‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 34 sur 197 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

telle manière qu'ils ne sauraient le violer sans se rendre

grièvement coupables envers Dieu lui-même; 1

3. Qu’indépendamment de l’obligation étroite qui résulte d’un tel serment, la conduite pleine d humanité, de douceur, de bienfaisance que le Gouvernement Britannique a toujours gardée envers eux, suffirait pour les y attacher invio-

lablement; v

4. Qu’en particulier la protection constante accordée a leur sainte Religion par le même Gouvernement, doit leur faire désirer avec ardeur de ne jamais passer sous une autre dénomination;

5. Que l’esprit de religion, de subordination et d attachement à son Roi, qui faisait autrefois la gloire du Royaume de France, a fait place, dans ces dernières années, à un esprit d’irréligion, d’indépendance, d’anarchie, de parricide, qui non content de la mort ou de l’exil de la saine partie des Français, a conduit à l’échafaud leur vertueux Souverain, et qui a justement excité l’indignation de toutes les puissances de l’Europe ; et que le plus grand malheur qui pût arriver au Canada serait de tomber en la possession de ces révolutionnaires;

6. Que, dans la conjoncture présente, le Gouvernement n’est pas seul intéressé à éloigner les Français de cette Province ; mais que tout fidèle sujet, tout vrai patriote, tout bon catholique, qui désire conserver sa liberté, ses lois, sa morale, sa religion, y est particulièrement et personnellement intéressé.

Lord Dorchester avait aussi lancé une proclamation (26 novembre 1793) invitant les magistrats, les capitaines de milice, les juges de paix, à faire tous les efforts possibles pour découvrir et arrêter les personnes qui tiendraient des discours séditieux, publieraient des écrits tendant à exciter le mécontentement, à diminuer l’affection des Canadiens envers le roi et à troubler la paix dans le pays.

Le gouverneur ne voyait pas l’avenir sans inquiétude. Le 26 avril 1794, il écrivait à Dundas (1) qu’il apprenait que le Vermont était prêt à entreprendre la conquête du Canada, à condition qu’il fût permis aux troupes de piller les habitants.

La situation, dans le moment, était assez tendue entre l’Angleterre et les États-Unis. La question des postes de traite de l’Ohio, que l’Angleterre avait retenus après la

(1) Arc. can. Q. 67, p. 191.

conclusion de la paix en 1783, semblait devoir provoquer la guerre avant longtemps.

Pour parer à toute éventualité, Dundas (l) avait donné ordre à Dorchester (15 février 1794) de lever deux bataillons des Roijcil Canadian Volunteers, et Dorchester lui-même, quelques jours avant l’adoption de la nouvelle loi de milice (2) avait commandé de lever, dans les campagnes, 2,000 miliciens (3).

On se rendit bientôt compte de l’effet pernicieux que les discours des émissaires français avaient produit dans le peuple. Lorsque les capitaines de milice se présentèrent dans les campagnes pour faire le tirage au sort, les inscrits refusèrent de comparaître et des troubles éclatèrent dans plusieurs paroisses.

Sur quarante-deux paroisses du district de Québec, écrivait Monk à Dorchester (4), qui renfeiment environ 7,000 hommes, sujets à la loi militaire, il n’y en a que huit, contenant environ 900 hommes aptes au service, qui se sont soumises à la loi et ont obéi aux ordres que votre Excellence a donnés.

Il semble que l’esprit de désobéissance et de déloyauté règne à un haut degré, dans les autres paroisses. Les inscrits, dans ces paroisses, disent que s’ils tirent au sort, ils seront ensuite enrôlés comme soldats et envoyés aux Indes Occidentales ou en dehors de la province.

Dans certains endroits, les curés qui ont voulu prêcher l’obéissance et la fidélité à leurs paroissiens, ont été menacés de sérieux dommages pour une aussi louable conduite.

(1) Arc. can. Q. 67, p. 33

(2) Voici quelles étaient les dispositions de cette loi de milice. Tout homme résidant, de 18 à 60 ans, était considéré comme apte au seivice militaire. Les capitaines de milice devaient inscrire les noms et faire rapport à l’état-major le plus pioche, du nombre de célibataires et de gens mariés compiis dans leur arrondissement : ies inscrits tiraient au soit. Les membres du cleigé, les membres du Conseil législatif, de l’Assemblée, du Conseil exécutif, les officiers de douanes, les notaires, les médecins, les étudiants des séminaires, etc. étaient exemptés du service militaiie.

Il était décrété que dans un danger imminent de guerre, d’invasion, d’insurrection, la milice serait immédiatement levée Dour être dirigée aux endroits exposés. Mais on ne devait pas servir plus six mois à la fois et l’on ne devait pas sortir de la province, excepté pour défendre contre une attaque la province voisine.

(3) Dorchester à Dundas, 24 mai 1794. Arc. can. Q. 71-1, p. 2.

(4) 29 mai 1794. Arc. can. Q. 69-1, p. 6.

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