‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 93 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Une industrie à laquelle on attachait beaucoup d’importance et que l’on s’efforçait de développer est celle des forges de St-Maurice. Burton en parle longuement dans son rapport concernant l’état du gouvernement des Trois-Rivières, et vante la qualité du fer que l’on obtenait du minérai extrait des mines de Saint-Maurice. Il dit que la couronne retirerait de grands avantages à améliorer cette industrie, qui fournirait un excellent fer pour la construction des vaisseaux de Sa Majesté. On pourrait aussi en fabriquer des poêles, des instruments agricoles, des ustensiles de cuisine, comme on le faisait sous le régime français. Haldimand, pendant son administration aux Trois-Rivières (1763), s’occupa de réorganiser les forges, et se chargea lui-même de leur exploitation. Tout le fer qu’on en retirait était vendu au profit du roi (1). Après le départ de Haldimand, en 1765, les travaux d’exploitation furent de nouveau interrompus. Ce ne fut qu’en 1767 qu’ils recommencèrent sous la direction de Christophe Pélissier, auquel Carleton avait loué le terrain des mines et les forges elles-mêmes pour un terme de seize ans. Dès l’année 1770, on expédiait 138 tonneaux de fonte, et cette exportation se continua les années suivantes à peu près dans la même quantité. A l’expiration du bail de Pelissier, en 1783, les forges furent affermées à Conrad Gugy, seigneur de Grosbois et de Grandpré ; enfin, à la mort de Gugy, en 1787, MM. Alexander Davidson et John Lees, deux marchands de Québec, se rendirent acquéreurs du bail consenti à Gugy, en 1783. Ces deux derniers continuèrent l’exploitation des forges de Saint-Maurice jusqu’en 1801 (2).

Les liqueurs fortes et les mélasses formaient les principaux articles d’importation. Une distillerie pour le rhum fut installée à Québec, en 1769, mais le produit qu’elle mit sur le marché ne pouvait suffire aux besoins de la population et était de nature inférieure. On continua donc d’importer du rhum comme par le passé. C’était surtout les colonies anglaises voisines qui fournissaient cette liqueur au Canada. Chaque été, des corvettes de Boston en débarquaient de grandes quantités, à Québec : 250,754 gallons, en 1768 ; 248,385, en

(1) Arc. can. B. 21-1 et 21-2. Rapport sur les arc. canadiennes pour l’annêe-

(2) Dunn à Castlereagh, 24 juillet 1807, arc. can. Q 104-7.

COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE

1769 ; 213,829, en 1770 ; 216,055, en 1771 ; 165,649, en 1772 • 349,805, en 1773 ; 701,305 en 1774. L’Acte du Revenu de Québec (1774), en abaissant les droits sur le rhum importé de la Grande-Bretagne et des Antilles et en élevant ceux imposés sur le rhum importé des États-Unis, donna le coup de mort à ce commerce très fructueux pour les Américains. L’Angleterre et les Antilles continuèrent à fournir ce produit au Canada, en petite quantité, cependant, jusqu’en 1783. L’importation du cognac anglais, prit à cette époque, une grande importance, et cette boisson devint bientôt aussi abondante que le rhum.

Après 1783, l’importation des mélasses et des sirops des Antilles diminua considérablement (1). L’Angleterre venait d’appliquer à ses anciennes colonies d’Amérique les restrictions des Actes de navigation. Le marché américain fut fermé aux planteurs des Antilles, et la perturbation économique qui s’en suivit amena la ruine des producteurs de sucre et de la production elle-même. Par une proclamation officielle du 16 avril 1784, tout commerce par eau entre le Canada et les États-Unis fut prohibé. L’année suivante, des instructions spéciales envoyées à Haldimand l’obligeaient à passer une ordonnance défendant l’exportation des pelleteries aux États-Unis (2). La métropole resserrait peu à peu les liens qui l’unissaient aux colonies restées fidèles, au risque même de les étouffer.

Le Canada, comme les Antilles, ne tarda pas à ressentir les désagréments de ces restrictions. L’Acte de Québec avait rétabli dans la province le droit civil de l’ancien régime. Les marchands voyaient dans ce retour aux vieilles lois françaises le principal obstacle au développement du commerce. Us se plaignaient surtout des décisions contradictoires des cours de justice dans les procès pour le recouvrement des dettes, de la lenteur de la procédure dans la cour d’appel, du manque d’un bureau d’énrégistrement et d’une loi sur les faillites. Les lois françaises, disaient-ils, ne leur offraient pas une

(1) Statistiques du commerce de Québec (1768-1783), arc. can. B 201. Importations et exportations du port de Québec, pour les années 1783, 1784, 1785 et 1786, arc. can. Q 27-1, p. 429.

(2) Instructions additionnelles à Haldimand, 26 mai 1785, D. C. II. C. (1759-1791), pp. 723-724.

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