‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 126 sur 197 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

cheurs. Isolés et perdus dans la forêt, ils ne se découragèrent pas, et c’est ainsi qu’en peu de temps, ils fondèrent plusieurs groupements, dont les plus importants étaient, en 1815, ceux de Freligsburg, d’Abbot’s Corner, de Pigeon Hill, de Saint-Armand, de Dunham, de Nelsonville et de Sweetsburg. A cette époque, de larges trouées avaient été faites dans la forêt primitive, et une route ouverte par les colons reliait le comté de Missisquoi à Saint-Hyacinthe.

Dans le comté de Brome, le sol est d’inégale valeur; le terrain devient montagneux et accidenté, à mesure que l’on approche du lac Memphremagog ; au nord, il est coupé de vallées profondes et marécageuses. Aussi, les pionniers du comté de Brome, de même que ceux du comté de Stanstead, se fixèrent sur les bords du lac, espérant que les circonstances leur permettraient un jour d’escalader les montagnes qui les entouraient. Une route naturelle s’offrait pour pénétrer à l’intérieur. C’était celle du lac. Les plus hardis la prirent et s’avancèrent jusqu’à la rivière Saint-François, en suivant la rivière Magog. Il ne tarda pas à se former une petite colonie aux grandes Fourches, à l’endroit où s’élève la florissante ville de Sherbrooke. Des grandes Fourches, les colons descendirent la rivière Saint-François jusqu’au site actuel de Richmond. Dès 1800, des Américains, venus du Vermont et du Connecticut, avaient pénétré jusqu’à l’extrémité sud du comté de Richmond, dans les cantons de Shipton et de Melbourne. C’étaient les plus avancés à l’intérieur. Le chemin Craig, dont la confection se poursuivait dans le moment, allait les mettre en communication avec Québec. Mais serpentant à travers une région fort accidentée, submergée, le printemps et l’automne, par la crue des eaux, cette route ne pouvait être d’une grande utilité pour les colons de Shipton, de Melbourne et des cantons plus au sud. La route qui devait leur donner un accès facile sur le fleuve, par Richmond et Drummondville, ne devait être ouverte que quelques années plus tard.

Du reste, ces Américains goûtaient fort peu la manière d’agir des fonctionnaires du gouvernement canadien qui, après les avoir incités, par une réclame bruyante, à venir s’établir en Canada, les abandonnaient maintenant à leur malheureux sort. Leurs pensées se portaient naturellement

DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

vers le pays où ils avaient vécu dans le bien-être, et que les hasards de la guerre les avaient forcés d’abandonner. Madame C. M. Daynousa raconté les travaux de ces pionniers, dans son ouvrage History of the Eastern Townships, et vraiment on ne peut s’empêcher d’admirer la force de caractère et l’endurance dont ils firent preuve, au milieu de difficultés inouïes.

Rares sont les descendants de ces premiers colons des comtés de Missisquoi, de Brome et de Stanstead. Plusieuis se sont éteints sans laisser de famille, et le morceau de terre qu’ils avaient défriché est passé en des mains étrangères. D’autres, découragés, ont regagné, après quelques années d’exil, la terre natale. Tout de même, nous ne pouvons passer sous silence le labeur infatigable de ces Américains. Ce sont eux qui ont fait la première trouée dans la riche forêt des Cantons de l’Est, longtemps avant que les immigrants, amenés à grands frais de l’Angleterre, y eussent pénétré.

Car, à l’époque où nous sommes, l’Anglo-Saxon n’a pas encore pris contact avec la terre québécoise. Les colons c’est-à-dire les défricheurs, étaient très rares parmi les citoyens de langue anglaise fixés dans les limites de la province.

Le voyageur John Lambert (1) estime, en 1808, la population du Bas-Canada à 200,000 âmes, et celle du Haut- Canada, à 60,000 âmes. Il dit que, dans le Bas-Canada, un dixième de la population est d’origine britannique et américaine; que les habitants d’origine britannique sont surtout irlandais et écossais. Il ajoute qu’il a appris avec étonnement qu’il n’y avait pas en tout deux cents Anglais dans le pays ; qu’ils n’étaient pas plus que douze ou quatorze dans toute la province de Québec. Cette assertion de Lambert surprendra probablement le lecteur, comme elle nous a surpris nous-mêmes. Cependant, elle est vraie. En effet, à part les quelques marchands anglais établis à Québec, après la cession, et les fonctionnaires du gouvernement, tous les immigrants, venus des possessions anglaises, étaient des Écossais, dont un fort petit nombre était resté dans la province de Québec ; presque tous avaient gagné le Haut-Canada.

(1) John Lambert, Trav. t. Canada. . . v. I, p. 147.

Page 1