CHAPITRE XVI
jusqu’au partage des eaux qui se jettent d’un côté dans le Mississipi et de l’autre dans la baie d’Hudson ; 76, dans les régions des eaux qui, par la Kaministiquia et le Saint-Maurice, se jettent dans le St-Laurent ; 630, sur les eaux qui tombent dans la baie d’Hudson, et 257 sur les eaux qui se versent dans la mer du Nord par le fleuve Mackenzie. En outre il y avait 80 ou 100 chasseurs canadiens ou iroquois courant les bois pour leur propre compte, et environ 540 hommes employés dans les canots sur l’Ottawa.
En 1801, Alexander MacKenzie fonda, avec MM. Richardson et Forsyth, de Montréal, et Phyn, Inglis & Co., de Londres, la compagnie connue sous le nom de X. Y. Des frictions ne tardèrent pas à se produire entre l’ancienne compagnie et la nouvelle. De part et d’autre on cherchait à embaucher les sauvages, on allait même jusqu’à les pousser au pillage. Afin de mettre fin à des désagréments qui auraient amené la ruine totale des deux compagnies rivales, les associés de l’une et l’autre se fusionnèrent, après la mort de Simon McTavish, en 1804, en une seule compagnie qui retint le nom de compagnie du Nord-Ouest. C’est cette dernière qui fut finalement absorbée, en 1821, par la Compagnie de la Baie d’Hudson.
Mais, déjà, le commerce des fourrures perdait de son importance. La guerre européenne avait affecté les marchés d’outre-mer, et restreint considérablement les demandes. On n’a qu’à consulter les tables d’exportations du port de Québec, pour se rendre compte de la décadence de ce commerce, qui avait joué un rôle si important sous le régime français.
Un autre article de commerce, qui allait bientôt devenir la principale richesse du Canada, prenait peu à peu la place des fourrures. C’était le bois de construction, qui, grâce aux circonstances, devenait un objet de première importance pour l’Angleterre. La paix signée à Amiens (25 mai 1802) entre Napoléon et l’Angleterre, ne fut pas de longue durée ; le 21 octobre 1805, la flotte française était battue par Nelson, à Trafalgar. Napoléon comprenant qu’il ne pouvait vaincre l’Angleterre sur mer, résolut de l’écraser économiquement et de la réduire par la famine. C’est dans ce but qu’il lança le fameux décret qui organisait le blocus continental (novem-
LE DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL
bre 1806) et interdisait formellement tout commerce avec l’empire britannique. Tous les ports du continent européen furent fermés aux navires anglais. L’Angleterre, ne pouvant plus s’approvisionner de bois dans les pays du nord de l’Europe, tourna les yeux vers le Canada.
Certes, le Canada avait toujours exporté des bois de contruction en Europe ; depuis plusieurs années déjà, de nombreux trains de bois, provenant du Vermont, descendaient par la voie du Richelieu et du Saint Laurent, à Québec où ils étaient chargés sur les navires en partance pour l’Angleterre. Le blocus continental devait développer ce commerce dans des proportions extraordinaires, en même temps que le défrichement des terres incultes, dans les Cantons de l’Est et le long de la rivière Outaouais, allait singulièrement le favoriser.
Nous avons déjà vu le succès de l’établissement de Philémon Wright, à Hull, sur la rivière Outaouais. Ce citoyen entreprenant ne se contenta pas de cultiver la terre, et d’ouvrir de magnifiques fermes, il fut le premier à entreprendre, sur une grande échelle, le commerce de bois qui, durant cinquante ans, devait faire vivre le port de Québec. Le 11 juin 1806, il lançait sur la rivière Outaouais son premier radeau ; on considérait alors comme un tour de force de faire passer ces trains de bois par les rapides du Long Saull et de Carillon.
Néanmoins, Wright accomplit ce tour de force. Il lui fallut trente-six jours pour atteindre l’île de Montréal, qu’il contourna en suivant la rivière des Prairies, et, pour de là, se rendre à Québec. Dans le témoignage qu’il fournit, en 1823, devant un comité de la Législature, Wright disait qu’en cette année, plus de trois cents cargaisons de bois s’étaient rendues à Québec par la route qu’il avait suivie. Seize ans auparavant, ajoutait-il, pas un seul radeau de bois ne descendait de la Grande-Rivière, et celui qui vivra encore dixsept ou dix-huit ans en verra quatre fois la quantité, non seulement de bois, mais de potasse, de farine, de bœuf, de porc et d’une foule d’autres articles qui seront expédiés à Québec (1). Prédiction qui s’est réalisée à la lettre.
(1) Tenth report of tke Committee of the House of Assembly, which relates to the seulement of the Crown Lands, p. 54.