CHAPITRE XIII
Même en tenant compte des progrès accomplis depuis trente ans, le développement de l’agriculture était loin d’être en rapport avec la fertilité du sol, et de correspondre à 1 étendue du terrain concédé. Sur 7,885,3203^ arpents de terre concédés sous le régime français, il n y avait encore, en 1784, que 1,569,818 arpents en culture (l).
L’habitant, nous l’avons dit plus haut, pouvait difficilement s’éloigner des rives du fleuve, et l’expansion agricole en était réduite d’autant. De plus, le cultivateur canadien avait beaucoup gardé de son ancienne indolence et de son esprit de routine. Il en était encore aux anciennes méthodes d’autrefois, cultivant la même pièce en céréales pendant des années et des années, ignorant tout des systèmes d’assolement et d’amendement. Il fallait répandre, parmi le peuple, la science agricole.
C’est dans ce but que fut fondée, par l’entremise de Dorchester, la première société d’agriculture du Canada.
Les principaux personnages de l’époque se firent inscrire comme membres de cette société (2) . A leur première réunion, le 6 avril 1789, au château Saint-Louis, Henry Caldwell, le président, exposa dans une harangue qu’il prononça d’abord en anglais, puis en français, le plan général de la société (3). On devait recueillir des souscriptions dans toute la province ; la société serait divisée en branches, chaque branche devait élire, tous les ans, seize directeurs, un secrétaire et un trésorier. Les branches devaient se communiquer réciproquement le résultat de leur expérience, ainsi que les découvertes qui pourraient être faites dans l’intérêt de la société. Les travaux seraient publiés dans la Gazette de Québec et imprimés en brochure. La société offrirait des prix et des récompenses dans le but d’exciter les laboureurs au travail et de créer entre eux un esprit d’émulation. On se proposait d’importer des grains de semences adoptées au sol et au climat du Cana-
(1) Recensement du Canada, vol. 4, 1871, p. 77.
(2) On trouvera les noms de ces membres dans la Gazette de Québec, du 23 avril 1789.
(3) Plan original pour établir une Société d' Agriculture dans la province de Québec. MDCC-LXXXIX. 12 mo. 56 pp.
COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE
da, d’encourager la culture du chanvre et d’améliorer la race des bestiaux.Une souscription annuelle d’une guinée était exigée de chaque membre(l). En somme, la situation commerciale du pays n’était pas mauvaise, et tout laissait supposer qu’elle prendrait avant longtemps un développement encore plus régulier.
(1) Payera and letters on Agriculture, recommanded to the attention of lhe Canadian Farmers, by the Agricultura) Society in Canada. Quebec, Printed by Samuel Neilson, No. 3, Mountain Street. MDCCXC. 12 mo. 34 pp.