‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 29 sur 197 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le 10 décembre 1792, lord Dundas écrivait (1), àAlured Clarke, que c’était l’intention du gouvernement anglais de pourvoir à l’établissement, dans le Bas-Canada, d’un certain nombre d’émigrés français réfugiés en Angleterre.

Quatre d’entre eux avaient été choisis comme délégués et passeraient bientôt en Amérique. C’étaient les abbés Philippe-Jean-Louis Desjardins, grand vicaire de l’évêque d’Orléans, Pierre Gazel, ancien principal du collège de Navarre, André Raimbault, du diocèse de Bayeux et un laïc, canadien de naissance, François-Josué de la Corne de Saint-Luc, chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis (2). Dundas demandait à Clarke de voir à leur trouver des terrains propices à la culture, tout en l’avertissant que les premiers émigrants seraient probablement des ecclésiastiques, aux besoins desquels il faudrait pourvoir immédiatement. Les délégués débarquèrent à New-York, le 8 février 1793, et arrivèrent à Québec, le 2 mars suivant (3).

Le 12 mars, le lieutenant-gouverneur communiqua aux membres du Conseil la lettre de lord Dundas, les priant de donner leur avis sur l’attitude qu’ils entendaient prendre dans les circonstances.

Il fut décidé, par le comité général du Conseil, que l’on verrait à concéder immédiatement des terrains aux futurs émigrants. En attendant que ces terrains fussent préparés, on logerait ces gens dans les communautés religieuses ou chez des particuliers. A cet effet, le comité fut prié de se mettre en communication avec l’évêque et les supérieurs des différentes communautés religieuses.

Le 9 avril, William Smith, président du Conseil exécutif, adressait à Mgr Hubert la lettre suivante :

Nous nous sommes empressés de porter attention à la cause des royalistes restés fidèles à leur roi et plongés dans la détresse ; cependant il a fallu en différer la solution pour vaquer aux affaires urgentes de la présente session de la législature. Il y aura bientôt un intérim de quelques jours, et je pourrai prier le comité de faire rapport sur le sujet.

(2) trançois Josué de la Corne, était né à Terrebonne, le 25 mars 1750, du mariage de Louis de la Corne, seigneur de Terrebonne, et d’Elizabeth de Kamezay. Apres la conquête il s’était réfugié à Tours en France.

(3) Clarke à Dundas, 14 mars 1793. Arc. can. Q. 62, p. 168.

LES RÉSERVES DU CLERGÉ

Vous comprendrez, à la lecture des documents ci-inclus, que nous comptons sur votre concours au sujet du mode à suivre pour subvenir aux besoins des exilés, et pour les grouper judicieusement. Je suis anxieux de pouvoir exposer devant le comité tous les renseignements que votre position et vos connaisances, aussi bien que votre charité, ne manqueront pas de nous fournir ; la munificence royale n’en sera que plus marquée.

Lorsque j’aurai reçu votre communication à ce sujet, je convoquerai aussitôt le comité du conseil.

Des lettres conçues dans des ternies à peu près identiques furent aussi envoyées à M. Gravé, supérieur du séminaire de Québec, à M. Brassier, supérieur des Sulpiciens, et au frère Félix Berey, supérieur des Récollets.

Les réponses ne tardèrent pas à venir. Dans une lettre pleine de dignité, Mgr Hubert soumettait tout un plan ; il proposait de loger les prêtres émigrés chez les curés ou chez les seigneurs, en attendant qu’il puisse leur trouver des postes avantageux, et ajoutait :

La grande ressource des émigres français, surtout de ceux qui seront attachés à la culture des terres, est, sans doute, dans la libéralité et la générosité du gouvernement de Sa Majesté britannique, qui, pour mettre en exécution le charitable dessein qu’il a de les recevoir et de les établir en Canada, ne pourra se dispenser de leur accorder des vivres pour deux ou trois ans, et des intruments d’agriculture. Munis de ce secours, ils pourront défricher indifféremment ou des terres de la couronne, ou des seigneuries appartenant à des particuliers et moins éloignées du fleuve. Ceux-ci de leur côté, ajouteraient peut-être aux avantages que les émigrés auraient préalablement reçus du gouvernement, ou les mettraient en état d’en mieux profiter. Les bureaux ou comités proposés ci-dessus ne pourraient-ils pas, en vertu d’un acte de la Législature, ou par des lettres patentes, être autorisés à conférer sur cet objet avec les seigneurs particuliers de la province, et même à contracter avec eux au nom des émigrés et aux termes les plus avantageux.

Mgr Hubert mettait en note que les seigneuries de Beauharnois, de Beaupré, de la Rivière-du-Loup, des Trois- Pistoles, du Bic, de Rimouski, etc., pourraient être très avantageuses aux émigrés à raison de leur position maritime.

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