‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 134 sur 197 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le voyageur Lambert est frappé de l’air d’aisance qui règne dans les campagnes :

Les habitants vivent, dit-il, dans une heureuse médiocrité, quoique plusieurs parmi eux soient largement pourvus des biens de la terre ; ils trouvent chez eux tout ce dont ils ont besoin. Ils cultivent le lin dont ils fabriquent la toile; avec la laine de leurs moutons ils se font de beaux habits. Ils tannent la peau de leurs animaux de ferme, et en font des mocassins et des bottes. Avec leurs rouets ils filent la laine dont ils tricottent leurs chaussettes et leurs tuques rouges. De même, ils fabriquent leurs chapeaux de paille.

Ils préparent à la maison le pain, le beurre et le fromage ; des produits de leurs fermes ils tirent le savon, la chandelle et le sucre. Ils bâtissent eux-mêmes leurs maisons, leurs granges, leurs fours, fabriquent leurs ustensiles de ferme, charettes, charrues, herses et jusqu’aux canots.

En résumé, ils sont si habiles qu’ils savent se procurer par eux-mêmes tous les objets nécessaires ou simplement utiles à la vie. Un Canadien achètera rarement ce qu’il peut faire lui-même (1).

Il suit de là les habitants faisaient un usage restreint des objets manufacturés, qui formaient les principaux articles d’importation. Car, en échange des produits bruts que lui fournissait sa colonie du Canada, la métropole lui renvoyait des produits manufacturés. C’était là la grande politique commerciale de l’Angleterre, les colonies n’avaient de valeur qu’en “ autant qu’elles fournissaient des matières premières, usaient des produits manufacturés en Angleterre, et alimentaient la marine et le commerce de la métropole (2).”

Les draps fins, les flanelles, les mousselines, les soies, les rubans assortis, les tapis, les argenteries, tous les objets en verre et en métal, les joailleries, enfin tout ce que l’on a convenu d’appeler articles de luxe, étaient importés d’Angleterre. Toutes ces marchandises étaient vendues surtout aux citadins, par les commerçants des villes qui en étaient largement approvisionnés. Lambert note que les magasins, à Québec et à Montréal, sont nombreux et fort bien pourvus de marchandises d’origine anglaise.

(1) John Lambert, Travels t. C. v. 1, p. 160

(2) G. Mandaini. La colonisation anglaise. Éditions Brossard, Paris, 1920. vol. I, p. 106.

LE DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL

Tout de meme, les produits manufacturés ne formaient qu une partie du commerce d’importation ; aucun droit d’entrée n’était chargé sur ces objets. Seuls les spiritueux, les vins, le café, le thé, le tabac, le sucre raffiné étaient sujets à des droits en douane. En consultant les tables des bureaux de la douane de Québec et de Saint-Jean (Richelieu), on peut se rendre compte qu’il se faisait une grande importation de ces articles de consommation.

Ainsi, on constate qu’il est passé par la douane, en 1810» 20,087 gallons de vin de Madère et 296,350 gallons de vin de Porto, de Ténérifîe, de Malaga, d’Espagne et de France, 726,534 gallons de rhum, 29,944 gallons de cognac et de gin de Hollande. Lambert constate que les Canadiens boivent surtout du rhum. “ C’est le baume, dit-il, qui est censé adoucir tous les maux (1), et ils en usent largement, surtout les habitants ” ; il ajoute qu’ils sont aussi de grands buveurs de thé, de café et de chocolat.

Malgré les efforts de l’Angleterre pour restreindre le commerce du Canada avec les États-Unis, celui-ci était cependant très actif. Lorsque fut décrétée la première loi de l’embargo (23 décembre 1807) interdisant aux vaisseaux américains de quitter les États-Unis pour se rendre dans des ports étrangers, et aux vaisseaux étrangers d’importer des États-Unis aucune cargaison, les commerçants américains cherchèrent dans le Canada un débouché pour leurs produits. On se mit à y expédier du thé et du tabac, et l’importation de l’Angleterre, de ces deux articles, diminua considérablement.

D’un autre côté, les Américains entretenaient avec les Antilles anglaises, françaises et espagnoles, un commerce que toutes les lois de l’embargo n’avaient pu arrêter. Ils en tiraient une grande quantité de produits manufacturés, que l’on parvenait à faire entrer en Canada, par contrebande, en les cachant sur les radeaux de bois qui descendaient du lac Champlain au Saint-Laurent. Il en résultait que ces articles, de provenance américaine, se vendaient à un prix beaucoup moins élevé que ceux de même qualité expédiés d’Angleterre.

(1) John Lambert. Travels t. Canada. . .v. I, p. 156.

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