CHAPITRE XIV
En attendant que les Cantons de l'Est fussent remplis de bons colons de langue anglaise, Craig voulut rapprocher du coeur delà province ceux déjà établis dans les cantons échelonnés le long de la frontière américaine. C’est dans ce but qu’il fît entreprendre la construction d’un chemin de communication du fleuve Saint-Laurent jusqu’à ces établissements nouveaux (1).
Le tracé du chemin projeté avait été fait primitivement par l’arpenteur Joseph Kilborne, aux frais de Joseph Frobisher, le chef des associés du canton d’Ireland. Mais ce n’était qu’une ébauche. Craig voulut le rendre carrossable.
Nous avons commencé le chemin pour nous rendre aux cantons, écrivait-il, le 6 août 1810, à son secrétaire Rvland, ceci était devenu nécessaire et indispensable, parce que nous étions presque réduits à la famine. A la vérité, je crois que cette entreprise est de la première importance dans l’intérêt général de la colonie à tous les points de vue. A présent, toute cette partie du pays est si peu en relation avec nous qu’elle est comme si elle ne nous appartenait pas. Nous avions besoin d’une voie de communication, non seulement dans le but de nous procurer les provisions nécessaires, mais encore pour amener cette population à nos portes, pour ainsi dire, et pour lui démontrer qu’elle appartient au pays et qu’elle doit prendre part à son développement. Il n’y avait aucun espoir de mener ces travaux à bonne fin à moins d’y mettre un courage extraordinaire. Le major Robinson y travaille maintenant avec 180 soldats et le quartier-maître général Kempt, qui y est allé faire une tournée d’inspection, rapporte qu’ils vont admirablement bien. J’espère voir le chemin terminé vers le milieu d’octobre. George Hamilton a avancé £1000 que nous lui rembourserons en lui donnant des terres. Nous aurons assez d’argent, vu que nous espérons faire l’ouvrage à un tiers meilleur marché que si nous avions employé les habitants de la campagne. Les canailles de la Basse-ville (Québec) ont commencé déjà à s’agiter, et. je ne serai pas surpris,
(1) .Mardi dernier au matin, lisons-nous dans la Gazette du jeudi, 2 août 1810, des parties des différents Régiments de cette garnison, au nombre d’environ 200 hommes, sont traversés la Rivière afin d’aller ouvrir un chemin depuis St-Giles à travers les townships de Leeds, Inverness, Halifax, Chester et Tingwick jusqu’à Shipton sur la rivière Saint-François. Le chemin à Shipton communique avec les autres chemins des États-Unis, et nous apprenons que par cette route le voyage à Boston sera fait en bien moins de temps qu’auparavant Ce chemin donnera aussi aux établissements sur la rivière St-François et dans les townships voisins une communication aisée avec le marché de Québec.
CANTONS CONCÉDÉS PAR LETTRES PATENTES (suite) 221
lorsque la Cnambre d’assemblée sera réunie, qu’ils demandent en vertu de quelle autorité j’ai fait couper ce chemin sans leur permission (1).
Le 10 septembre 1810, le gouverneur Craig écrit encore à Ryland : “ Notre chemin va bien, quoique l’entreprise ait été plus difficile que nous nous y attendions, vu le sol peu propice et la température défavorable.”
Enfin le premier novembre 1810, la Gazette de Québec pouvait annoncer à ses lecteurs que cette entreprise audacieuse était terminée.
Un chemin de 75 milles, disait-elle, a été coupé à travers d’anciennes forêts, faisant un bon chemin de voiture de Québec à Shipton, dans le district des Trois-Rivières. Il a généralement 15 pieds de large, débarrassé de toutes souches et autres embarras, et lié et embelli par 120 ponts de différentes grandeurs, dont 24 traversent de grands ruisseaux, et celui qui est bâti sur une branche de la Rivière Bécancour est nommé Pont de Craig et est fort bien fait.
Ce grand passage aux cantons donnera à la ville de Québec quelque espérance d’indépendance, en procurant les besoins d’une population croissante. Bornés jusqu’à présent au produit d’un voisinage ingrat et d’une agriculture inhabile, nous avons toujours été obligés d’avoir recours aux Districts supérieurs pour notre support. Nous avons maintenant d’autres ressources plus abondantes ouvertes tout d’un coup, et le premier grand pas vers la formation d’un voisinage productif est fidèlement exécuté. Le Chemin de Craig conduit à un sol plus riche, et chaque stade en avant est d’autant plus près du soleil. L’univers ne contient point une étendue de pays plus agréablement diversifiée par des collines, des vallons et des plaines, ou plus avantageusement arrosée par des ruisseaux, des rivières et assez souvent des lacs. Les limites ordinaires d’une terre comprendront presque dans tous les cas quelque partie d’un ruisseau, et il serait difficile de trouver une partie incapable de produire les grains ordinaires et les plus utiles.
Plusieurs centaines de bestiaux sont déjà arrivés ici par ce chemin, et ont désespéré les petits mais avides vendeurs de bœuf et mouton qui nous ont tenus en un état de famine occasionnelle. On aura de nouvelles facilités pour le commerce, et des terres fertiles sont offertes au choix de tous ceux qui savent apprécier la noble indépendance et les avantages de la vie du cultivateur. Nous n’hésitons pas
(1) Christie, Hist. of L. C., v. VI, p. 129.