CHAPITRE XVIII
qui, grâce à la libéralité sans égale de Sa Majesté, ont tant eu pour leur Église, s’objectent autant qu’il dépend d’eux à tout ce qu’il demande pour la sienne. Après tant de déboires, il n’a plus qu’une ambition : de retourner en Angleterre le plus tôt possible (l).
Mgr Plessis nous laisse entendre que le lord évêque songeait à quitter définitivement le Canada. Dans une lettre à Mgr Denaut, il écrit, “ My lord bishop est moins intéressé que jamais à nous nuire. Sa sollicitude est occupée d’un autre objet, c’est d’obtenir un évêclié en Irlande ou en Angleterre, qui puisse le dédommager des misères apostoliques qu’il a éprouvées dans son premier diocèse. On parle déjà de la vente de ses meubles, qui doit se faire aussitôt après son départ, fixé pour le mois de juin ou de juillet (2).”
Milnes se préparait lui aussi à quitter le pays. Au mois de mars 1805, il annonçait son prochain départ à Mgr Plessis, lui faisant savoir, en même temps, qu’il désirait s’employer en Angleterre à faire reconnaître les droits civils de l’évêque catholique de Québec. Mgr Plessis mit aussitôt Mgr Denaut au courant des intentions du lieutenant-gouverneur. Sir Robert Shore Milnes, lui disait-il, se flatte “d’obtenir des ministres de Sa Majesté une commission pour l’évêque catholique qui serait ensuite expédiée ici par le gouverneur au nom du roi, laquelle, laissant de côté tout ce qui concerne le spirituel auquel il conçoit qu’il n’appartient à personne de toucher, donnerait à l’évêque un état convenable à sa dignité, semblable à celui dont jouit l’évêque anglican, et sans qu’il n’y eût rien de commun entre l’un et l’autre, déterminerait les temporalités de l’évêque, fixerait ses prétentions sur le palais épiscopal, sur les fabriques, sur les cures, sur l’érection des nouvelles paroisses, etc., etc.” Mgr Plessis ajoutait que le lieutenant-gouverneur lui avait dit :
qu’il fallait combiner les choses de manière à ne heurter ni les prérogatives du gouvernement, ni les principes de la religion catholique; que tous les articles qui devaient trouver place dans cette commission avaient besoin, avant toute chose, d etre examines et discutés ici à l’amiable, afin
(1; Arc. can. 24 octobre 1804, Q. 98, p. 171.
Archives l’Archevêché de Québec. Évêques de Québec, carton 111, f.
LA RELIGION ET L'ÉDUCATION
que les parties intéressées n’eussent ni à se plaindre ni à se tenir en défiance désormais les unes contre les autres, comme il semblait que l’on avait fait jusqu’à présent ; qu’il n’était pas homme de loi, mais qu’il avait donné pleine liberté à l’avocat général de raisonner avec moi sur tous les points qui pouvaient être mis en question, afin de prendre sur le tout des conclusions convenables ; que se considérant ici comme le père commun des protestants et des catholiques, il se croirait heureux d’avoir pu procurer au clergé romain une existence certaine et indépendante au lieu de la situation précaire où il le voyait avec peine (1).
Mgr Plessis s’aboucha de suite avec M. Jonathan Sewell. Ils eurent plusieurs entrevues. Dès la première, le coadjuteur s’aperçut qu’il serait difficile d’en venir à une entente. “ L’avocat général montre de la bonne volonté, écrit Mgr Plessis, mais il voudrait des curés inamovibles ; son idée est que le gouverneur présente les sujets aux cures et que l’évêque leur donne l’institution Pressé par le lieutenant-gouverneur, le coadjuteur prépara un projet de lettres patentes qu’il expédia à Mgr Denaut, le priant d’“ ajouter, retrancher, tailler, rogner ” comme il lui plairait. Il continuait ses conférences avec M. Sewell.
Il y a deux articles sur lesquels nous n’avons pu nous accorder, écrivait Mgr Plessis à Mgr Denaut, savoir : l’amovibilité des cures et l’éreclion de paroisses. Sur le premier, il persiste dans l’idée que les cures doivent être érigées en titre et conférées par l’évêque sur la présentation du gouverneur et prétend que c’est un point majeur sur lequel on ne se relâchera point. . . — Par rapport à l’érection des paroisses, il la fait consister dans des lettres patentes du roi, regarde toutes les opérations de l’évêque ou de ses officiers comme de simples préliminaires, veut que les mêmes territoires servent pour les paroisses catholiques et pour les anglicanes, et 11e reconnaît pour érections faites ci-devant que le règlement de 1721, confirmé par lettres patentes de 1722, quoique je lui ai démontré que ce règlement ne faisait que déterminer l’étendue territoriale, et qu’avant et après ce règlement il a été érigé des paroisses par les évêques de Québec (2).
(1) Ibidem. Évêque * de Québec, carton 111, f. 123.
(2) Ibidem. Évêques de Québec, carton III, p. 135.