CHAPITRE XIV
tait les débuts heuieux de la colonie qu’il venait d’établir dans l’île du Prince-Edouard, avait attiré l’attention du gouvernement britannique sur la possibilité qu’il y avait d’établir de semblables colonies dans la province de Québec. Mais pour cela, disait Craig, il faudrait enlever tous les obstacles qui s’opposent à la concession immédiate des terrains encore incultes. Le plus grand de ces obstacles, ajoutait-il, a été la mise aux enchères des portions encore disponibles des cantons arpentés.
L’insuccès qui en a résulté a été complet ; aucun enchérisseur ne s’est présenté, et depuis 1804, aucune portion de ces terrains n’a été concédée. Craig proposait à Castlereagh de revenir à l’ancien système, et de laisser aux membres du Conseil la liberté d’accorder des concessions au meilleur de leur connaissance. Pour lui, il était bien convaincu que la colonisation systématique de tout le territoire d’un canton était plus avantageuse à la province que la formation d’établissements épars en divers endroits.
Ryland pensait de même ; ce qu’il désirait surtout, c’était de voir la population des nouveaux cantons augmenter de telle façon, qu’on pût bientôt y établir de nouvelles divisions territoriales qui enverraient en Chambre des députés de langue anglaise, capables de contrebalancer l’influence des députés canadiens.
Il est vraiment impossible, disait le secrétaire de Craig, d’attacher trop d’importance à ce sujet ou de le mettre trop en évidence, car il implique la nécessité absolue d’une loi du Parlement impérial si l’on a l’intention d’obtenir jamais une influence anglaise quelconque dans la section inférieure de la Législature provinciale. Car il ne faut pas compter qu’une Chambre d'assemblée, composée comme celle d’aujourd’hui, souffre jamais l’adoption d’un bill relatif à l’encouragement des colons anglais ou encore moins d’un projet qui procurerait à ces colons les moyens d’être représentés dans cette Chambre (1).
L’ancien procureur général Sewell, qui venait d’être nommé juge en chef de la province, allait beaucoup plus loin que Ryland. Au mois de mai 1810, il transmettait à
fl) D. C. H. C. (.1791-181? p. 353.
CANTONS CONCÉDÉS PAR LETTRES PATENTES (suite) 217
Craig un mémoire où il disait que la cause de tous les troubles existant dans la province provenait de la différence de religion, de langue et de coutumes entre les deux éléments composant la population du Bas-Canada. Dans son opinion, on ne parviendrait jamais à rétablir la paix, si l’on ne réussissait pas à établir l’unité de langue, de religion et de coutumes.
Je dois ajouter à cela, disait Sewell, qu’il n’est pas même permis de s’attendre à aucun changement dans les lois ou la religion du pays tant que la majorité de ses habitants ne sera pas anglaise en principe. Aussi longtemps que le nombre de colons anglais sera aussi restreint relativement à celui des Canadiens, on ne peut espérer aucun changement dans la langue. Cependant, cette province doit devenir une colonie anglaise, sinon elle sera finalement perdue pour l’Angleterre.
Je suis porté à croire qu’il faut déborder et submerger la population canadienne par l’établissement d’Anglais protestants. Je ne prétends pas que le nombre de sujets nécesaires pour arriver à cette fin, doive être fourni par l’Angleterre, mais il peut et doit être recruté dans les Etats voisins, et je ne crains pas, comme quelques-uns, que ces États nous fournissent de mauvais éléments. Je ne crois pas que ces Américains, une fois établis dans la province, puissent désirer le retour à leur ancien mode de gouvernement ; la conduite de ceux déjà établis démontre le contraire. Ce n’est que dans le cas d’une guerre avec les États du Nord de l’Amérique qu’il y aurait lieu de craindre la désaffection de ces colons, et un tel événement ne doit d’ailleurs être considéré que comme une éventualité lointaine. Nous devons aussi ne pas perdre de vue que les États du Nord craignent surtout l’établissement d’une nation française sur leurs frontières, et qu’il est probable que l’introduction de tels colons aurait pour effet, non seulement de diminuer cette appréhension et de fortifier nos relations avec eux, surtout nos relations commerciales, mais de maintenir la bonne entente qui existe aujourd’hui, plus longtemps que nous poui rions l’espérer autrement, et probablement jusqu’à ce oue les colons primitifs soient remplacés par une génération de sujets nés britanniques. En tout cas, quelle que soit la valeur de ces remarques, il est certain que de tels colons seraient des descendants d’Anglais, -qu’ils pratiqueraient la même religion et parleraient la même langue et que, par conséquent, ils s’assimileraient plus facilement et deviendraient de meilleurs sujets que ceux que nous possédons