CHAPITRE XIII
Craig crut qu’il avait gagné l’électorat, mais il fut trompé; les mêmes hommes revinrent en Chambre ; Bédard et Blanchet apprirent leur réélection en prison.
C’est sur le coup du dépit qu’il éprouvait de cette opposition irréductible que Craig écrivit sa fameuse lettre du premier mai 1810, à lord Liverpool (1).
C’était tout un plan de guerre qu’il proposait dans cette missive. Dans une première partie il donnait un exposé de la situation, qu’il résumait en un sommaire que nous transcrivons :
Ie Cette province, disait-il, si l’on considère le nombre de ses habitants, est déjà puissante et dans le court espace de 20 à 25 ans le chiffre de sa population excédera un demimillion ;
2° La majeure partie de cette population, c’est-à-dire cette proportion qui vraiment ne saurait être contrebalancée, loin d’être unie à nous par quelque lien d’affection, nous regarde avec méfiance, jalousie et haine ;
leur rendre à tous la même justice on peut avancer sans craindre d’être démenti, qu’il n’en est aucun d’eux qui, dans les circonstances présentes comme dans les précédentes où s’il s’est agi de seconder les mesures justes d’un Gouvernement légitime, n’ait été l’organe d’une Religion qui a pour maxime l’amour, le respect et l’obéissance aux autorités constituées par Dieu pour gouverner les peuples. Et le digne représentant du Monarque bienfaisant qui nous gouverne est si persuadé de leur adhérence à ce devoir sacré qu’il recommande dans sa Proclamation aux habitants de cette colonie de les consulter, bien convaincu et par sa propre expérience et par celle de ses Prédécesseurs, qu’ils n’en peuvent recevoir que des leçons de soumission, d’attachement et de recon* naissance envers le Gouvernement bienfaisant sous lequel nous avons le bonheur de vivre.”
(1) Craig à Liverpool. (No 7). Arc. can. Q. 112, p. 121 à 157.
Robert Banks Jenkinson, deuxième earl de Liverpool, naquit en 1770. Il entra au Parlement en 1790. Pitt le choisit bientôt pour remplir les tâches importantes à la Chambre. A l’élévation de son père au titre de comte, en 1796, il prit le nom de lord Hawkesbury. Il occupa un poste au Foreign Office dans le ministère Addington. Au retour de Pitt, en 1804, il fut transféré à l'Intérieur. Au préalable, il avait été élevé à la pairie ; il devenait alors, dans la Chambre des lords, leader ministériel. Pendant le court règne du cabinet Grenville, Hawkesbury dirigea les forces de l’opposition et prêta son concours à la formation du cabinet (Portland, mars 1807], alors qu’on lui attribua la direction du Home OHice. 11 succéda au comté de Liverpool en 1808, et à la démission du duc de Portland, il monta au pouvoir avec Percival, (décembre 1809), se chargeant cette fois des affaires étrangères. 11 resta peu de temps dans ce ministère, succédant, le même mois, àlord Castlereagh au secrétariat d’Etat, pour la guerre et les colonies. 11 occupa cet office pendant toute la durée de l’administration Percival. Quand ce dernier fut assassiné. Lord Liverpool devint premier ministre (juin 1812) ;avec l'appui du puissant parti tory il garda le pouvoir jusqu’à ce que su santé débilitée l’obligeât de se démettre, en février 1828. ü. C. H. C. (1791-1S18), p. 377, note 1.
3 Ils sont et se considèrent eux-mêmes français ; ils sont attachés à la nation française par l’identité de" religion, de langue, de lois et de coutumes. Ce sentiment est général et. se manifeste au sein de toutes les classes ; les exceptions sont, je le crois, peu nombreuses ;
4 Cette population, plongée dans une ignorance qui ne saurait guère être surpassée et crédule à l’extrême, se laisse facilement séduire par les artifices et les tromperies que peuvent employer avec eux des hommes factieux et intrigants ;
5° Ils sont complètement en ce moment à la merci de ces hommes factieux et intrigants ; •
6° Tous les actes de ce parti ont pour objet de détruire chez le peuple tout attachement que celui-ci nourrirait pour un gouvernement sous lequel il a trouvé, ce qu’il admet d’ailleurs, la sécurité, la liberté et la prospérité et de préparer les voies pour rétablir leur union avec ce qu'il considère comme leur mère patrie ;
7° Il y a lieu de craindre que ce parti n’ait réussi à atteindre ee but et que le peuple ne désire un changement de gouvernement ;
8° Le clergé, sous l’influence de son attachement pour la France, est décidément notre ennemi pour d’autres motifs que des motifs de religion ;
9° Le parti qui dirige dans le pays contrôle aussi complètement la Chambre d’assemblée ; il se trouve par conséquent dans une situation exceptionnellement propice à l’exécution de ces projets, et par suite dangereuse au même degré au point de vue des intérêts de Sa Majesté ;
10° D’après la composition de la Chambre, il est vraisemblable qu’elle sera toujours à la merci de tout parti qui en prendra la direction pour l’exécution d’un dessein ; et le gouvernement ne possède aucun moyen d’entraver un tel dessein, quel qu’il soit ;
11° Par suite de préjugés, de jalousie et d’ignorance, on ne doit guère compter que la Chambre, telle qu’elle se compose à l’heure présente, consente à adopter des mesures qui puissent favoriser la prospérité réelle de la colonie ;
12° Le gouvernement est dépourvu de toute influence sur le clergé avec lequel il entretient à peine quelques relations, et l’influence qui s’exerce sur ce dernier est entièrement entre les mains d’un individu qui tient son pouvoir en vertu d’une autorité étrangère, laquelle autorité est aujourd’hui sous le contrôle absolu de notre ennemi invétéré.
Dans la seconde partie de sa lettre, Craig suggérait d’abroger la constitution de 1791, de réunir les deux Canadas ou