‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 125 sur 197 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Au-dessous de Québec, la proximité des montagnes ne permettait pas de quitter les rives du fleuve. Cependant, les plus courageux ne craignaient pas d’escalader les hauts sommets de la Baie-Saint-Paul, des Êboulements et de la Malbaie.

Ces paroisses, ’ difficiles d’accès, avaient grandement prospéré. Dès 65, le grand voyer François-Joseph Cugnet avait tracé un chemin derrière les caps, afin d’ouvrir une voie de communication par terre avec Québec. Ce chemin devait rester à l’état de projet, pour le moment.

En somme, le grand obstacle à la colonisation des régions encore incultes de la province c’était le manque absolu de chemins carrossables. Le temps était venu d’obvier à cet inconvénient. La Législature allait s’en occuper. En 1793, un comité de la Chambre d’assemblée fut chargé de voir à la confection des routes et à la construction des ponts. Les membres de ce comité firent comparaître devant eux le grand voyer Jean Renaud et le sommèrent de leur expliquer pourquoi les chemins dans la province étaient si mal entretenus. Jean Renaud répondit, dans une longue lettre adressée à René Boileau, président du comité, que les chemins, dans la province, ne pouvaient être entretenus comme les chemins à barrière, en Angleterre. Cependant, il n’admettait pas qu’ils fussent “plus mal entretenus que les chemins communs en Angleterre (1) ”.

Il restait à savoir ce que valaient, à cette époque, les chemins communs en Angleterre. C’est ce que le grand voyer ne disait pas.

Le comité des chemins et ponts fit de la bonne besogne. C’est lui qui prépara la loi qui fut passée à la session de 1796. Cette loi établissait un système nouveau de voirie. Elle obligeait les habitants à faire le chemin du roi sur les terres de la couronne, sur les terres non concédées des seigneurs, à payer une certaine somme, ou à contribuer par le travail à ces ouvrages. Les chemins du roi devaient avoir trente pieds de largeur, les routes vingt-cinq pieds, les ponts dix-huit pieds, De plus, les capitaines de milice, qui jusqu’alors avaient eu la direction des travaux de la voirie, dans les

(1) P. I . des G. Vcyers du d. de Québec, v. 8, p. 170.

DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

campagnes, étaient remplacés par des inspecteurs ou des sous voyers, distribués dans les différentes régions sous les ordres du grand voyer. Les sous voyers devaient rester en fonction l’espace de deux ans.

De très amples pouvoirs étaient donnés aux grands voyers. Ils devaient, chaque année, faire, dans leur territoire respectif, une visite détaillée de tous les chemins et ponts, recevoir les plaintes des citoyens et indiquer eux-mêmes, après un examen sérieux du terrain, les nouveaux chemins à ouvrir. Cette loi de 1796 était certainement un giand pi ogres sur les ordonnances précédentes, mais elle laissait à la charge des pauvres gens de la campagne la confection et l’entretien des chemins publics dans la province. La Chambre d’assemblée passait les lois, obligeait les citoyens à les observer, mais n’accordait aucun subside.

Nous avons vu plus haut les doléances des premiers colons des Cantons de l’Est (1). Cette partie de la province était réellement abandonnée. D’ailleurs, des obstacles insurmontables auraient rendu vains tous les efforts que l’on aurait pu faire, dans le moment, pour secourir ces nouveaux venus. Ils avaient pénétré dans la province en suivant le cours des rivières et s’étaient fixés à de longues distances les uns des autres. Les premiers étaient entrés par le lac Champlain, et s’étaient établis sur la Baie de Missisquoi, dans la seigneurie de Foucault et dans celle de Saint-Armand. En 1815, le principal groupement dans la seigneurie de Saint-Armand, était celui de Philipsburg. Bouchette dit dans sa Description topographique du Bas-Canada que ce village renfermait alors une soixantaine de maisons. C’était certainement le plus peuplé de toute la région.

Le comté actuel de Missisquoi se prêtait naturellement à un développement rapide. Les Américains n’avaient qu’à traverser la ligne frontière pour trouver un pays dont la belle apparence leur faisait espérer une rémunération abondante de leur travail. Les riches forêts de chênes et d’érables qui recouvraient toute cette partie de la province annonçaient un sol fertile, très propre à la culture. Les premiers colons de Missisquoi étaient de rudes défri-

(1) Voir p. 184-185.

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