CHAPITRE XIII
Voici ce qu’on lit à ce propos, dans la Gazette de Québec, du 24 septembre 1807.
Dimanche dernier, le 20 du courant, on annonça au prône de la Messe Paroissiale qu’à trois heures de l’aprèsmidi on chanterait un Te Deum pour remercier Dieu des nouvelles faveurs qu’il venait d’accorder à ce pays, en inspirant aux habitants qui le composent, les dispositions les plus favorables pour le service de leur Roi et la défense de leur Patrie.
A l’heure indiquée, le Colonel Brock se rendit à l’Eglise Cathédrale, accompagné d’un nombre d’officiers de grade. Bientôt après on y vit entrer, au son des instruments de musique, plusieurs compagnies de miliciens sous les armes. L’assemblée était nombreuse. La fête s’ouvrit par la lecture d’un mandement de sa Grandeur l’Évêque de Québec. Elle était de nature à commander l’attention de tous les auditeurs et c’est l’effet qu’elle produisit d’abord : Des raisons d’attachement au Souverain légitime, tirées des préceptes de la morale évangélique et des exemples des premiers fidèles, obéissants et soumis, par principe de conscience, aux plus cruels tyrans. Des raisons particulières d’attachement à notre Auguste Monarque, tirées du bonheur dont nous jouissons sous son règne, bonheur d’autant plus précieux qu’il contraste davantage avec le malheur d’une infinité de Chrétiens qui gémissent, de nos jours encore, sous des lois oppressives. L'expression de la joie la plus vive de ce que, cédant à la reconnaissance que doivent inspirer de si grands bienfaits, et attachés à leur devoir ainsi qu’à leur intérêt les plus chers, les habitants de cette province se sont montrés prêts à tout entreprendre plutôt que de s’exposer à changer de gouvernement et à perdre les avantages inestimables qu’il procure. Des souhaits pour que les dispositions manifestées dans l’occasion présente, soient «toujours celles des habitants de cette Province ; et cependant des vœux ardents pour que le ciel veuille bien dissiper les Nations qui veulent la guerre et éteindre en eux tout projet d’invasion. Telles furent, en partie, les choses touchantes et fortement exprimées que l’auditoire écouta et reçut, comme elles le méritaient, avec les marques les plus visibles de contentement et d’approbation. Cette lecture finie, on chanta, avec l’accompagnement de la musique, le Te Deum ainsi que le Psaume Exaiidiat dont on répéta à plusieurs reprises le dernier verset : Domine Salvum.
Voilà certainement des faits qui mettent à néant les accusations de déloyauté envers la couronne britannique.
portées contre les Canadiens, par le Mercury et le parti anglais.
D’ailleurs, l’administrateur ne put s’empêcher de reconnaître, par un document public, que les troupes canadiennes avaient montré le plus grand empressement à obéir au premier appel.
Le président, disait-il, se croit justifié en soutenant que, dans aucune partie des Domaines Britanniques, il n’a jamais été témoigné un dévouement plus ardent pour la personne de Sa Majesté et pour son Gouvernement ; et l’on doit particulièrement remarquer que l’idée de défendre leurs propres familles et leurs propriétés a paru, en quelque sorte, dans l’esprit de toutes descriptions en cette province, être un objet de bien moindre considération pour eux que celui de la défense de la cause d’un Souverain justement chéri, et du soutien d’un Gouvernement qui, par expérience, a été reconnu le mieux calculé pour promouvoir le bonheur et assurer la liberté du genre humain.
C’est sur ces entrefaites que débarqua à Québec (1), (18 octobre 1807), le nouveau gouverneur, sir James Craig.
Lui aussi fut favorablement impressionné par tout ce qu'il vit à son arrivée. Dans un ordre général daté du 24 novembre 1807, il louait les Canadiens de leur esprit de loyauté, et les mettait en garde contre les écrits séditieux répandus dans les campagnes par les émissaires américains.
(1) Son Excellence le Lieut. Général Sir James Henry Craig, chevalier du Bain, Capitaine Général en Chef des Provinces du Haut et du Bas-Canada, de la Nouvelle Écosse, Nouveau-Brunswick et les lsles du Prince Édouard et Cap Breton, etc., accompagné de sa suite, arriva ici d’Anglèterre Dimanche dernier au matin dans le vaisseau de Sa Majesté Horatio, George Scott, Écuier, Capitaine.
Êntre midi et une heure. Son Excellence laissa la frégate sous une salve de quinze coups de canon. Son Honneur le Président de la Province, le Colonel Brock, commandant les troupes dans les Canadas, avec un nombre des principaux Messieurs civils et Militaires, s’étaient rendus d’avanee à la place du débarquement pour recevoir Son Excellence. De la chaloupe il monta dans la voiture du Président, et se rendit avec le Président au Château Saint-Louis. En passant sur la place d’Armes, son Excellence fut salué par deux compagnies de flanc des R. N. F. Fencibles qui s’étaient rangées en ligne avec leur drapeau pour le recevoir.
La suite de Son Excellence était composée du Lieut. Co. E. Baynes, du 4ième Bataillon de Garnison, Adjudant Général ; du Major William Thornton, des York Rangers, Secrétaire Militaire premier Aide-de-Camp, du Lieut. E. Davan, du 6ième Bataillon de la Garnison, du Capt. A. Ker, du 43ième Régiment, du Lieut. E. Maccay, du 20ième Régt. Aides-de-Camp. Gazette de Québec. — Québec, 22 octobre 1807.