CHAPITRE XVIII
auraient voulu s’emparer, afin d’être les maîtres au spirituel comme au temporel (1)
Leur dessein était d’anéantir l’autorité de l’évêque catholique. en s’arrogeant le pouvoir d’ériger les paroisses et de nommer aux cures.
Le grand argument qu’ils invoquaient était que, depuis la cession du pays à l’Angleterre, l’évêque catholique n’avait aucune existence légale et ne jouissait d’aucun droit civil. Le pouvoir d’ériger despaioisses appartenait au gouverneur, qui devait l’exercer avec le concours de l’Assemblée législative et de son Conseil exécutif. Quant à la nomination aux cures, elle appartenait au roi.
Les instructions secrètes données aux gouverneurs, depuis 1763, étaient bien explicites à ce sujet, et elles ne distinguaient pas entre catholiques et protestants (2). Heureusement que le gouverneur Murray et lord Dorehester avaient eu la sagesse de les laisser dormir dans la poussière des tiroirs. Cet état de choses ne pouvait durer.
Mgr Briand, de crainte de l’intervention du pouvoir civil dans les affaires spirituelles de l’Église catholique, s’était abstenu de faire des érections canoniques de paroisses. L’ordonnance de 1791 semblait maintenir l’évêque de Québec dans les droits dont il jouissait avant la conquête. Mgr Hubert avait lui-même érigé canoniquement deux paroisses : celle de Saint-André-de-Kamouraska, en 1791, et celle de Saint-Mai c-de-Cournoyer, en 1792. On ne l’avait pas inquiété. (3).
En 1797, le général Prescott demanda à Mgr Denaut de lui remettre, chaque année, une liste des nominations aux cures faites dans les douze derniers mois, afin qu’il pût luimême en rendre compte si on l’interrogeait. C’était l’indice de ce qui se tramait dans l’ombre.
Le conflit que l’on redoutait éclata en 1798. Le grand vicaire Noiseux, curé des Trois-Rivières, avait rendu un
(1) Abbé Ferland, Mgr Joseph-Octave Plessis, évêque de Québec, 1878, p. 61.
(2) D. C. H. C. (1760-1791, Commission de gouverneur à Murray, p. 151, D. C. H. C. (1791-1818) Instructions à lord Dorehester, 16 septembre 1791. p. 24-26.
(3) Nous mettons à l'appendice X, (p. 354), une copie de l’acte d’érection canonique de la paroisse de Saint-André-de-Kamouraska.
LA RELIGION ET L’ÉDUCATION
décret érigeant en paroisse, sous le nom de Sainte-Marguerite, une partie de territoire détachée des paroisses de Bécancour et de Nicolet. Le curé Noiseux n’était pas autorisé à faire cette érection, et Mgr Denaut s’y opposait parce qu’il ne voyait pas la nécessité d’ériger une paroisse en cet endroit.
Les habitants de la localité venaient de s’adresser à la Législature pour obtenir l’érection civile de leur nouvelle paroisse. L'occasion de s’immiscer dans les affaires ecclésiastiques se présentait d’elle-même. On ne devait pas la laisser passer.
Le 19 mars 1798, M. Thomas Cofhn, député de Saint- Maurice, demandait la permission de présenter à la Chambre d’Assemblée un bill “qui forme une nouvelle paroisse entre les paroisses de Bécancourt et de Nicolet (1).”
La question des droits de l’évêque catholique dans l’érection des paroisses était soumise à la Législature et tout laissait prévoir que l'autorité épiscopale subirait de rudes assauts.
Mgr Denaut. qui continuait de résider dans sa cure de Longueuil, était peu au courant de ce qui se disait à Québec. Mais la Providence lui avait ménagé un aide précieux dans la personne de Mgr Plessis, qu’il avait choisi comme coadjuteur, au mois de septembre 1797. C’est ce dernier qui va mener la lutte, de haute main, sous la direction de Mgr Denaut auquel il fait part de toutes ses démarches. Curé de Québec depuis 1792, Mgr Plessis comptait des amis sincères parmi les personnages influents du Gouvernement. Nous mentionnerons tout spécialement MM. Adam Lymburner, membre de l’Exécutif, William Grant, Joseph Young, John Lees, membres de l’Assemblée législative. Il multiplie les visites auprès d’eux, a des entrevues avec le procureur général, l’honorable Jonathan Sewell, avec le juge en chef, l’honorable William Osgoode, assiste aux séances de la Chambre. Il ne s’oppose pas au bill en lui-même.
Le vice que je trouve dans la chose, écrit-il à Mgr Denaut, est que le bill ne tienne aucun compte ni ne fasse aucune mention des démarches des habitants auprès de l’évêque ou de son grand vicaire, ni des procédures de ceux-ci. Comme
(1) Journal de la Chambre d’assemblée, Bas-Canada, 1798, p. 54.