‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 156 sur 197 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

faire entendre la différence essentielle qu’il y avait entre le patronage exercé sur certains bénéfices, soit par le roi, soit par des particuliers, et l’institution canonique qui ne peut venir que de l’Église, et sans laquelle toutes les commissions ou nominations de souverains et autres patrons ne seraient d’aucun effet . . .

J’ai ajouté que le droit des évêques, sur ce point, était si bien établi, que Bonaparte avait été forcé de le reconnaître par un article exprès du Concordat, que l’exemple qu’il me citait des évêques anglicans, qui ne confèrent aucune cure, ne faisait rien pour nous, que l’Église catholique avait toujours donné à ses évêques plus de pouvoir que l’Église anglicane n’en donnait aux siens . . . que personne n’était plus soumis que moi, ni plus affectionné au gouvernement, que j’avais pour principe général de seconder ses vues dans tout ce qui ne blessait pas ma conscience, mais qu’il m’était défendu d’aller au-delà, que je sentais plus que personne le désagrément d’occuper une place qui n’était pas avouee et d’y vivre dans la pauvreté, mais que je consentirais volontiers à de plus grandes privations plutôt que de faire des démarches qui me discréditeraient auprès de mon clergé et de mon peuple, engageraient ma conscience et seraient considérées comme une trahison envers l’Église, comme une vente de mon épiscopat, surtout s’il en résultait pour moi quelque addition de revenu. . . Nous disputâmes beaucoup, mais le gouverneur ne se fâcha pas et nous nous quittâmes, du reste, assez peu satisfaits l’un de l’autre.

A son arrivée à Québec, au printemps de 1812, le nouveau gouverneur, sir George Prévost, se mit aussitôt en relations avec Mgr Plessis et lui apprit que le cabinet britannique désirait le mettre sur un pied plus respectable. On attendait qu’il posât lui-même les conditions. Mgr Plessis, qui se disposait à partir pour visiter les missions de l’île Saint- Jean, de la Nouvelle-Ecosse et d’une partie du Nouveau- Brunswick, prépara, à la hâte, un mémoire qu’il remit au gouverneur avant son départ. Le mémoire exposait “ 1 0 ce qu’étaient les évêques du Canada avant la conquête ; 2° ce qu’ils ont été depuis cette conquête ; 3° l’état où il serait à propos qu’ils fussent, à l’avenir, pour l’avantage du gouvernement et de la religion

Mgr Plessis expliquait au long la situation des évêques canadiens sous le régime français, et ajoutait qu’ils avaient

LA RELIGION ET L’ÉDUCATION ( Suite )

continué à exercer leurs fonctions sous le régime anglais, avec autant de liberté que sous l’ancien régime.

Comme l’on sait très bien, disait Mgr Plessis, que les évêques de Québec ne prétendent exercer d’autorité qu’au spirituel et seulement sur les sujets catholiques de leur diocèse, on ne leur a contesté ni leur juridiction, ni leurs titres d’évêques de Québec, jusqu’à ces dernières années, où des insinuations artificieusement répandues dans les papiers publics et quelques assertions, avancées dans les cours de justice de cette province, ont commencé à jeter sur l’exercice et même sur l’existence de l’épiscopat catholique du Canada, certains nuages propres à priver ces prélats de l’influence qui leur est nécessaire, soit pour la conduite de leur troupeau, soit pour le succès des services que le gouvernement de Sa Majesté pourrait attendre d’eux, pour le maintien du bon ordre et pour la sûreté de la province dans les moments de trouble ou d’invasion.

Mgr Plessis demandait que lui et ses successeurs fussent reconnus civilement pour évêques catholiques romains de Québec, ayant sous leur juridiction épiscopale tous les sujets catholiques de Sa Majesté établis dans les colonies de l’Amérique du Nord, soumises à la domination britannique, avec les droits et prérogatives jusque-là exercés par ses prédécesseurs . . . (1).

Comme dans bien d’autres cas, la Providence allait se servir des événements pour amener le dénouement de l’imbroglio. On eonnait la belle conduite des Canadiens pendant la guerre de 1812.

Sir George Prévost ne manqua pas d’informer le secrétaire des colonies du zèle dont avaient fait preuve Mgr Plessis et son clergé pour la défense du pays. Il suggéra à Bathurst de donner mille livres sterling à Mgr Plessis (2).

Lord Bathurst lui fit bientôt savoir que le prince régent consentait à ce que les appointements de X évêque catholique de Québec fussent portés à mille louis. Il ajoutait : “ C’est un témoignage rendu à la loyauté et à la bonne conduite du gentilhomme qui occupe maintenant cette place et des autres membres du clergé catholique de la province (3).

(1) Mand. des év. de Québec, v. 111, p. 79-86.

(2) Prévost à Bathurst, 18 novembre 1812. Arc. can. Q. 110, p. 33.

(3) Lettre du 2 juillet 1813. Christie, op. rit., p. 312.

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