‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 155 sur 197 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

râbles aux habitants du pays en général, et peut-être de très calomnieux contre le clergé (1).”

Mgr Plessis ne se trompait pas. Outre les questions purement politiques à débattre avec les ministres britanniques, Ryland devait leur demander d’accorder au gouverneur la nomination aux cures du diocèse de Québec, de remettre les biens des Jésuites et des Sulpiciens à la disposition du gouvernement provincial. La correspondance du zélé secrétaire avec sir James Craig et le lord évêque nous permet de le suivre, jour par jour, dans les nombreuses démarches qu’il fit auprès de lord Liverpool, de sir Robert Peel et de l’honorable George Canning, pour arriver à son but. Sans oublier le côté politique de sa mission Ryland apporta une attention spéciale au problème religieux (2).

Les officiers en loi de la couronne, consultés au sujet de la nomination aux cures dans le diocèse de Québec, répondirent qu’ils ne comprenaient pas pourquoi l’on avait permis à l’évêque catholique de faire ces nominations, et qu’il serait bien difficile de le forcer à renoncer à ce privilège après un si long espace de temps. Ils étaient bien d’opinion que la nomination aux cures catholiques comme protestantes était une prérogative royale. Il valait mieux, cependant, régler cette question par un compromis que d’user de rigueur (3).

Le cabinet britannique prit le parti de temporiser et de lasser, à la longue, la patience de Ryland. Celui-ci écrivait à . Craig que le sous-secrétaire des colonies, Robert Peel, était un jeune homme de manières agréables et doué de grands talents, mais qu'il n’entendait rien aux affaires du Canada (4). De son côté, Craig annonçait à son secrétaire qu’aussitôt après le départ de ce dernier un cas fort compliqué relatif à une érection civile de paroisse, lui avait été soumis ; il aurait bien pu le régler sans le concours de l’évêque catholique, mais, après réflexion, il avait cru qu’il valait

(1) Cité par M. Fenand dans Mgr Joseph-Octave Plessis, p. 83.

(2) Cette correspondance a été publiée par Robert Christie, dans son ouvrage History of Lower Canada. On la trouve au volume VI.

(3) Rapport des officiers en loi de la couronne, 3 juillet 1811. Robert Christie : History of Loicer Canada, v. 6, p. 227-230.

(4) 1er septembre 1810, 5 mars 1811. Christie, op. cit., p. 149 et 200.

LA RELIGION ET L’ÉDUCATION (suite)

mieux attendre la décision des ministres sur cette question(l) .

Ryland ne manqua pas d’informer Robert Peel du contenu de la lettre de sir James Craig et de la nécessité de régler immédiatement la question de l’érection des paroisses (2).

Sir James Craig attendait avec impatience le résultat de la mission de Ryland. Au printemps de 1811, se sentant de plus en plus malade, il se disposa à partir pour l’Angleterre. Il voulut, avant de quitter le pays, faire une dernière tentative auprès de Mgr Plessis.

“ J’ai dernièrement conversé avec Plessis, écrivait-il à Ryland, le 4 juin 1811 (3) ; je lui ai parlé de sa position et de celle de son clergé. . il m’exprima le désir que cette affaire se terminât. Il me dit qu’il allait aux Trois-Rivières dans quelques jours, et me pria de remettre la question jusqu’à son retour. A-t-il consulté Noiseux ou Calonne, ou tous les deux ? Je n’en sais rien ; mais quand il est revenu ici, je l’ai trouvé tout changé, car sa conscience ne lui permettait pas de consentir à ce que la couronne nommât aux cures. Je lui dis aussitôt qu’il était inutile de continuer la conversation ; que cela ne dépendait ni de son refus ni de son consentement ; que ce droit appartenait à la couronne et serait certainement repris tôt ou tard par le roi. Notre conversation dura deux heures et demie, mais sans résultat ni d’un côté ni de l’autre... Nous nous séparâmes bons amis.” Mgr Plessis avait eu trois entretiens privés avec le gouverneur, les 4 et 27 mai et 1er juin 1811. Il les résuma lui-même et donna le compte rendu suivant du dernier de ces entretiens à M. Roux :

Hier, j’eus avec Son Excellence le Gouverneur une conversation de sept quarts d'heure dans laquelle il s’épuisa à parler, et moi aussi sans que nous puissions tomber d’accord sur le seul point qui fut agité : savoir la nomination aux cures ; il la considère opiniâtrement comme une affaire civile et comme une prérogative de la couronne, dont elle ne relâchera jamais, et qu'il prétend avoir été exercée de tout temps par les rois de France et d’Angleterre, même avant la réforme dans ce dernier royaume. J’essayai de lui

(1) 10 septembre 1810. Christie, op. cil., p. 156.

(2) 22 avril 1811. Christie, op. cil., p. 214.

(3) Robert Christie, op. cit., p. 222.

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