CHAPITRE IV
L’évêque de Québec, continuait-il, verrait avec consolation une communauté d’ecclésiastique? émigrés en possession des biens des jésuites en Canada, si Sa Majesté n en a disposé autrement, et chargés des devoirs que remplissaient autrefois ces religieux, tant à l’égard de certaines missions sauvages que par rapport à l’éducation publique de la province, dont le clergé de Québec pourrait être comme le centre.
Voici les ressources que le diocèse de Québec présente aux ecclésiastiques émigrés : 1. Le séminaire de Montréal a un pressant besoin de sujets ; 2. Il se présente des paroisses nouvelles à établir ; 3. Plusieurs anciennes sont dépourvues de curés • 4. D’autres, trop peuplées pour être desservies par un seul prêtre, ont besoin de vicaires. L’évêque se prêtera de tout son pouvoir à multiplier ces places autant que la position et l’état du revenu des différentes cures et missions le pourront permettre. Seulement, il aura l’attention de ne rien faire qui puisse décourager les sujets du pays et de prendre le loisir nécessaire pour taire le discernement des sujets étrangers, avant de leur donner mission.
Les prêtres du séminaire de Québec offraient de concéder des terres dans leur seigneurie de Beaupré, et mettaient à la disposition des émigrés leur maison de Saint-Joachim et celle de la Canardière (Maizerets).
M. Brassier offrait la seigneurie de Yamaska où les terres pourraient être concédées à des conditions faciles. On pourrait recevoir douze prêtres au séminaire de Montréal.
Quant au supérieur des Récollets, il mettait à la disposition des émigrés les couvents de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal. Les trois maisons pouvaient donner asile à une trentaine de prêtres (1).
Entre temps, les membres du Conseil avaient soumis à l’abbé Desjardins une liste de cantons disponibles; celui-ci devait en choisir deux pour y établir les réfugiés laïcs qui voudraient se livrer à la culture. Cette liste comprenait les cantons de Frampton, Tring, Armagh, Rawdon, Wickham, Buckingham, Hemmingford, Hinchinbrooke, Chatham, Clifton, Grenville et Suffolk.
(1) Ces différentes lettres sont consignées dans l’appendice de l’ouvrage du docteur N.-E. Dionne. Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada, à l’époque de la révolution, 1791-1792. L’on trouvera dans cet ouvrage des renseignements intéressants sur cet épisode de l’iiistoire du Canada.
Voir aussi Arc. can. Q. 63-2, p. 264-268.
LES RÉSERVES DU CLERGE
De son côté, l’abbé Desjardins avait fait préparer, pour les futurs émigrants laïcs, un mémoire sur la qualité du sol, le climat du Canada et sur le genre de culture qui convenait au pays.
Nous mettons en appendice cet intéressant mémoire (1) où l’on trouve une foule de renseignements inédits sur le Bas-Canada de cette époque.
Le 3 juillet 1793, Alured Clarke adressait à lord Dundas la lettre suivante :
J'ai l’honneur d’inclure sous ce pli copies des minutes du Conseil sur les affaires d’État, du 13 mars au 27 mai.
Ayant communiqué au Conseil le contenu de votre lettre du 3 octobre, relativement à ces émigrants français désireux de se réfugier en ce pays, et après lui avoir communiqué un mémoire reçu de MM. Desjardins, Raimbeaux, Gaze et Lacorne sur le même sujet, les procès-verbaux de ce conseil sont contenus dans les minutes que je vous envoie et que je vous prie d'examiner.
Dès l’arrivée des premiers attendus, on ouvrira une souscription pour venir à leur secours, et les bonnes dispositions manifestées déjà à l’égard de ces infortunés me font espérer qu’ils rencontreront toute l’assistance, l’hospitalité et le bon accueil que le pays est capable de leur donner.
La conduite des Messieurs porteurs de votre lettre a donné entière satisfaction et leur fait grand honneur, et je n’ai pas de doute que, après l’accueil qu’ils ont reçu, ils auront une bonne idée de celui qui attend leurs confrères. Les mesures qui ont été prises pour subvenir à leurs besoins, sans embarrasser les finances de la province, seront sans aucun doute jugées opportunes; en attendant que les autres émigrants arrivent, le Conseil est d’opinion qu’il n’y a rien de plus à faire.
Quant aux terres, les auteurs du mémoire, ayant libre accès au bureau de l’arpenteur général, sont au courant de la situation, et connaissent les terrains que le gouvernement se trouve libre de leur concéder, de façon qu’à l’arrivée d’autres émigrants, aucun temps ne sera perdu et ces derniers pourront se choisir les lots qui leur conviendront (2).
Les émigrants attendus avec tant d’impatience ne vinrent pas. Tout le travail de l’abbé Desjardins et de ses compagnons n’aboutit qu’à un fiasco.
(1) Appendice V, p. 328-331.