CHAPITRE XII
langue anglaise établis au pays depuis sa cession à l’Angleterre résidaient surtout dans les villes de Québec et de Montréal, et s’y trouvaient dans la proportion d’un anglais pour deux canadiens. Un certain nombre de sujets de langue anglaise demeurait aussi aux Trois-Rivières, à Terrebonne, à William-Henry (Sorel), à Saint-Jean et à l’entrée du lac Champlain. Quelques-uns étaient dispersés parmi les Canadiens dans les paroisses rurales. La proportion du nombre d’anglais à celui des canadiens dans les deux districts de Québec et de Montréal, à l’exclusion des villes, était environ d’un à quarante; dans les mêmes districts, y compris les villes, d’un à quinze ; dans le district de Hesse et dans celui de Gaspé, de deux à trois, et dans toute la province, environ d’un à cinq (1).
La population canadienne française, par le seul excédent des naissance, avait augmenté d’environ 80,000 âmes dans l’espace de trente ans.
Le développement du territoire ouvert à la colonisation était loin d’avoir suivi une marche ascendante aussi rapide. Le mouvement de colonisation avait à peine quitté les rives du Saint-Laurent. Dans le district de Montréal, il s’était surtout cantonné dans les seigneuries de Beauharnois, de Vaudreuil, de Soulanges et des Deux-Montagnes. Les paroisses fondées en haut de Montréal, depuis 1760, étaient les Cèdres (1763), Vaudreuil (1773) et l’île Perrot (1786). Au nord, la paroisse de Saint-Eustache-de-la-rivière-du-Chêne avait été établie en 1771, et celle de Ste-Thérèse-de-Blainville, en 1784. Saint-Martin, fondée en 1774, n’était qu’une nouvelle division dans l’île Jésus. Les paroisses de Saint- Antoine, de Saint-Dénis, de Saint-Mathias, de Chambly, sur le Richelieu, qui, en 1760, n’étaient encore qu’à leur début, avaient pris un essor remarquable. Le territoire de la colonisation s’étendait rapidement de ce côté ; les rives de l’Yamaska se peuplaient et Saint -Hyacinthe, fondé en 1772, était déjà, en 1790, une grosse paroisse. Une autre paroisse, celle de Sainte-Marguerite-de-Blairfindie (l’Acadie), établie en 1782, devait son origine à un groupe d’Acadiens qui étaient allés se réfugier dans les profondeurs de la seigneurie de
(1) Dorchester à Sydney, 8 novembre 1788. D. C. H. C. (1759-1791), pp. 938-940.
POPULATION ET NOUVELLES PAROISSES
Longueuil, quelques années après la cession. Un autre groupe de ces réfugiés acadiens, attiré par le curé de l’Assomption, M. Jacques Degeay, s’était établi, en 1770, dans cette seigneurie ; ils y avaient fondé la paroisse de Saint -J acques-de-1’ Achigan, qui eut son premier curé en 1774. L’année suivante la paroisse de St-Roeh-de-FAchigan était, à son tour, fondée ; enfin, on comptait encore trois paroisses nouvelles dans cette direction, celle de Saiiit-Cuthbert, fondée en 1765, celle de Saint -Paul-de-Lavaltrie, en 1786 et celle de Sainte-Anne-des-Plaines, en 1788. Dans le district des Trois-Rivières (l), c’était presque l’état de stagnation; aucun nouveau centre n’y avait été ouvert depuis 1760. Les paroisses de la Baie-du-Fèvre, de Gentilly, d’Yamaska, de la Rivière-du- Loup, d’Yamachiche, de Maskinongé avaient augmenté considérablement en population, mais nullement quant a 1 étendue du territoire habité.
Dans le district de Québec, les paroisses bordant les deux rives du Saint -Laurent avaient doublé et quadruplé, en certains endroits, leur population, mais elles restaient toujours confinées dans leurs anciennes limites. Deux paroisses nouvelles ont suren arrière de Lévis depuis 1760. l’une, Saint-Henri, dans la seigneurie de Lauzon, fondée en 1766, l’autre, Saint-Gervais, dans la seigneurie de Livaudière, établie en 1 7 80. Cette dernière était, comme Blairfindie et Saint -Jacques-de-1 Achigan, une fondation acadienne. Les deux paroisses de Saint -Gervais et Saint-Henri avaient déjà une grosse population en 1790. Plus au sud, les établissements de la Nouvelle-Beauce, sur la rivière Chaudière, prenaient de l’ampleur, si bien, qu une nouvelle paroisse, celle de Saint-François, y était établie en 1774. C’était, pour ainsi dire, le seul endroit où il se faisait de la colonisation dans le district de Québec. Sur la rive nord, nous ne trouvons qu’une seule paroisse établie depuis 1760, celle de la Malbaie, en 1774.
Au sud, l’immense territoire compris entre Kamouraska et Rimouski se peuplait lentement. La paroisse de Saint- Germain-de-Rimouski venait d’être fondée (1789), mais elle n’avait pas encore de prêtre résident, Un missionnaire, M.
(1) Le district des Trois-Rivières avait été rétabli dans ses anciennes limites par une ordonnance du 29 avril 1790. Rapport concernant tes travaux des Archives publiques pour les années 19 Ut et 1915. Ottawa, 1917, p. 244.