‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 107 sur 197 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

Malheureusement, Craig devait bientôt modifier ses idées, et recourir aux mesures les plus extraordinaires pour réprimer des complots que son imagination maladive lui faisait voir un peu partout. Ryland l’avait jugé du premier coup d’œil. Il avait enfin l’homme assez souple pour se plier à ses volontés et assez autocrate pour exécuter le programme que lui, Ryland, et le parti anglomane avaient savamment combiné pour asservir les Canadiens.

Il fallait écraser la faction trop belliqueuse du parti canadien à la Chambre (1) ; de là venait le mal, et c’est pourquoi Ryland poussa Craig à engager la lutte contre cette branche de la Législature.

Pendant la session, ouverte par le nouveau gouverneur, le 28 février 1809, la paix régna dans l’Assemblée et on fit de la bonne besogne ; mais il y avait des bruits de tempête dans l’air. M. Bourdages proposa d’exclure les juges de la députation ; le projet de loi, adopté par une majorité de onze voix, fut rejeté par le Conseil législatif. Craig dissimula le mécontentement que lui avait causé la discussion sur l’inégibilité des juges ; son ami, le juge de Bonne, avait été particulièrement visé au cours du débat.

Le parlement fut dissous, le 14 avril, et on annonça immédiatement de nouvelles élections. La campagne électorale fut très vive. Le Canadien se lança dans la bataille, s’attaquant principalement aux juges de Bonne et Sewell. Craig, pour se venger, fit retrancher de la liste des officiers de milice, MM. Panet, Bédard, Taschereau, Blanchet et Borgia. M. Panet, battu dans la Haute Ville de Québec, fut élu par une forte majorité dans le comté de Huntingdon ; c’est à cette élection qu’entra au Parlement le fameux tribun Louis-Joseph Papineau.

Craig fut mortifié du résultat de l’élection. Il écrivit à lord Castlereagh (2) que les élus de la nouvelle Chambre comprenaient quinze hommes de loi, quatorze cultivateurs et, seulement, sept seigneurs. Les premiers, disait-il,

(1) Les principaux députés canadiens formant les groupes de ceux qu’on appelait les patriotes étaient : Pierre Bédard, J.-M. Mondelet, Denis-Benjamin Viger, L. Roi Portelance, François Blanchet, Thomas Taschereau, Joseph Papineau, Louis Bourdages, Jos.-L. Borgia. Les députés bureaucrates canadiens étaient surtout, le juge de Bonne et Claude Dénéchaux.

(2) 4 août 1808 (27) Arc. can. Q. 107, p. 295.

constituent un parti très puissant; étant toujours unis, ils pensent, en s’opposant aux vues du gouvernement, arriver aux positions. La milice leur sert de prétexte, et ils se targuent de soustraire les gens à l’état avilissant de soldat.

Dans une lettre subséquente (1), il disait qu’il y avait en Chambre un fort parti qui cherchait à intimider le gouvernement, et mentionnait qu’il avait destitué de leur charge, dans la milice, les principaux collaborateurs du Canadien. Il ajoutait, en terminant, que le parti canadien était fort en Chambre, et qu’il ne serait pas Surpris de voir l’assemblée populaire prendre quelque décision qui l’obligeât à la dissoudre.

La première session du cinquième parlement s’ouvrit le neuf avril 1809. M. Panet fut réélu orateur.

Dans la discussion sur le discours du trône, M. Bédard revint à l’idée de “ ministère responsable,” qu’il avait lancée à la session précédente. Avec une grande hauteur de vues, il montra que le vice fondamental de la constitution de 1791, était justement cette absence de responsabilité, et que sans cela on n’aurait toujours que le simulacre d’un gouvernement constitutionnel (2).

Le gouverneur, disait-il, est le représentant du roi, mais il est bien certain que Son Excellence, qui n’est ici que depuis si peu de temps, ne peut connaître les dispositions du pays que sur les informations qu’on lui a données. Quoiqu’il n’y ait pas ici de ministère établi en titre d’office, il n’en est pas moins vrai qu’il y a réellement des ministres, c’est-à-dire des personnes d’après les avis desquelles son Excellence se détermine. Il ne s’agit pas maintenant de punir les ministres, la chose n’en vaut pas la peine, mais lorsqu’il deviendra nécessaire de les connaître, la Chambre saura bien où les trouver. Les ministres aiment toujours mieux se tenir cachés, ils n’ont pas toujours été connus en Angleterre comme ils le sont aujourd’hui, c’est l’affaire du bon exercice des pouvoirs que donne la constitution de les obliger à paraître.

M. Bourdages présenta de nouveau un projet de loi pour empêcher les juges de siéger et de voter, et la Chambre

(1) Craig à Lord Castlereagh, 5 août 1808 (29). Arc. can. Q. 107, p. 306.

(2) T. -P. Bédard. Hist. de cinq, ans, p. 80.

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