CHAPITRE XIII
là, qu’il fallait bouleverser les lois du pays, pour plaire à un petit groupe de commerçants, c’était allé un peu loin. L’habitant avait le droit d’être protégé lui aussi. C’était lui qui formait le gros de la pbpulation, cultivait la terre et fournissait, par son travail, les produits dont s’alimentait le commerce. Les marchands achetaient ces produits à des prix fort modérés, et réalisaient, en les expédiant à l’étranger, des profits qui auraient dû les contenter. Ils poussaient à un tel point l’accaparemment des denrées alimentaires que le gouverneur Haldimand fut forcé, en 1780, d’émettre une ordonnance prohibant, pour un certain temps, l’exportation du blé, des pois, de l’avoine, des biscuits, de la farine de toutes espèces et des bêtes à cornes, afin de réduire le coût excessif des vivres. Une autre ordonnance mettait en vigueur dans la province les peines portées en Angleterre contre les monopoleurs, les accapareurs et les regrattiers,mais elle ne fut pas promulguée (l).
Les tables des exportations du blé et de la farine nous donnent une idée des progrès de l’agriculture durant les années qui suivirent la cession (2). Le voyageur suédois
(1) 20, George III. Chap. 1 et 2. Rapport des archives publiques (1914-1915), Ottawa 1917. Appendice C.pp. 103-107.
(2) Exportation de blé, de farine et de pois du port de Québec.
Blé
boisseaux
Farine
barils
Pois
barils
Biscuits
quarts
COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE
Ivalm parle avec enthousiasme des magnifiques champs de blé, d'avoine et d’autres céréales qui s’offraient à sa vue dans le voyage qu’il fit de Montréal à Québec, en 1749. Malgré les vicissitudes du temps et la quasi continuité de l’état de guerre, la culture de la terre avait été la grande occupation du Canadien sous le régime français.
Les Anglais furent cependant fort étonnés de voir l’agriculture si peu avancée dans la province, et Murray, dans son rapport sur le gouvernement de Québec, en exprime toute sa surprise. Il dit que les Canadiens, délivrés des monopoles qui s’exerçaient dans toutes les branches de l’administration sous le régime français, deviendraient plus soucieux de l’avenir et s’appliqueraient davantage à la culture de leurs terres.
Les prévisions de Murray ne tardèrent pas à se réaliser. La paix rétablie, on se remit avec ardeur au travail, et tandis que, sous l'ancien régime, on récoltait à peine assez de blé pour suffire aux besoins de la population, on put, sous le régime anglais, en exporter en Angleterre, à Terreneuve et aux Antilles, en quantités qui, à partir de 1768, allèrent toujours en progressant, si l’on excepte les périodes de guerre et d’embargo.
Finlay écrivait à Nepean, en 1788 (l) qu’il était plus avantageux d’expédier le blé converti en farine, et lui envoyait une série de calculs pour démontrer que, sur 300,000 boisseaux exportés en farine plutôt qu’en nature, la province bénéficiait d’un profit net de 28,838 louis (2).
(1) 4 avril 1788, arc. can. Q 38, p. 230.
(2) Voici une liste des moulins à farine alors en opération :
Minots
Baker . 15 mille
Caldwell 2 . 40
Coffin . 25
Duchesnay . Su
Dennison . 15
Day . 5
Desbarat . 5
Grant 3 . 40
Glenny . 10
Jordan . 50
Remaining for Jacques Cartier. . 65,000
Arc. can. Q 38, p. 231.