CHAPITRE XVI
Aujourd’hui, il ne reste plus rien de cette belle activité ; la vapeur, en supplantant la voile, a arrêté la construction des navires en bois, qui est devenue une chose du passé.
C’est en 1809 que le premier bateau à vapeur navigua sur les eaux du Saint-Laurent. Il avait été construit à Montréal, par M. John Molson, et s’appelait l’ Accommodation. La Gazette de Québec raconte en ces termes le premier voyage de V Accommodation :
La chaloupe à fumée qui a été bâtie à Montréal l’hiver dernier, est arrivée ici samedi dernier, faisant son premier voyage. Elle a été dans son passage soixante et six heures, dont elle a été trente à l’ancre : de sorte que trente-six heures est le temps que, dans l’état où elle est actuellement, elle met à venir de Montréal à Québec. Dimanche dernier elle a été contre vent et marée, depuis le quai de Breshaut jusqu’à celui de Lymburner ; mais son progrès était bien lent. Il est évident que la machine actuellement n’a pas une force suffisante pour cette rivière ; mais il n’y a point de doute de la possibilité de la perfectionner de manière à répondre à la fin à laquelle elle est destinée ; et ce serait une perte pour le public si les propriétaires étaient découragés de persévérer dans leur entreprise.
La chaloupe à fumée entre New-York et Albany fait le voyage en montant, en environ trente heures. La distance est à peu près la même qu’entre Québec et Montréal, et il y a la marée et des eourans à surmonter aussi bien que dans cette Rivière ; nous pensons cependant qu’ils ne sont pas aussi forts.
M. Molson, évidemment, ne s’arrêta pas à ce premier essai, puisqu’il bâtit, de 1809 à 1812, quatre autres bateaux à vapeur : le Swiftsure, le Malsham, le Lady Sherbrooke et le John Molson, qui furent employés à transporter les passagers entre Québec et Montréal. C’est encore la Gazette de Québec qui publiait, le 8 mai 1813, l’entrefilet suivant :
Le Steam Boat est arrivé de Montréal ici Dimanche. Il est parti de Montréal samedi à 5 heures du matin, a mouillé le même jour à huit heures du soir près des Trois- Rivières, d’où il est parti dimanche à 5 heures du matin et est arrivé au Quai du Roi à deux heures et demie ; n’étant en route qu’environ 24 J/2 heures d’une ville à l’autre ; avec le vent devant tout le temps. Il est très bien arrangé et offre toutes sortes de commodités aux passagers. Dans
LE DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL
la grande chambre il y a vingt-deux places suffisantes chacune pour deux passagers, outre quatre pour les dames, et une chambre séparée pour des familles. Dans le derrière il peut encore loger un grand nombre de passagers, et le vaisseau est propre et dans le meilleur ordre possible.
La Chambre est pourvue de soupapes qui ôtent toute possibilité d accident, et toutes les précautions sont prises contre le feu. Les mouvements ont tous été faits en Angleterre, et l’on présume qu’ils sont beaucoup supérieurs à aucun de cette espèce en Amérique. L’Amérique ne peut pas se vanter d’une entreprise plus utile et plus coûteuse que celle-ci de M. Molson. En un mot, pour la célérité et la sécurité, il méritera son nom de Swiftsure (Vif et Sûr).
C’était là les premiers essais en Amérique de la navigation à vapeur, de cette invention qui devait prendre dans la suite de si merveilleux développements, supprimer les distances et rapprocher les continents les uns des autres,
Parmi les autres articles d’exportation, il faut mentionner la potasse et la perlasse, que l’on préparait avec les cendres des bois abattus dans le défrichement. On ne mettait alors dans le commerce que le chêne ; le pin, le frêne, le noyer et toutes les autres essences forestières étaient impitoyablement réduites en cendres, On estimait que la valeur des cendres indemnisait pour un tiers des frais du défrichement. Le Haut-Canada fournissait à lui seul plus de la moitié de la potasse et de la perlasse. Chaque été, de grandes quantités de ces produits étaient transportées sur les radeaux de bois qui descendaient par le Saint-Laurent. Dans le seul été de 1808, il en fut expédié de Québec en Angleterre pour une valeur de £290,000. L’exportation de la potasse et de la perlasse devait se continuer encore pendant de longues années et constituer une des principales sources du revenu du Canada.
Si à cela nous ajoutons les produits des pêcheries du golfe Saint-Laurent : morue, hareng, saumon, huile de morue, de loup marin et de marsouin, que l’on exportait dans le midi de l’Europe et aux Antilles, nous aurons une liste assez précise des exportations du Canada pendant les années qui vont de 1800 à 1814. En réalité, ce furent des années d’abondance pour le Canada.