CHAPITRE XIX
se serait un terrible coup porté à la religion catholique du Canada. . . “Le secret, ajoutait-il, serait d’obtenir que l’évêque catholique de Québec fût reconnu et autorisé, à des conditions compatibles avec les principes de la religion qu’il professe. . . J’attends de votre zèle pour l’Église de Jésus-Christ que, s’il a été projeté quelque chose à cet égard. . . vous travaillerez à en détourner l’effet (l). ”
Au milieu de toutes ces préoccupations Mgr Plessis ne négligeait pas l’administration; de son vaste diocèse. Sa volumineuse correspondance, conservée aux archives de l’archevêché de Québec, nous laisse voir son activité, qui s’étendait à tout et à tous. L’instruction de la jeunesse lui tenait à cœur. De concert avec son clergé il réussit à empêcher la fondation des écoles de Y Institution Royale. Très peu furent établies dans les vieilles paroisses (2). Il encouragea ses curés à fonder des écoles de presbytères où les enfants, sous la direction de leurs pasteurs, apprenaient à lire et à écrire (3). C’est une de ces écoles de presbytère qui fut le berceau du Séminaire de Nicolet. Mgr Plessis fit des dépenses considérables pour soutenir cette maison d’éducation, qui ne réussit à survivre que grâce au concours de son généreux protecteur. C’est avec son appui que M. Girouard jeta les fondements du séminaire de Saint-Hyacinthe.En tout cela, Mgr Plessis songeait à l’avenir. Il voulait préparer, pour les luttes à venir, des générations fortement trempées et imbues des principes chrétiens.
Le lord évêque Mountain était toujours en Angleterre. Lord Castlereagli l’avait averti qu’il ne pouvait, dans le moment, régler les difficultés pendantes, qu’on ne pouvait même songer à les discuter. Le secrétaire d’Êtat faisait allusion à la situation tendue existant alors entre les États- Unis et l’Angleterre. Une déclaration de guerre était à craindre, et lord Castlereagh estimait qu’il ne fallait pas froisser les sentiments de la population de langue française, dans le cas où l’on aurait besoin de son secours pour protéger les frontières du Bas-Canada.
(1) 4 juillet 1806. Cité dans l’ouvrage : Joseph-Octave Plessis, par l’abbé Ferland, Québec, 1878, p. 69.
(2) Appendice XI, p. 357.
(3) Appendice XII, p. 358.
LA RELIGION ET L’ÉDUCATION (suite)
Le lord évêque n’était pas du même avis. Pourquoi différer indéfiniment l’établissement officiel de l’Église d’Angleterre dans le Bas-Canada ? Les Canadiens, disait-il, s’y attendent depuis longtemps et n’en seront pas surpris.
De fait, ajoutait-il, quoique gâtés par une bonté excessive, ce sont des gens paisibles et soumis, faciles à gouverner, d’abord qu’on agit avec fermeté. Ils ne songent nullement à résister à aucune mesure, à moins qu’elle ne soit ostensiblement tyrannique, sanctionnée par le gouvernement de Sa Majesté. Je suis parfaitement convaincu, qu’aucune réelle difficulté n’a jamais existé par rapport à eux, quant à ce qui fait l’objet de ma demande ; je puis ajouter que les difficultés apparentes ont leur origine dans des craintes sans fondement, ou plutôt dans l’indifférence malheureuse des personnes, qui ont, jusqu’ici, gouverné ce pays.
La perspective d’une guerre avec les Etats-Unis, au lieu de provoquer chez les Canadiens un esprit d’insubordination, cause, je le crois, un effet contraire. Les Canadiens, en effet, savent fort bien que les privilèges qu’ils prisent si hautement, ne seraient pas sauvegardés, dans le cas d’une union du Canada avec les États-Unis. Rien ne tend autant à les attacher à l’Angleterre que l’aversion qu’ils ont pour les Bostonnais (c’est ainsi qu’ils appellent les Américains) et pour leurs principes de gouvernement (1).
Les démarches du lord évêque restèrent infructueuses. Il revint à Québec, au mois de juillet 1808, sans avoir obtenu autre chose que des paroles d’encouragement et des promesses qui n’engageaient à rien.
De concert avec l’avocat général Sewell et Ryland, il ne tarda pas à circonvenir le nouveau gouverneur général, sir James Craig. Celui-ci profita des événements politiques qui se déroulaient dans le moment pour faire accepter, en Angleterre, le plan qu’ils avaient conçu ensemble pour écraser l’Église catholique en Canada. Au printemps de 1810, il chargeait son fidèle secrétaire d’une mission confidentielle auprès du gouvernement britannique. “ M. Ryland, écrivait Mgr Plessis à M. de Bovens, agent ecclésiastique du diocèse de Québec en Angleterre, est parti chargé de mémoires entre lesquels je ne serais pas surpris qu’il y en eût de très défavo-
(1) Arc. can., l’évêque anglican à Clifton, 20 février 1808, Q. 108, p. 103.