CHAPITRE XV
qui allait permettre aux premiers colons de Frampton de se rendre à l’église de Sainte-Marie-de-la-Beauce (l).
En 1812, la partie de la route Justinienne qui traverse la seigneurie de Joliette était bordée d’habitations et de terres en culture. Les habitants de Saint-Joseph, de Sainte-Marie et de Saint-François jugèrent que le temps était venu de se libérer d’une servitude qui les opprimait depuis longtemps. Ils exposèrent leurs griefs dans une requête au grand voyer d’Estimauville. Ils demandaient que les habitants de Lauzon et de Joliette fussent chargés de l’entretien de la route Justinienne dans leurs seigneuries respectives. “ Le grand voyer, après avoir tout pesé, trouva qu’il était souverainement injuste d’obliger des habitants, qui demeuraient à huit ou dix lieues de distance, de travailler à l’entretien de la route Justinienne, et déclara qu’à l’avenir les habitants de Lauzon et de Joliette s’en chargeraient, et que ceux de la Beauce en seraient quittes moyennant le paiement de la somme de quatre cents piastres ”. Les Beaucerons collectèrent entre eux cette somme qui fut remise aux intéressés (2).
Le seigneur de Sainte-Marie et de Joliette remplit, pendant plusieurs années, les fonctions de grand voyer (1794-1809). Naturellement, il portait un vif intérêt au développement de la Beauce, et fit ouvrir des routes nombreuses dans cette région. Les deux seigneuries d’Aubert Gallion et d’Aubin Delisle renfermées aujourd’hui dans la paroisse de Saint- Georges, commençaient à se peupler. Des colons plus aventureux allaient même s’établir dans le canton de Dorset, sur les bords de la rivière Chaudière. C’est afin de permettre à ces hardis défricheurs de se rendre à l’église de Saint-François-de-Beauce, que, dans l’été de 1802, le grand voyer leur fit ouvrir une route le long de la rivière Chaudière.
Nous venons de le voir, les anciennes paroisses de la seigneurie de Lauzon commençaient à déverser leur trop plein de population dans les cantons voisins. Cette seigneu-
(1) 2 septembre 1811, procès-verbal de Jean-Baptiste d’Estimauville, qui fixe et règle les chemins de communications de la concession de Saint-Gabriel au township de Frampton et de la concession de Saint-Martin en la paroisse de Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce, comté de Dorchester.— P.-V. des G. Voycrs du d. de Québec, v. XIV, p. 171.
(2) Edmond Roy ,.Hist. de ta S. de L. v. IV, p. 35.
DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL
lie, sous l’impulsion de ses hauts et puissants seigneurs, Henry et John Caldwell, progressait rapidement.
Henry Caldwell, en établissant des scieries à l’embouchure de l’Etchemin, avait attiré une nombreuse population de ce côté. L’espace de terrain compris entre la rivière Etchemin et la Chaudière se garnissait de cob^s. Quelques-uns, profitant de l’ouverture du chemin ig, enjambaient pardessus la Chaudière et se fixaient dans la péninsule comprise entre cette même rivière et celle de Beaurivage. Les futures paroisses de Saint-Étienne, de Saint-Jean- Chrysostome et de Saint-Gilles s’organisaient dans le silence.
De la seigneurie de Lauzon aux rives de l’Yamaska,de grands changements s’étaient opérés, mais ils étaient moins apparents que ceux remarqués dans la seigneurie de Lauzon. La rivière Yamaska était devenue un gros centre de colonisation. Les belles plaines de terre glaise que cette rivière coupait en plein milieu ne pouvait manquer d’attirer l’attention des colons, qui, à partir de 1783, vinrent s’y fixer en grand nombre, tellement qu’en 1815, le territoire au sud de Saint- Hyacinthe et s’étendant vers Farnham, était en bonne voie de défrichement. Plus à l’ouest, dans la presqu’île formée par la rivière Richelieu et le Saint-Laurent, il restait bien peu de terrain à occuper.
L’île de Montréal et l’île Jésus étaient complètement colonisées. Leur population, devenue trop nombreuse, commençait à s’éparpiller. Bon nombre, parmi les descendants des pionniers de l’île Jésus, traversaient la rivière des Prairies et allaient abattre la forêt dans la profondeur des seigneuries des Mille-Iles, de Blainville et de Terrebonne. Ils jetaient les fondements des paroisses de Saint-Benoit, de Sainte-Thérèse, de Sainte-Anne-des-Plaines.
Sur la live nord du fleuve, les paroisses se suivaient sans interruption jusqu’à Québec. De ce côté, cependant, les établissements récents étaient peu nombreux. A part, les petits groupes fixés le long des rivières de l’Assomption et de Batiscan, les colons de la rive nord s’étaient peu éloignés du fleuve. Des paroisses comme celles de la Rivière-du-Loup, d’Yamachiche, de Terrebonne avaient certainement des limites trop étendues, mais il ne fallait pas songer à les démembrer dans le moment.