mesure, toutes les listes transmises dans un livre spécial, ouvert au public (l). Lord Dorchester fit ensuite décréter que les filles aussi bien que les fils des Loyalistes recevraient une concession de deux cents acres, les fils en atteignant leur majorité et les filles en se mariant. Afin d’accorder une marque d’honneur aux familles des Loyalistes qui avaient joint le drapeau avant le traité de 1783, il fit également décréter qu’au nom de ces derniers et à celui de leurs descendants, seraient ajoutées, dans les actes publics, les lettres U. E. par allusion au grand principe de l’unité de l’Empire. De la sorte, les Loyalistes qui avaient si vaillamment combattu et leurs descendants, seraient distingués à jamais des futurs colons et leurs noms immortalisés pour toujours (2).
Lord Dorchester en envoyant la copie de ces règlements à lord Grenville (3) lui disait qu’ils avaient été conçusdansun sentiment d’équité, qu’ils avaient pour but de hâter la colonisation de la contrée ouest par de bons sujets et d’y créer une forte et fidèle aristocratie ; ces règlements étaient certainement de nature à attirer une émigration désirable. Il ajoutait que la réserve d’un septième des terres pour les futures concessions serait d’un grand avantage pour la province, mais qu’il serait préjudiciable d’en réserver davantage pour le moment (4).
Six ans s’étaient écoulés depuis l’arrivée des premiers Loyalistes dans les cantons du haut Saint-Laurent. Leur nombre avait augmenté d’année en année, et ils formaient maintenant une population de près de 10,000 âmes. Les différents centres, Cornwall, Brockville, Cataraqui (le futur Kingston), Niagara, où ils s’étaient fixés, se peuplaient rapidement, et la future province d’Ontario se préparait à sortir bientôt de ses langes. Dorchester n’avait rien épargné pour lui assurer une croissance rapide, et les Loyalistes lui devront une reconnaissance étemelle.
(1) Land Book A. Procès-verbal du 17 février 1789, pp. 261-282.
(2) Land Book-A. Procès-verbal du 9 novembre 1789, p. 321.
(3) William Wyndham Grenville, cousin et favori de Pitt, remplaça lord Sydney comme secrétaire d’État, au département de l’Intérieur, au mois de juin 1789. Il fut élevé à la pairie sous le nom de lord Grenville, en 1790.
(4) 27 mai 1790 arc. can. Q 44-1, p. 191.
LA TENUKE SEIGNEURIALE
Il restait à régler la question de la tenure des terres dans la partie déjà colonisée de la province. Allait-on, là aussi, se mettre à faire des concessions en franc et commun socage et permettre aux seigneurs de changer la tenure jusque-là en vigueur dans les anciennes seigneuries.
Nous nous rappelons que sir John Johnson avait proposé la chose dans sa pétition de 1787 (1). Finlay y revenait l’année suivante et écrivait que si la tenure des terres anciennement concédées par le roi de France était changée, on pourrait y établir 20,000 à 30,000 personnes des colonies attachées autrefois au gouvernement britannique. Leurs descendants seraient plus tard d’un grand appoint pour le Canada. Pour attirer ces Loyalistes, il fallait absolument changer le mode de tenure des terres dans les anciennes seigneuries; autrement, ajoutait Finlay, ces colons traverseront les Alleghanys et iront s’établir sur des terres nouvelles dans les parties encore inhabitées du pays. Il suggérait d’ouvrir à la colonisation les terres sises sur la frontière du Vermont, afin, disait-il, de prévenir les difficultés qui ne tarderont pas à surgir de l’occupation irrégulière de cette partie du territoire canadien, par des gens venus des États américains voisins. Pour démontrer la nécessité de cette politique, Finlay annonçait à Nepean que le colonel Eleazar Fitch, du Connecticut, de passage à Québec dans le moment, demandait une immense concession entre le lac Memphremagog et la rivière Saint-François, et s’engageait à peupler quarante cantons dans cette partie de la province. Il avait également entendu dire que sept cents familles de Quakers désiraient quitter le New- Jersey et la Pensylvanie pour venir s’établir au Canada. Ces gens, disait-il, sont sobres et industrieux et seront certainement une bonne acquisition pour la province ; c’est vrai, ajoutait-il, qu’ils s’engagent par serment à ne point porter d’armes, et, en cela, ils n’apporteront aucun appoint nouveau à notre armée, mais, d’un autre côté, comme l’argent est le nerf de la guerre, ils contribueront à augmenter nos forces en nous ouvrant leurs bourses (2).
(1) Voir page 131.
(2) Finlay à Nepean, 4 avril et 30 juillet 1788, arc. can. Q 38, pp. 227 et 348.
Hugh Finlay était venu à Québec en 1760. Membre du Conseil exécutif.