CHAPITRE XVIII
Le docteur Mountain avait été nommé président de Y Institution Royale, mais son action se limita à bien peu de choses, vu l’impossibilité où l’on se trouva d’organiser des écoles paroissiales.
Le lord évêque trouvait sa position de moins en moins enviable. Nommé, par lettres patentes, évêque de Québec, avec juridiction sur le Haut et le Bas-Canada, il s’était occupé, dès son arrivée, en 1793, d’établir un semblant de hiérarchie ecclésiastique dans son immense diocèse. Au mois de septembre 1794, il écrivait à lord Dundas (1) que la situation de l’Église protestante était certainement moins dégradante que celle où il l’avait trouvée à son arrivée. Le révérend Delisle, décédé, avait été remplacé, à Montréal, par le révérend Turstall. Son frère Jehosaphat Mountain, avait pris la place de Veissyère aux Trois-Rivières, et son neveu Jehosaphat Mountain, l’assistait à Québec. Le révérend Doty était recteur à William -Henry (Sorel), et le révérend Shortt, à Saint-Armand. Il s’était mis au travail avec ardeur. Mais de cruelles déceptions l’avaient bientôt découragé. Comment pouvait-il en être autrement ? Il était venu au Canada avec l’assurance que l'Église d’Angleterre serait officiellement établie en ce pays. “ Je n’ai pas besoin de faire remarquer à Votre Excellence, écrivait-il à sir Robert Shore Milnes (2), que ce projet n’a été jusqu’ici que très imparfaitement réalisé. Comparée aux fortes organisations, aux revenus considérables et aux pouvoirs et privilèges étendus de l’Église de Rome, l’Église d’Angleterre tombe tout simplement au rang d’une secte tolérée, n’ayant en ce moment pas un chelin de revenu qu’elle peut convenablement appeler le sien ; sans lois pour contrôler la conduite de ses propres membres, ou même pour réglementer les délibérations ordinaires des chapitres et des marguilliers sans dispositions pour l’organisation ou la gouverne des délibérations nécessaires d’une cour ou pouvoir ecclésiastique, afin de faire exécuter ses décisions ! ”
Il achevait dans le moment la construction d’une église à Québec. Mais, il ne pouvait savoir si elle serait érigée en
(1) Arc. can. Q. 69-2, p. 385.
1,2) 6 juin 1803. Rapport, sur les Archives du Canada, par Douglas Brymner, 1892, p. 16-20.
LA RELIGION ET L’ÉDUCATION
-'g lise métropolitaine ou resterait simple église paroissiale.
Enfin, il éprouvait de grandes difficultés à se procurer des assistants. Le révérend Turstall, recteur à Montréal, à la suite d’un procès retentissant, avait été remplacé par le frère du lord évêque, Jehosaphat Mountain ; le révérend Shortt avait été transféré aux Trois-Rivières et un nouveau recteur, le révérend Rudd, avait été nommé à William- Henry. Il n'avait pu trouver de recteur pour remplacer le révérend Shortt à Saint-Armand parce qu’on ne pouvait lui donner un salaire suffisant.
Où il n'v a pas d'espoir d’avancement, disait le lord évêque, on ne peut guère avoir l’espoir d’obtenir les services d’hommes capables et dignes. On n’engagera pas facilement des ministres respectables et utiles de notre église à passer leur vie dans les solitudes de ce pays sans une perspective de jamais atteindre des positions plus convenables et plus honorables que pourront mériter leurs travaux et leurs vertus.
Ce zèle primitif qui pouvait déterminer des hommes à dire complètement adieu à tout bien-être de la vie, pour se consacrer à la propagation de la véritable religion, se trouve, je le crains, bien rarement parmi nous. Je n’ai pas eu, du moins, la bonne fortune de le trouver. Mais la difficulté d’avoir des ministres pour la nouvelle colonie disparaîtrait, je le crois, entièrement, si une organisation libérale et convenable de l’Eglise leur offrait un espoir raisonnable de recueillir de justes émoluments et une distinction honorable comme récompense de l’accomplissement, exemplaire et méritoire de leurs devoirs.
Ce qui préoccupait davantage le lord évêque était de voir à ses côtés un personnage “qui a décidé, disait-il, de s’arroger non seulement le titre d’évêque de Québec mais aussi d’y ajouter Je qualificatif de “ Monseigneur Sa Grandeur, le révérendissime et illustrissime ”. “Son coadjuteur porte l’habit et prend le rang d’évêque et reçoit aussi le titre de Monseigneur.’’
Tout en protestant de son bon vouloir envers l’Église romaine, le lord évêque trouvait que son chef était traité beaucoup trop libéralement.
Si l’évêque romain, disait-il, est reconnu comme étant l’évêque de Québec, que deviennent le diocèse que Sa Ma-