‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 95 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

reçut l’ordre de sauvegarder les propriétés et les biens immobiliers que les Canadiens possédaient sur cette côte et de protéger les pêcheries sédentaires qu’ils y avaient établies (l). Les Canadiens étaient débarrassés de sir Hugh Pelliser,mais ils restaient en butte aux vexations des pêcheurs américains qui exerçaient le métier de corsaire sur toute la côte du Labrador et même dans le golfe Saint-Laurent. Ils faisaient une guerre acharnée aux pêcheurs canadiens et à ceux des îles de Jersey et de Guernesey, établis sur la côte de Gaspé et dans la Baie-des-Chaleurs. Ils allèrent jusqu’à détruire, en 1778, les établissements des frères Robin, à Paspébiac, et à s’emparer de leurs vaisseaux et de leurs provisions. Il fut entendu, au traité de Paris, en 1783, que les Américains continueraient à jouir du droit de pêcher dans le golfe Saint- Laurent et qu’ils auraient la liberté de “ faire sécher ou de préparer le poisson dans tous les havres, baies et criques de tous les domaines de Sa Majesté Britannique en Amérique Les Américains n’usèrent de ce privilège que pour donner une plus grande expansion à leurs actes de piraterie. Le magistrat de Gaspé, Félix O’Hara, écrivait à Haldimand, en 1785, qu’il était difficile d’y mettre fin tant que les étrangers auraient la permission de saler leur poisson sur le rivage.

L’arrivée des Loyalistes dans la Baie-des-Chaleurs ramena la paix. Les frères Robin purent rétablir leurs pêcheries à Paspébiac, et le commerce du poisson prit tout de suite une grande activité (2) . Chaque printemps, de nombreux pêcheurs quittaient Québec et les paroisses du sud du fleuve. Montés sur de petites goélettes, ils allaient faire la pêche à la morue sur les côtes de Gaspé et dans la Baie-des-Chaleurs. C’est de cette époque que datent les premiers établissements des gens de la région de Québec sur la côte de Gaspé. On prenait dans le temps une énorme quantité de morue qui, salée ou séchée, était expédiée en Angleterre et aux Antilles. Cette pêche à la morue fut une véritable mine pour les Canadiens durant les premières années du dix-neuvième siècle. D’après la première ordonnance concernant les pêcheries, rendue par lord Dorchester en 1778, tous les sujets canadiens jouissaient

(1) Instructions à Carleton (1775), D. C. H. C. (1759-1791), pp. 592-593.

(2) Voir sur cette question des pêcheries dans la Baie-des-Chaleurs, le volume B 201 des archives canadiennes.

COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE

du privilège de se livrer à la pêche dans n’importe quelle baie de la côte de Gaspéet de la Baie-des-Chaleurs, et de s’établir sur le rivage pour y saler, sécher et nettoyer leur poisson, à condition toutefois que les endroits où ils se fixaient n’aient pas été concédés à quelque particulier. Les pêcheurs venus de l’Angleterre et des possessions britanniques jouissaient du même privilège (1).

^Une autre question attirait dans le moment l’attention du gouverneur. Depuis plusieurs années, une grande quantité de bois de commerce était expédiée à Québec par la voie du Richelieu. La vallée arrosée par cette rivière était recouverte de riches essences forestières ; le chêne surtout y abondait. La hache du bûcheron ne tarda pas à faire de larges trouées dans cette forêt vierge. Les arbres abattus, débarassés de leurs branches et mis en radeaux, étaient descendus par eau à Québec. De là, le pin et l’épinette convertis en planches et en madriers, le chêne mis en grosses pièces carrées, étaient envoyés en Angleterre pour la construction des vaisseaux de la marine royale. Du pin on faisait surtout des mâts de navire, le chêne était employé à la fabrication des rames. Une grande quantité de cercles et de douves de tonneaux étaient expédiés annuellement aux Antilles. En somme, le commerce de bois avait pris un développement considérable, lorsqu’éclata la guerre entre l’Angleterre et les colonies américaines. Un État américain, le Vermont, contribuait, pour une large part, à ce développement. On comprend que la mesure défendant tout commerce entre le Canada et les États-Unis, imposée par l’Angleterre, à la suite du traité de 1783, causa une douloureuse surprise aux habitants du Vermont. Us jugèrent qu’une des branches les plus importantes de leur commerce extérieur était sérieusement menacée, et décidèrent d’agir immédiatement afin de restreindre autant que possible les effets désastreux de cet acte mal inspiré.

Le 7 avril 1785, le lieutenant gouverneur Hamilton, annonçait à lord Sydney l’arrivée, à Québec, d’un groupe de délégués du Vermont. Us venaient, disait-il, négocier un trai-

(1) 28 Geo. III, Ch. 6. Rapport des archives publiques (1914-1915). (Ottawa, 1917). Appendice C. 221.

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