‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 110 sur 197 · CHAPITRE XIjJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIjJ

bien de grouper les comtés de manière à augmenter le nombre des députés anglais. La mesure la plus efficace, à son avis, était la suppression de la Chambre. En un mot, il fallait détruire l’œuvre de Pitt et empêcher la majorité de gouverner.

Nous n’avons pas l’intention d’engager une polémique sur les idées émises par Craig dans ce document assez singulier. Nous ne pouvons tout de même nous empêcher de dire que le gouverneur était dans l’erreur et qu’il voyait les choses sous un faux jour. En effet, c’était une fausseté de dire que les Canadiens étaient des sujets déloyaux, animés de tendances révolutionnaires.

Il est vrai qu’ils étaient issus de la vieille race française, qu’ils parlaient sa langue harmonieuse, et étaient des sujets de l’Eglise de Rome ; ils avaient juré obéissance et fidélité à la couronne britannique, et avaient bien, comme aujourd’hui encore, la ferme volonté de rester fidèles à leur serment, mais ils avaient, en même temps, la noble ambition de garder leur langue et leur foi.

C’est ce que Craig ne comprenait pas.

De leur loyauté envers l’Angleterre ils avaient donné des preuves éclatantes, depuis cinquante ans. De quel droit Craig venait-il les traiter de sujets déloyaux et révolutionnaires ? Il pouvait y avoir, par -ci par-là, quelques têtes chaudes, mais ce n’était pas là toute la nation canadienne', le peuple, en général, était animé d’un bon esprit et le clergé, Mgr Plessis en tête, ne négligeait rien pour lui inculquer la soumission au chef du gouvernement, bien que celui-ci ne fût pas toujours d’humeur très conciliante.

Craig chargea Ryland de porter en Angleterre cette dépêche, il lui donnaiten même tempsdes instructions secrètes. Nous avons les lettres où Ryland raconte à Craig les incidents de sa mission. Robert Peel, le jeune sous-secrétaire d’État, qui devait parvenir à une si b .allante renommée, lui fit un accueil plutôt froid ; lord Liverpool se montra fort sceptique sur l’opportunité de mettre à exécution les moyens suggérés par Craig pour rétablir la paix dans le pays. Ryland se morfondit, pendant des mois, allant d’un bureau à l’autre, sans jamais pouvoir obtenir de réponse décisive.

Cette réponse devait être donnée par Liverpool lui-même dans sa lettre du 12 septembre 1810 (1).

La question, y était-il dit, est très délicate et difficile. On peut bien, en droit, faire quelque chose, mais ce n’est pas le temps de songer à abolir ou même amender la constitution ; il faudrait faire intervenir le parlement impérial ; et le “ gouvernement de Sa Majesté, disait le ministre des colonies, est convaincu qu’un appel au parlement, à ce sujet, serait très inopportun, à l’heure présente et qu’il pourrait même avoir des conséquences funestes.” C’est que, dans le moment, la situation du ministère Percival était pas mal indécise. Un mauvais coup de barre pouvait le faire chaiiver. Lord Liverpool faisait des suggestions à Craig: “La ligne de conduite la plus opportune, disait -il, si elle est praticable, consiste à s’efforcer d’obtenir pour le gouvernement, par un exposé ouvert des vues libérales et bienfaisantes de Sa Majesté, et par des moyens de conciliation, le support de l’Assemblée telle que constituée présentement.” C’était là la théorie du gouvernement responsable. Mais ici, lord Liverpool faisait un biais, et ajoutait en guise de correction, que le “ gouvernement exécutif ne dépendait pas nécessairement de la Chambre d’assemblée ”. Puis, il recommandait à Craig, dans le cas où il viendrait de nouveau en conflit avec la Chambre, “ d’employer la prorogation plutôt que la dissolution.” Les propositions de Craig étaient rejetées en bloc et l’échec de Ryland était complet.

En ouvrant le septième parlement, le 12 décembre 1810, Craig fit un discours qui surprit tout le monde. Il ne dit pas un mot des derniers événements, affirma qu’il n’avait jamais douté de la loyauté des différents parlements qu’il avait convoqués, et invita les Chambres à renouveler les lois établies pour la sûreté du pays. L’Assemblée répondit qu’elle se rendrait à son invitation, à condition toutefois que ces lois fussent modifiées de façon à affermir la confiance entre le gouvernement et le peuple. Craig refusa cependant de remettre en liberté M. Bédard. La session fut tranquille et en prorogeant le parlement, le 21 mars 1811, le gouverneur dit que, parmi les nouvelles lois sanctionnées, il avait vu

(1) Liverpool à Craig. Arc. can. Q. 113, p. 51. D. C. H. C. (1791-1818). p. 413-

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