‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 108 sur 197 · CHAPITRE XEI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XEI

expulsa de nouveau le juif Hart, député des Trois-Rivières. C’en était trop. Craig vint, le 15 mai 1809, proroger la session et dissoudre le parlement. Il écrivait en même temps à lord Castlereagh (1) qu’il espérait bien qu’aucun des députés répréhensibles ne serait réélu.

La réponse de Castlereagh dut le surprendre. Le ministre des colonies lui disait tout simplement qu’il était allé trop loin, et que si, à l’avenir, quelque malheureux différend venait à surgir entre lui et l’Assemblée législative, il devrait» en prononçant la dissolution, avoir soin d’exprimei des intentions si raisonnables et si mesurées que l’Assemblée élue ne puisse ensuite attaquer ses déclarations (2). C’était là, la réponse officielle. Dans une lettre personnelle, annexée à la précédente, le ministre s’expliquait plus clairement. Il concédait qu’il était difficile de gouverner une Chambre provinciale constituée comme l’était celle du Bas-Canada. La principale difficulté vient, disait-il, de ce qu’il n’existe pas d’autre moyen pour punir une assemblée que la dissolution ; mais c’est une mesure extrême, dont il ne faut user qu’avec prudence. Dans les faits relatés, ajoutait lord Castlereagh» il n’y avait, il semble, rien d’illégitime dans les desseins de la Chambre, et elle n’a fait qu’obéir à l’esprit qui l’anime. En terminant il priait Craig de sanctionner le projet de loi concernant les juges, s'il passait devant le Conseil, et lui demandait de peser ses paroles dans un discours de dissolution.

Les élections eurent lieu au mois d’octobre ; le peuple renouvela sa confiance à ses chefs ; seuls, les indécis, furent renvoyés à la vie privée et remplacés par des patriotes.

La nouvelle Assemblée, convoquée le 29 janvier 1810» commença par déclarer que toute tentative pour lui dicter sa conduite et censurer ses actes constituait une violation.

(1) 5 juin 1809 (59) Arc. can. Q. 109, p. 217.

(2) 7 septembre 1809 (21) Arc. can. Q. 109, p. 217

Robert Stewart, vicomte Castlereagh, naquit en 1769. Ses premières luttes politiques se livrèrent en Irlande où, en qualité de principal secrétaire, ses efforts contribuèrent largement à l'adoption du bill de l’union. A partir de l’union jusqu’à sa mort ,en 1822, il siégea au parlement impérial. Le ministère Addington tira profit de ses services. En 1802, il parvenait à la présidence du bocird oj contrcl pour l’Inde orientale, entrant ainsi dans le cabinet. 11 conserva son poste dans l’administration l’itt, et, en 1805, il accepta en plus, l’office de secrétaire d’Ëtat pour la guerre et les colonies. D. C. II. C. (1791-1818). p. 322, note 1.

de ses privilèges et une dangereuse atteinte aux libertés publiques ; puis elle vota une adresse au parlement impérial par laquelle elle offrait de se charger de toutes les dépenses civiles. Enfin, voyant que le Conseil cherchait à aùiender le projet de loi concernant les juges, elle déclara par un simple vote cpre le siège du ju£e de Bonne était vacant. Alors, l'indignation de Craig ne connut plus de borne ; le 17 mars, il venait dissoudre de nouveau la Chambre. Afin de fiapper un grand coup et d’intimider les électeurs, il fait saisir le matériel du Canadien, jette en prison M. Lefrançois, l’imprimeur, MM. Bédard, Taschereau et Blanchet. Québec ressemble à une ville en état de siège ; des piquets de soldats stationnent dans les rues, le départ des malles est suspendu ; des mandats d’arrêt sont décernés contre divers notables.

Fuis, Craig adresse au peuple une proclamation où il dénonce, en des termes où le ridicule voisine le pathétique, les menées des prétendus conspirateurs (1). Les esprits étaient tellement surexcités, surtout à Québec, que Mgr Plessis crut bon d’intervenir, et de conseiller la modération.

Dimanche dernier, disait la Gazette de Québec, (5 avril 1810), après la lecture attendrissante de la dernière Proclamation de Son Excellence le Gouverneur en Chef, Monseigneur l’Evêque Catholique de Québec prêcha sur la loyauté devant un auditoire composé, en apparence, de sept à huit mille auditeurs. — Les principes incontestables puisés dans les diverses Écritures ; les conséquences étendues, mais extrêmement justes, qui en dérivent ; le détail des biens inappréciables que la Providence verse depuis cinquante ans sur cette colonie ; l’exposition des vues bienveillantes, de la bonté paternelle, des qualités aimables et connues de celui qui représente ici le meilleur et le plus heureux des rois ; — tout, en un mot, fut employé d’une manière pressante, onctueuse et énergique à engager les habitants de cette ville au respect, à l’amour et à la soumission que nous devons tous au Gouvernement civil de cette Province. Puissent les sentiments de ce Prélat, si sincèrement attaché aux intérêts bien entendus de son pays, passer dans les cœurs de tous ceux qui l’habitent. Le discours fini, on chanta le Domine Salvum fac Regem que la musique répéta sur l’air de God Save the King (2).

(1) Arc. can. Q. 112, p. 89.

(2) Le 19 avril, la Gazette de Québec publiait le petit entrefilet suivant:

“ Nous voyons avec plaisir dans les Papiers Publics la justice que l’on rend à plusieurs Ministres de la Religion Romaine en exaltant leur conduite et pour

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