CHAPITRE XVIII
jesté a solennellement créé et l’évêque qu’il lui a plu de nommer ! Autoriser l’établissement de deux évêques du même diocèse, de religions différentes, serait un solécisme en forme de gouvernement ecclésiastique qui, je crois, n'a jamais existé dans le monde chrétien ; tenter l’union d’ Églises différentes avec l’État serait, je le crains fort, une expérience dans la science du gouvernement pas moins dangereuse que nouvelle.
Si on permettait à tout ce qu’on s’est ainsi arroge d’une manière injustifiable de se continuer et que, par cette permission, cet état de chose dût virtuellement recevoir la sanction du gouvernement de Sa Majesté, ce serait une faveur qui, et je le dis humblement et respectueusement, me semblerait contraire aux lois et à la constitution de notre pays ; ce serait mettre “ l’évêque du pape ” (car tel il est) au-dessus de celui du roi ; ce serait, à mon humble avis, faire tout ce qui peut se faire pour perpétuer le règne de l’erreur, et établir l’empire de la superstition ; et, conséquemment, ce serait accorder aux Canadiens une faveur plus préjudiciable à eux-mêmes qu’aux habitants anglais ; car tout ce. qui peut tendre à amener petit à petit une réforme de l’Église romaine serait le plus grand bienfait que pourraient recevoir les Canadiens . . .
C’est pourquoi, tout en déclarant de nouveau n’avoir aucun désir de voir l’Église romaine dépouillée de tout privilège qu’on peut juger nécessaire à la tolérance complète et libérale de son culte, je n’hésite pas à conclure qu’à moins d’appliquer un remède immédiat et efficace aux abus qui se sont graduellement introduits, à moins que l’état positif et la situation relative, à la fois, de l’Église d’Angleterre dans ce pays, ne soient incessamment et radicalement changés, tout espoir de maintenir l’établissement de cette Église sera, à mon avis, irrévocablement perdu.
L’Église catholique romaine sera, à toute fin que de droit, la religion établie du pays ; bien que déclinant comme elle semble le faire, dans d’autres parties du monde, elle trouvera ici non seulement un asile sûr, mais elle sera élevée à la prééminence et assise sur les bases les plus larges et les plus solides.
Sir Robert Shore Milnes transmit cette longue lettre à lord Hobart, en lui disant qu’il ne croyait pas qu’il fût nécessaire d’y ajouter des commentaires. Il avait déjà attiré l’attention du secrétaire des colonies sur ce point. Dans la lettre citée plus haut où il décrivait au duc de Portland l’état
LA RELIGION ET L'ÉDUCATION
politique du Canada (1), le lieutenant-gouverneur touchait à cette question de la religion et disait que la protection accordée à la religion catholique et l’indépendance du clergé contribuaient beaucoup à amoindrir l’influence du gouvernement. Lord Hobart avait répondu qu’il ne comprenait pas pourquoi on négligeait l’observation des instructions royales où il était dit “ que nulle personne ne devait recevoir les Saints Ordres ou avoir charge d’âmes, sans avoir, au préalable, eu et obtenu un permis du gouverneur, etc., etc.” Il demandait au lieutenant-gouverneur d’employer tous les moyens suggérés pai la prudence, afin de reprendre cette prérogative du pouvoir royal, et croyait qu’on aurait une chance de réussir en augmentant le revenu de l’évêque (2).
Lord Hobart, après avoir pris connaissance de la missive du lord évêque, répondit à Milnes qu’il reconnaissait la justesse des réclamations du prélat anglican. Il ne voyait pas, cependant, la nécessité d’agiter des questions qui pouvaient provoquer des différends entre les chefs des églises protestante et catholique romaine. Le lieutenant-gouverneur devait prier les deux évêques de s’abstenir de tout acte propre à causer de l’irritation dans l’esprit des membres du clergé ou des personnes professant la religion qu’ils administraient respectivement. Il devait demande! à l’évêque catholique de s’abstenir de prendre des titres nouveaux ou d’exercer des pouvoirs qu’il n’était pas censé avoir (3).
Le 24 octobre 1804, l’évêque anglican revenait de nouveau à la charge. Il désirait, écrivait-il à lord Camden, sortir de la pénible et fausse situation qu’il occupe en Canada, où il a passé onze ans sans avoir pu réaliser aucun des desseins pour lesquels il y a été envoyés, si ce n’est de construire une cathédrale sans dotation et sans constitution. On lui a même refusé le pouvoir de légaliser certains mariages faits dans le Haut-Canada. Bien plus, le lieutenant-gouverneur Hunter lui a fait savoir qu’il ne pouvait nommer, sans sa permission, des ministres dans le Haut-Canada. Les membres canadiens du Conseil exécutif s’opposent à ce qu’il érige des paroisses protestantes. Ainsi, les catholiques
(2) Arc. can. Q. 86-1, p. 3.
(3) Arc. can. jan\ier 1804, Q. 92, p. 275.