‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 97 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

rhum fabriqué à Québec et de celui importé des Antilles et en même temps de prévenir la contrebande (l).

Une autre demande formulée par les marchands était de pouvoir importer directement du Portugal et de l’Espagne les vins de ces pays qui avaient remplacé sur le marché canadien les vins de France. D’après les règlements imposés par les xûctes de navigation, ces vins devaient être d’abord transportés en Angleterre pour être mis sur des vaisseaux anglais qui les rendaient à Québec. Les taux exorbitants du fret, et les frais nécessités pour le transport en Angleterre, pour le déchargement et le rembarquement de ces vins pour le Canada, égalaient presque le prix d’achat, de sorte que ces vins, rendus à Québec, coûtaient le double de ce qu’ils auraient coûté s’ils avaient été transportés directement. Les marchands ne s’objectaient pas à ce qu’ils fussent transportés par des vaisseaux britanniques ; tout ce qu’ils voulaient, c’est que ces vaisseaux ne fussent pas obligés de passer par les ports de l’Angleterre (2). C’était toujours la doctrine du “ Pacte Colonial ” qui causait tous les désagréments ; malgré tout, elle devait tenir longtemps encore.

Les autres demandes soumises au comité par les marchands avaient trait à l’introduction des lois commerciales anglaises. Les négociants voulaient que l’on suivît le droit coutumier anglais pour le recouvrement des dettes, que l’on tînt des sessions fixes des tribunaux, que l’on abolît le système des tournées. Us sollicitaient l’établissement d’une cour de chancellerie, d’un bureau d’enrégistrement dans le district de Québec, où les notaires seraient tenus de faire inscrire les actes qu'ils passeraient concernant la propriété immobilière. Enfin, les marchands de Québec demandaient l’établissement d’une chambre de commerce (3).

Les nouveaux sujets, les Canadiens, mécontents de ces dernières demandes, prièrent lord Dorchester de ne pas les appuyer, “ car, disaient-ils, pour tous les articles de ces demandes qui ne regardent pas le commerce seul, elles

(1) Dorchester à Sydney, 10 novembre 1787, arc. can. Q 28, p. 226.

(2) Report of the Merchants of Qnebec by tlieir Committee to the honorable Committee on commercial affairs. Quebec Legislative Council. E. Part II. april 1787 to april 1788.

COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE

méritent un désaveu de notre part, comme opposés au bien, aux intérêts, aux droits, et aux privilèges les plus sacrés des divers état qui composent cette province, et à qui, sans daigner les consulter, on veut imposer des lois dont eux seuls sentiront tout le poids (1) ”.

Les marchands anglais chargèrent l’un d’eux, Adam Lymburner, d’aller plaider leur cause en Angleterre. Ce délégué fut entendu à la barre des Communes, le 16 mai 1788. Il lut un mémorandum fort étendu (2) et fit valoir le droit que les négociants a îglais avaient d’être protégés, en démontrant que la presque totalité du commerce intérieur et extérieur du Canada était entre les mains des anciens sujets, que c’était grâce aux industries qu'ils y avaient établies et à l’encouragement donné par eux à l’agriculture, que la province de Québec avait pris un si grand développement, depuis la cession.

Sans doute, il y avait eu un progrès surprenant. L’activité des commerçants anglais avait chargé la face du pays. Le chiffre des importations et des exportations avait doublé depuis trente ans ; de même, le nombre et le tonnage des navires fréquentant le port de Québec (3) . Mais déduire de

(2) Arc. can. Q 62. A-l 1-101.

(3) Liste des vaisseaux entrés au port de Québec et de ceux qui en sont sortis de 1769 à 1786.

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