‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 94 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

garantie suffisante de sécurité ; c’est ce qui les empêchait d’engager leurs capitaux dans un commerce de trop grande envergure. Toute la correspondance officielle du temps est remplie de ces doléances.

Quoi qu’il en soit de ces plaintes, il est certain que le Canada subissait alors une crise économique, provoquée plutôt par le contrecoup de la révolution américaine que par le retour aux lois françaises. Au fond, la politique imposée par le “ Pacte colonial ” était la cause de tout le mal.

Le commerce des pelleteries était en baisse. Carleton avait reçu l'ordre de faire des règlements sévères pour régulariser la traite avec les sauvages (l). Le 9 mars 1777, il avait émis une ordonnance défendant de vendre des liqueurs enivrantes aux sauvages, et de trafiquer avec eux sans être muni d’une licence, et cela, sous peine d’une amende de cinquante louis (2). Les traiteurs s’étaient lancés dans la voie des grandes découvertes. Dès 1774, Alexander Henry, Peter Pond, Joseph et Thomas Frobisher, avaient pénétré jusqu’au lac Winnipeg et bâti le fort Cumberland, sur la rive est de ce lac.

De nombreux aventuriers les avaient suivis. Des désordres, provoqués par la rivalité qui existait entre tous ces trafiquants et surtout par une énorme distribution de liqueurs enivrantes aux Indiens, ne tardèrent pas à éclater. C’est afin de ramener la paix entre les traiteurs et arrêter la démoralisation des Indiens que Joseph et Thomas Frobisher avec Peter Pond, Alexander MacKenzie et MM. Todd, McGill et McTavish,de Montreal, fondèrent, en 1783, la “Compagnie du Nord-Ouest ”. Cette compagnie allait prendre le contrôle de la traite des fourrures dans l’Ouest canadien, et devenir une puissante rivale pour la compagnie de la baie d’Hudson. Les pelleteries de la compagnie du Nord-Ouest étaient descendues à Montréal, à partir de Michilimakinak, par le lac Huron et la rivière Ottawa. On suivait, pour pénétrer dans l’ouest, l’ancien chemin du lac à la Pluie, découvert

(1) Instructions au gouverneur Carleton, (art. 32) D.C.H.C. (1759-

(2) Rapport concernant les travaux des archives publiques pour les années 191k et 1915 (Ottawa, 1917) Appendice C. (66-69).

COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE

par le chevalier de Laverendrye. Après le traité de 1783, une partie de ce chemin se trouva en territoire américain.

Afin d’éviter la rencontre des trafiquants américains et les troubles qui en auraient résulté, on se mit à suivre une nouvelle route qui avait l’avantage d’être complètement en territoire canadien. Cette route, qui venait d’être découverte par les frères Frobisher, passait par le lac Nipigon et tombait sur une petite rivière se déchargeant dans le lac des Bois. De ce lac, on se rendait à celui de Winnipeg en suivant la rivière du même nom. Les provisions nécessaires pour le ravitaillement des postes de l'ouest étaient expédiées par la voie des grands lacs. Ici, une difficulté se présentait. Ces provisions devaient être transportées sur les vaisseaux du roi, qui étaient trop peu nombreux pour suffire à la besogne. Il arrivait donc que les provisions étaient détenues en route pendant de longs mois, au grand détriment des trafiquants et surtout des marchands qui étaient obligés d’attendre plusieurs années pour être remboursés de leurs avances. Trafiquants et marchands demandèrent en vain le rappel de cette mesure ; on croyait que, en la maintenant, on empêcherait les Canadiens d’aller vendre leurs fourrures aux Américains (l). Malgré tout, les pelleteries restaient toujours le principal objet du commerce d’exportation. On peut s’en rendre compte par la quantité de fourrures expédiées du port de Québec durant les années 1769, 1778 et 1786 (2).

Comme nous l’avons vu plus haut, la côte du Labrador fut

rattachée à la province de

Québec, en

Carleton

(1) Rapport sur les Archives du Canada, pour 1890,

par Douglas Brymner.

(Ottawa, 1891). Note C. Explorations (2) Exportations de fourrures.

au Nord-Ouest.

Peaux de castors .

Martres .

Loutres .

Visons .

Fouines .

Renards .

Ours .

Rats musqués .

Ratons .

Peaux de chats, en caisse .

Peaux de chats, en paquets .

Loups .

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