CHAPITRE XIII
s’il avait été à Québec, il n’eût rien fait pour faire nommer Mgr Plessis à la place de Mgr Denaut. Il n’avait que du bien à dire de M. Panet, mais tout de même, ajoutait-il, il aurait hésité à le nommer coadjuteur, à cause des prétentions de son père, l’orateur de l’Assemblée.
Ryland fut choqué. Il laisse voir sa mauvaise humeur dans plusieurs lettres adressées au lord évêque Mountain, rendu lui aussi en Angleterre (1).
Les négociants anglais, de leur côté, ne pouvaient supporter l’échec qu’ils avaient subi, lors du vote sur l’acte des prisons. Dans le but de défendre les intérêts de la classe commerciale, ils fondèrent le Mercury , journal francophobe, qui attaqua bientôt les Canadiens, en les traitant de race étrangère et d’ignorants. “ Cette province, disait ce journal, au mois d’octobre 1806, est encore trop française pour une colonie britannique. Il est absolument nécessaire que nous fassions tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l’accroissement des Français et de leur influence. Depuis quarante-sept ans que nous la possédons, il est juste que la province devienne anglaise.”
Ce langage outré devait nécessairement amener des représailles. Pour se défendre, le parti canadien fonda le Canadien, dont le premier numéro parut le 26 novembre 1806. Rédigé par les principaux hommes du pays, ce journal combattait ses ennemis sur le terrain où ceux-ci s’étaient placés ; il répondait du tac au tac, tout enayant soin de ne point dévier des principes d’un gouvernement constitutiotmel. Les chouayens, les faux patriotes, le juge de Bonne surtout, y étaient pris à partie, et daubés d’importance.
Des bruits de guerre entre l’Angleterre et les États-Unis, suite de l’affaire entre le Léopard et le Chesepeake, couraient alors par la province. Dunn crut devoir appeler le cinquième de la milice sous les armes.
En conséquence, lisait-on dans la Gazette de Québec (3 septembre 1807), des préparatifs de guerre qui se font dans les États-Unis, pendant l’existence de ses différends avec la Grande-Bretagne, on a eu dernièrement recours à de semblables mesures dans ce pays.
(1) Christie, Hist. of L. C., v. 6. p. 82 à 86.
Depuis dix jours il s’est fait, dans presque toute l’étendue de la Province, une levée d’un cinquième de tous les miliciens depuis l’âge de 18 à 50 ans.
Le zèle qui a été témoigné sur cette occasion, à l’exception de quelques individus dans différentes parties du pays, fera toujours honneur à la Province du Bas-Canada.
Le Gouvernement de Sa Majesté, se fiant sans doute sur l’intention pacifique des Etats-Unis et sa supériorité maritime, a laissé cette Province sans beaucoup de troupes réglées ; mais si quelques personnes se sont imaginé que, vu cette circonstance, ce pays tomberait aisément à un ennemi, nous désirerions qu’elles eussent été présentes aux différentes revues des milices qui viennent de se faire. Elles y auraient vu des hommes, formés par la nature et leurs mœurs pour partager tous les travaux et privations de la guerre, laisser avec gaieté leurs champs, au temps le plus précieux de l’année, pour se trouver aux revues ; et là, souvent sous l’idée qu’ils marcheraient immédiatement aux frontières, fournir le nombre d’hommes demandé, avec un zèle approchant de l’enthousiasme.
Pour produire une disposition aussi louable, il n’a pas été besoin, comme aux États-Unis, de fausseté de Gazette, de discours et résolutions enflammatoires, d’Assemblées de Taverne. La seule voix du devoir et de l’honneur a suffi en Canada : et l’effet qu’elle a produit sera aussi durable que ees principes de devoir et d’honneur dans le cœur de tout homme brave et loyal.
Le nombre d’hommes qui vient d’être levé est estimé aux environs de douze mille. Ce nombre peut toujours être soutenu par des milices des endroits menacés et par d’autres détachements, s’il le faut. Le tout, joint aux troupes réglées et mis en activité par les moyens de la Grande-Bretagne, promet une force au moins capable de résister à toutes celles qui peuvent lui être opposées d’ici à longtemps.
Nous ne faisons aucune mention particulière de la bonne conduite de plusieurs divisions, qui est parvenue à notre connaissance. On dira seulement, pour le présent, que les bataillons de Québec et de Montréal ont fait ce qu’on avait droit d’attendre d’eux ; et ils ont été rivalisés par des divisions de campagne.
Mgr Plessis lança un mandement (16 septembre 1807) (1), où était rappelé le grand devoir de l’obéissance à l’autorité établie. Ce mandement fut lu au prône de toutes les églises du diocèse.
(1) Mand. des év. de Québec, Il, p. 29 à 32.