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CHAPITRE XVIII

L’avocat général se montrait assez conciliant sur le reste. Il ne voyait pas d’objection à ce que l’évêque prît le titre d’évêque de Québec. Il serait bon d’ajouter un terme distinctif comme celui de romain ou de catholique. Il admettait que l’évêque reconnu et autorisé par lettres patentes aurait le droit d’inspecter les livres de fabrique, pourrait visiter les paroisses, gouverner les Séminaires, régler les honoraires des ecclésiastiques et nommer les grands vicaires/' M Sewell, disait le coadjuteur, conclut qu’il ne faut pas perdre l’occasion d’obtenir en réalité une autorité dont nous n’avons que l’ombre et dans l’exercice de laquelle nous pouvons être arrêtés à chaque pas.”

Le projet de lettres patentes devait être laissé de côté. Le lieutenant-gouverneur et l’avocat général étaient d’avis, qu’il valait mieux présenter deux requêtes : l’une au lieutenant-gouverneur, renfermant quelque détail, l’autre au roi qui ne serait que le résumé de la première. Mgr Plessis s’offrait de préparer lui-même les requêtes, avec le concours de l’avocat général ou de M. William Grant, seigneur de Longueuil et représentant de Québec, à la Chambre d’assemblée. Il était bien entendu que toute idée de suprématie spirituelle en serait exclue. M. Sewell persistait dans son projet d’enlever à l’évêque la nomination aux cures. “ Ce n’est plus une simple présentation dont on prétend investir le gouverneur, mais une vraie nomination, une commission qui mettra un curé en possession du temporel de sa cure, en même temps que l’évêque le mettra, par sa commission ecclésiastique, en possession du spirituel,” écrivait Mgr Plessis (1). Dans la même lettre (27 mai 1805), le coadjuteur donnait le compte rendu à Mgr Denaut d’une nouvelle entrevue avec le lieutenant-gouverneur. Il avait essayé de lui faire comprendre que l’évêque étant de droit commun le colla teur de tous les bénéfices de son diocèse, il ne pouvait renoncer à faire lui-même les nominations aux cures, vu les inconvénients qui pourraient en résulter.

A cela, sir Robert Shore Milnes avait répondu qu’un gouverneur ne ferait certainement pas de nominations aux cures sans avoir consulté l’évêque, au préalable. Il avait ajouté : C est un principe si bien établi, en Angleterre, que

(1) Ibidem. Évêques de Québec, carton III, p. 137.

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la nomination à toutes les places est une prérogative royale, que je prévois qu’on ne voudra pas s’en départir.” Ces propos du lieutenant-gouverneur n’étaient pas de nature à rassurer Mgr Denaut, qui se montrait beaucoup moins confiant que Mgr Plessis. Il avait répondu à son coadjuteur qu’il aimait mieux son état précaire, tel qu’il était, que Y établissement solide, tel qu’il lui était offert. Dans son incertitude il avait consulté M. Roux, supérieur des Sulpiciens et grand vicaire pour le district de Montréal. Celui-ci, si l’on en juge par les observations faites sur le projet des lettres patentes soumis par le coadjuteur à Mgr Denaut, était loin d’approuver les démarches de Mgr Plessis. Le coadjuteur en fut attristé et riposta vivement à M. Roux

Ne vaut-il pas mieux rester comme nous sommes, ditesvous ! Mais comment sommes-nous ? Sans état fixe, sans autorisation, soumis aux dispositions des instructions du roi qui donnent tout uniment au gouverneur la provision (collation) de toutes les cures, en l’autorisant à ne déplacer les curés que quand ils seront convaincus de félonie. C’est en même temps un effet, visible de la protection divine et une preuve frappante de la modération britannique, si ces instructions n'ont pas été exercées jusqu’à présent à la rigueur. Elles ont même été tenues assez secrètes jusqu’à une certaine époque. Mais depuis quelques années elles commencent à être connues et déjà ont donné lieu à beaucoup de raisonnements. Avouons que l’état de l’évêque tel que suggéré dans mon plan de lettres patentes, quoique dépendant et gêné, serait bien préférable à celui d’à présent et qu’il vaudrait mieux céder quelque chose cpie de tout risquer. Après Dieu, la religion catholique dans ce pays n’offre de protection à ses ministres que dans le gouvernement. Les fidèles les plus zélés sont dans les basses classes du peuple. La haute classe des catholiques, conseillers, juges, avocats, marchands de quelque crédit, n’est point en général amie du clergé. . . Le gouverneur et l’avocat général savent très bien que nous avons en horreur l’anglicanisme et principalement la suprématie du Roi qui en fait partie. Je leur ai déclaré à pleine bouche et plusieurs fois, en ajoutant même que l’évêque ne pouvait en conscience accepter une commission qui en impliquerait la plus petite ombre. Ils ne voient donc dans nos places ecclésiastiques que le temporel, et c’est vraiment le seul objet qui les occupe. Le spirituel est à nous, et s’ils y interfèrent, ce sera sans malice et par accident et par concomitance

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