‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 33 sur 197 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le contre-coup de la révolution française dans le Bas-Canada. Circulaire de Mgr Hubert. — Troubles dans les campagnes. — Plaintes des censitaires contre les seigneurs. — Discussion a propos des droits d’acte.- — Table des honoraires acceptée par lord Dundas. — Opinion de lord Dorchester sur la question des honoraires. — Troisième session du premier parlement. — Le premir canton concédé par lettres patentes. — Départ de lord Dorchester.

La révolution française ne devait pas passer sans se faire quelque peu sentir en Amérique.

Au Canada, la nouvelle de la mort1 de Louis XVI avait frappé de stupeur les nobles, les prêtres, les seigneurs qui ne pouvaient concevoir un gouvernement sans roi. Le peuple, en général, était resté assez indifférent à ce qui se passait au delà de l’océan.

Il n’en était pas de même aux États-Unis ; les Américains avaient manifesté un enthousiasme délirant, en apprenant les horreurs de la révolution.

Le 22 avril 1793, Genest, l’ambassadeur de la république française auprès du gouvernement américain, débarquait à Charleston. Son voyage, de Charleston à Philadelphie, fut un triomphe ; les foules accouraient à sa rencontre et le saluaient comme un libérateur. Washington le reçut froidement et ne se laissa pas intimider par cet ambassadeur aux allures plus ou moins cavalières. Il le congédia prestement, après deux ou trois phrases banales.

La république française venait de déclarer la guerre à l’Angleterre (1er février 1793). Genest ne manqua pas de se servir de cet événement comme prétexte pour activer la haine des Américains contre l’Angleterre; il voulait les entraîner dans une guerre contre le Canada, et, en même temps, pousser les Canadiens français à appuyer la France et à embrasser la cause de la révolution.

Des coureurs d’aventure, français pour la plupart, se répandirent bientôt dans les campagnes du Bas-Canada.

Ils tenaient justement le langage qu’il fallait pour séduire les gens de la basse classe. Ils disaient et écrivaient, dans des pamphlets séditieux, que les Français viendraient bientôt les délivrer du despotisme anglais, que le Canada deviendrait un état indépendant, que le régime féodal serait aboli. Ces démagogues menaçaient des pires châtiments ceux qui ne voulaient pas les écouter; ils allaient brûler leurs maisons, les décapiter et porter leurs têtes au bout des perches (1).

Dans les temps de trouble le peuple se laisse facilement entraîner aux pires horreurs ; il suffit qu’un beau parleur apparaisse pour mettre en émoi une population paisible, pour lui faire croire qu’elle doit profiter de l’occasion pour obtenir le redressement de torts souvent imaginaires.

Les paysans, dans le moment, se plaignaient des vexations des seigneurs, des lenteurs de la justice, du favoritisme qui existait dans le gouvernement. Les démagogues avaient là un motif de déclamer contre l’ordre établi, de prôner les beautés de la révolution, et ils ne manquèrent pas de le faire.

Les gens de la haute classe méprisaient ces coureurs d’aventure, mais le peuple pouvait se laisser influencer et commettre des actes regrettables.

Afin de mettre la population en garde contre de pareils propos, Mgr Hubert avait, dans l’automne de 1793, envoyé aux curés du diocèse une circulaire dans laquelle il les priait d’avertir leurs ouailles de ne pas se laisser surprendre par le nom de Français (2).

Il nous paraît essentiel, disait-il, que vous proposiez à vos paroissiens les considérations suivantes :

1. Que par les capitulations de Québec, en 1759, et de Montréal, en 1760, et encore plus par le traité de paix de 1763, les liens qui les attachaient à la France ont étéentièrement rompus et que toute la fidélité et l’obéissance qu’ils devaient précédemment au Roi de France, ils les doivent, depuis ces époques, à sa Majesté Britannique;

2. Que le serment prêté par eux ou par leurs pères au Roi d’Angleterre, lors de la conquête de ce pays, les lie de

(1) Monk à Dundas, 30 mai 1794. Arc. can. Q. 69-2, p. 258.

(2) Mand. des évêques de Québec, vol. 11, p. 471.

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