CHAPITRE XIV
d’appeler cet ouvrage l’événement local le plus important depuis que cette Province est devenue Province Britannique. Et certainement si Rome conféra à ses chemins militaires, de construction moins difficile, les titres de voies Emilienne et Flaminienne, en honneur de leurs entrepreneurs, nous pouvons avec moins d’orgueil, quoique avec plus de raison, honorer cette nouvelle et magnifique avenue, du nom du grand bienfaiteur qui en a projeté et ordonné l’exécution.
Nous ne faisons que rendre justice aux troupes en disant que tant les officiers que les soldats, au nombre de plus de 400, engagés dans cet ouvrage, ont répondu à l’attente que l’on avait d’eux. Ils ont rempli leur tâche avec courage, nonobstant les inconvénients que l’on rencontre dans un desert. Et il est à remarquer que le gros détachement, sous le commandement du Lieut. Colonel Robertson, est revenu sans avoir perdu un seul homme par désertion ou par maladie.
Comme on le voit, la Gazette de Qïiébec ne marchandait pas les éloges au gouverneur, et réellement il y avait droit, car il avait accompli une oeuvre gigantesque. Certes, si le chemin Craig ne donna pas immédiatement tous les résultats bienfaisants qu’on en attendait, il fut certainement d’une grande utilité aux colons perdus dans les forêts des Cantons de l’Est.
Il permit même d’établir un service de diligence entre Québec et Boston (1). L’on partait de Québec le lundi pour arriver à Boston le samedi de la même semaine.
(1) De la Gazette de Québec, 31 décembre 1S10.
Avis publie est donné, qu’un service régulier de diligences pour aller de Québec à Boston, par le chemin Craig commencera le 14 janvier prochain, et sera continué régulièrement par les propriétaires soussignés.
Les diligences circuleront comme suit : elles partiront de Québec et de Boston, le lundi de chaque semaine, pour se rencontrer à Stanstead mercredi, et arri\ er à Québec et à Boston, le samedi de la même semaine.
Newbury, 17 décembre 1810.
Josiah Stiles,
John Griffin, li. W. Gould,
Jonathan Sinclair,
James Gardner,
Henry Stavens.
Les personnes qui désirent réserver des places dans ces diligences voudront bien se rendre au bureau du soussigné, près de la porte Saint-Jean, où elles recevront tous les renseignements nécessaires.
Les diligences suivront l'itinéraire ci-dessous indiqué et passeront par les endroits suivants :
Le lundi, elles iront de Québec, en passant par St-Nicolas, St-Giles, Leeds, jusque chez M. Brown, dans le canton d’ireland, où l’on couchera. Le mardi.
CANTONS CONCÉDÉS PAR LETTRES PATENTES {suite) 223
S il faut en croire Bouchette, le voyage n’était rien moins que pénible. Des retards imprévus causés par les tempêtes de 1 hiver et le dégel du printemps, modifiaient singulièrement, parfois, le programme tracé dans la Gazette , et le chemin Craig, malgré sa belle apparence, n’avait pas encore la solidité des anciennes voies romaines (l).
Voici ce qu’en disait Bouchette en 1814. Nous citons ce qu’il écrit dans sa Description topographique (2) :
L’objet qu’on avait en vue en ouvrant ce chemin, dit-il, s’est trouvé rempli suffisamment pour mettre une diligence en état de voyager passablement vite, quoique non sans inconvénient pour ceux qui profitent de cette voiture, faute de places convenables pour s’arrêter et de maisons pour reposer les voyageurs, n’ayant aucune commodité de ce genre depuis le dernier établissement sur la rivière Beaurivage, jusqu’au township de Shipton, à la distance d’environ 60 milles. Au pont de Craig, l’auberge de Palmer fut ouverte quelque temps, mais elle ne répondit point à l’attente du public, et ne produisit point de bénéfice au propriétaire. Malgré les encouragements donnés aux colons, en leur accordant une patente pour les lots qu’ils occuperaient, à condition de défricher une certaine portion de terre, et de bâtir une maison en bois sur les dimensions données, auprès de la route, ces conditions n’ont été acceptées que par deux ou trois personnes, et même cela n’a été d’aucune utilité
elles se rendront chez Al. Tilton, à la rivière St-François, en passant par Chester, Tingwick et Shipton. Le mercredi, elles continueront par Brompton, Orford, Ascott, Oompton, Hatley, Barnston, Stanstead jusque chez 1VJ. Salesbury, à la ligne 45 degrés, à Stanstead. Le jeudi, elles poursuivront leur route par Derby, Salem, Brownington, Barton, Sheffield, Lindon, St. Johnsbury, Barnet, Rygate, Newbury, jusqu’à Haverhili, où les voyageurs feront raccordement avec les diligences qui vont à Boston, et aux autres endroits des États-Unis.
(1) Voici ce que nous lisons dans la Gazette de Québec de jeudi, 28 mars 1811 :
La Diligence de Boston n’est arrivée que Mardi au soir. Elle a été retardée
par les mauvais chemins occasionnés par le commencement subit et extraordinaire du printemps dans le Sud. Depuis Boston jusqu’à environ 70 milles de Québec la neige est presque entièrement partie, la gelée sort de la terre, les rivières se déprennent, les ruisseaux et les terres basses sont inondés et les chemins dans les bois embarrassés par des arbres abattus par les derniers gros vents. Qu’on ait pu faire en 9 jours un chemin de près de 400 milles, sous ses circonstances (qui sont les pires qui puissent avoir lieu) est une preuve que l’on peut tenir en tout temps, une prompte communication de Québec à Boston, et quoique cette communication soit maintenant interrompue, il est à espérer que les avantages qu’elle offre à cette ville et aux habitants sur la route, surtout dans cette province, porteront les personnes immédiatement intéressées ou animées du bien public à continuer à ce qu’elle soit promptement renouvelée.
(2) Page 592 et suiv.