CHAPITRE XIII
té de commerce entre cet État et le Canada. Incertain de la tactique à adopter dans les circonstances, il les avait renvoyés sans leur avoir donné de réponse définitive (l). Les Vermontais renouvelèrent la même demande l’année suivante, et lord Dorchester, plus avisé que Hamilton, se laissa convaincre. Il écrivait à Sydney (2) qu’il croyait que la prohibition du commerce entre le Canada et les États-Unis ne s’appliquait qu’aux importations par mer, et qu’il avait, à la demande des marchands de Québec et de Montréal, émis une ordonnance permettant l’importation du tabac, de la potasse et de la perlasse, par le lac Champlain (3). La manière d’agir du gouverneur fut approuvée par Sydney, qui lui permit, en outre, de faire les règlements nécessaires à ce sujet (4). L’année suivante, Dorchester émit une nouvelle ordonnance (5) permettant l’importation aux États-Unis, toujours par la voie du lac Champlain et de la rivière Richelieu, des différentes espèces de bois propres à la construction des navires, des produits de la ferme, des animaux vivants, de l’or et de l’argent en espèces ou en lingots. De même, était permise l’exportation aux États-Unis des effets et des marchandises fabriquées dans la province de Québec et dans les autres domaines de la Grande-Bretagne. Ces marchandises devaient être transportées par terre, ou par la navigation intérieure, affranchies de tous droits, impôts ou contraintes. L’importation, par terre et par la navigation intérieure, du rhum, des liqueurs fortes et des monnaies de cuivre restait prohibée. De même l’exportation aux États-Unis des castors et de toutes les pelleteries./'
Les Loyalistes du haut Saint-Laurent protestèrent contre l’entrée libre au Canada de la potasse, de la perlasse et des bois de construction, déclarant que c’était ouvrir la porte à un commerce illicite avec les États-Unis. Ils prétendaient que ce commerce se ferait au détriment général de la province et
(1) Arc. can. Q 24-2, p. 282.
(2) Arc. can. 13 juin 1787, Q 28-4.
(3) 27 Geo. III. Chap. 8. Rapport des archives publiques 11914- 1915), (Ottawa, 1917). Appendice C. 201.
(4) 14 septembre 1787, arc. can. Q 28-28.
(5) 28 Geo. III. Chap. 1er. Rapport des archives publiques (1914-1915) (Ottawa, 1917). Appendice C. 207.
COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE
au bénéfice seulement de quelques particuliers (l). Dorchester soutenait que la province retirerait au contraire un profit du passage des produits américains et que l’Angleterre y gagnerait par l’augmentation de son commerce de transport^). Ce fut son opinion qui prévalut.
D’ailleurs, il avait, sur ce point, l’appui des marchands de Québec ,de Montréal et des Trois-Rivières, qui réclamaient, depuis plusieurs années, l’abolition d’une mesure qui nuisait à leurs intérêts commerciaux. Ces derniers venaient d’exposer au long leurs griefs devant le comité formé par le gouverneur pour faire enquête sur le commerce intérieur et extérieur de la province (3).
Ils se plaignaient vivement des entraves qu’on mettait à leurs relations avec les pays étrangers. La Grande-Bretagne seule leur offrait un marché pour l’écoulement des produits du pays. On les pressait d’entrer en relations commerciales avec les Antilles, et, en réalité, ces îles pouvaient leur fournir des articles de première importance : tels que leSs liqueurs fortes et les mélasses. Les droits imposés par la métropole sur ces articles en rendaient l’importation impossible. En effet, des droits de six deniers et de quatre deniers par gallon, étaient imposés sur le rhum et les mélasses importés des Indes Occidentales. D’un autre côté, le rhum importé d’Angleterre n’était sujet à aucun droit. Le droit sur les mélasses causait un grand tort aux quatres distilleries de la province. Faute d’une importation suffisante de cette matière, elles devaient limiter leur production, pendant que les Américains fabriquaient une quantité énorme de rhum, qui était vendu aux pêcheurs et aux traiteurs la moitié moins cher que celui distillé dans la province. Le résultat était que les américains s’emparaient peu à peu du commerce des fourrures dans l’Ouest, et qu’une contrebande active se faisait entre les ports canadiens de la Nouvelle-Écosse et les ports Américains. Les marchands canadiens réclamaient la suppression des droits de six deniers sur le rhum et de ceux de quatre deniers sur les mélasses, afin d’égaliser le prix de vente du
(1) Pétitions des loyalistes de l’Ouest. D. C. H. C. (1759-1791), p. 930.
(2) Dorchester à Grenville, 21 juillet 1790, arc. can. Q 45-2, p. 532.
(3) Les membres de ce comité étaient MM. Lévesque, Harrison, Collins, Grant et Pownall.