CHAPITRE XIII
Ail mois d’août, en apprenant que les hostilités étaient recommencées, en Europe, Milnes convoqua les membres de la Législature qui passèrent une nouvelle loi, remettant en vigueur l’acte contre les étrangers.
Cette session n’avait duré que neuf jours. Milnes annonçait à lord Hobart (1) que la loi avait été passée avec enthousiasme et que jamais on n’avait remarqué un esprit plus loyal. A partir de ce moment, on eut l’œil ouvert sur tous les étrangers suspects.
Au mois de décembre 1803, Baiclay, consul général à New-York, écrivait à Milnes (2) que Jérôme Bonapaite était arrivé à New-York, le 20 novembre ; Barclay ajoutait que Jérôme avait l’intention de se rendre à Albany, pour communiquer avec les Fiançais du Canada, et plus particulièrement avec un nommé Rouse, ami intime de MacLane. On donnait, dans la même lettre, le signalement suivant du frèie de Napoléon : “ Jérôme Bonaparte paraît avoir environ 21 ans ; taille, 5 pieds, 6 ou 7 pouces ; délicatement charpenté, teint blême, menton pointu et proéminent, cheveux bruns, coupés courts (mais il ajoute quelquefois une “ queue ” et est poudré), et yeux noirs. Un gentleman, qui se fait appeler Alexandre, le suit : taille, de 5 pieds 9 pouces à 5 pieds 10 pouces, teint clair, un peu grêle, épaisse chevelure d’un blond ardent, et a une remarquable protubérance sur la partie de l’oreille gauche à travers laquelle se pratique ordinairement le trou où suspendre un anneau.”
Malgré la surveillance active que l’on exerça, ni Jérôme, ni son compagnon ne furent aperçus le long des frontières.
Il semble qu’il y avait plus de vantardises que d’autres choses dans toutes ces histoires de conspirateurs. Napoléon, du reste, était assez occupé en Europe pour ajourner, dans le moment, le projet d’une expédition au Canada. Milnes ne paraît pas s’être trop préoccupé de tous ces complots ; son agent secret à Montréal, le magistrat Richardson, le tenait au courant de tout ce qui se disait.
Des élections générales eurent lieu, au mois de juillet 1804 ; elles se firent sans bruit et ramenèrent en Chambre presque tous les anciens membres.
(1) 12 août 1803 (64). Arc. can. Q. 92, p. 238.
(2) Arc. can. Q. 94, p. 16.
L’ouverture de la première session du quatrième parlement eut lieu le 9 janvier 1805. M. Antoine Panet fut élu orateur pour la quatrième fois.
Ce fut dans cette session qu'éclatèrent, à propos de l’acte (45 Geo. III, c. 13) des prisons, les premiers différends entre les députés anglais et les députés canadiens. Cet acte établissait, sur un certain nombre de marchandises importées au pays, des impôts nouveaux, dont le produit devait être employé à solder le coût de la construction et de l’entretien des prisons de Québec et de Montréal. La plupart des députés anglais, ceux surtout appartenant à la profession mercantile, auraient voulu une taxe sur la propriété foncière, tandis que les députés canadiens, qui représentaient surtout les intérêts de la classe agricole, préconisaient un impôt sur les importations. L’opinion de ces derniers prévalut. Les marchands de Québec et de Montréal furent mécontents, et prièrent le lieutenant-gouverneur de réserver le projet de loi pour le bon plaisir du roi. Milnes s’y refusa et le bill devint loi. De longues discussions s’engagèrent entre les deux partis et il en résulta, entre les deux groupes de la population, un esprit d’animosité qui devait amener une scission entre les membres de la Chambre et les différentes branches de la Législature, et provoquer une crise politique retentissante.
Le cinq août 1805, Robert Shore Milnes s’embarquait pour l’Angleterre, laissant les rênes de l’administration entre les mains du plus ancien membre du Conseil exécutif, l’honorable Thomas Dunn. Celui-ci était un homme modéré et conciliant, sympathique aux Canadiens ; il s’appliqua à maintenir l’ordre et la tranquillité dans la province, mais l’orage grondait et il ne put réussir à le conjurer.
A la mort de Mgr Denaut, arrivée le 18 janvier 1806, il admit le coadjuteur, Mgr Plessis, à prêter le serment de fidélité, comme évêque de Québec, et accepta le révérend Bernard-Claude Panet, comme coadjuteur. “ Il connaissait ce dernier, disait-il, depuis quarante ans, comme bon et loyal sujet (1).” Milnes, alors en Angleterre, écrivait à Shee, sous-secrétaire au département des colonies (2), que
(1) Dunn à Castlereagh (13), 15 février 1806. Arc. can. Q. 100, p. 8.
(2) 14 juin 1806. Arc. can. Q. 101-2, p. 401.