‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 123 sur 197 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le développement territorial

La rive sud du Saint-Laurent. — La NouvelJe-Beauce. — La seigneurie de Lauzon. — Le territoire de la rivière Yamaska. — La rive nord du fleuve. — ■ La Législature s’occupe de la voirie. — La loi de 1796, sur les chemins et les ponts.— Les colons américains s'établissent le long de la frontière. — Us pénètrent lentement à l’intérieur. — ■ Les pionniers des comtés de Missisquoi, de Brome et de Stanstead. — Etat de la population.

Malgré tout, la marche de la colonisation se poursuivit d’une manière régulière pendant les années cpii vont de 1790 à 1815. Des centres nouveaux se formèrent un peu partout, mais étouffés dans leurs propres limites, ils ne pouvaient arriver à leur plein épanouissement. Ce n’est qu’en 1835, alors que l’organisation des paroisses catholiques fut officiellement reconnue par l’État, qu’ils purent sortir de leur état de léthargie.

Les villages se suivent maintenant sans interruption sur la rive sud du Saint-Laurent, de Châteauguay à Rimouski. Entre les années 1792 et 1800, le chemin du roi, le long du fleuve, avait été ouvert de la Rivière-du-Loup à la Pointe-aux-Pères, et une première rangée de paroisses était maintenant en formation dans ce territoire inhabité jusque-

là (1).

En approchant de Québec, surtout à partir de Kamouraska, les colons avaient pénétré jusqu’à l’arrière des seigneuries, ouvrant de nouveaux rangs, et c’est ainsi que des paroisses comme celles de la Rivière-Ouelle, de l’Islet, du Cap-Saint-Ignace, de Montmagny, embrassaient des étendues de douze à quinze milles carrés.

C’est surtout dans la région de la Nouvelle-Beauce que le développement territorial apparaissait davantage. En

(1) Procès-verbaux des grands voyers du district de Québec. Rapport du grand voyer Renaud à lord Dorchester, décembre 1793, V. Vlll, p. 170.

DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

1790, les paroisses de Sainte-Marie et de Saint-Joseph avaient déjà une extension considérable. La nouvelle paroisse de Saint-François se développait régulièrement. Les braves colons qui avaient réussi à se fixer en ces endroits étaient isolés dans la forêt, n’ayant qu’un chemin bien primitif, la célèbre route Justinienne, pour venir de temps en temps à la ville. M. Edmond Roy nous dit que ces pauvres gens arrivaient à la Pointe-de-Lévis tellement couverts de boue que l’épithète de jarrets noirs donné aux Beaucerons s’explique facilement. A cette époque, la seigneurie de Joliette et une partie de celle de Lauzon étaient encore en pleine forêt. La route Justinienne se déroulait à travers cette forêt sur une longueur de plus de trente-six milles. Au printemps et à l’automne, elle devenait impassable. La chose s’explique quand on songe que les habitants de Sainte-Marie, de Saint-Joseph et de Saint-François devaient voir à son entretien sur une aussi longue distance. C’était une charge très onéreuse dont il fallait les débarrasser (1).

Le seigneur de Sainte-Marie, Gabriel-Elzéar Taschereau, avait fait l’acquisition, quelques années après la conquête, de la seigneurie de Joliette.

“ Il commença dès lors à y attirer des colons. Les terres étaient bonnes et, grâce au développement des défrichements dans Lauzon, l’accès en était devenu plus facile. De 1793 à 1800, si l’on consulte l’étude du notaire Louis Miray, au greffe de Québec, on verra les nombreuses concessions que le seigneur Taschereau octroya sur cette terre de Joliette si longtemps abandonnée, et à laquelle il donna le nom de Sainte-Claire pour rappeler celui de la femme du premier propriétaire, Claire Bissot (2).”

Pendant qu’un groupe de colons remontait ainsi la rivière Chaudière, un autre contingent venu des paroisses de Saint- Henri remontait la rivière Etchemin, et pénétrait peu à peu dans les cantons de Frampton et de Cranbourne. En 1811, le grand voyer d’Estimauville ordonnait d’ouvrir une route

(1) Edmond Roy, Hist. de La S. de L. ] V, p. 32-34.

(2) Ibidem-, v. Il], p. 416.

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