‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 47 sur 197 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

la durée de Y Acte contre tes étrangers, qui avait été voté à la session de 1794. Cet acte, qui donnait à l’Exécutif le pouvoir d’arrêter toutes personnes accusées ou suspectées de trahison, fut prolongé jusqu’au mois de mai 1798 et continué ensuite, d’année en année, jusqu’en 1810.

A la clôture de la session, le 2 mai 1797, Prescott remercia les membres de l’Assemblée du zèle qu’ils apportaient pour assurer la tranquillité du pays, et les pria de vouloir bien continuer d’exercer une grande vigilance.

Quelques jours plus tard (l) il écrivait au duc de Portland, qu’on venait d’arrêter le principal émissaire d’Adet, David McClane et le complice de ce dernier, Charles Fréchette. MhClane, trouvé coupable de haute trahison, fut condamné à mort et exécuté le 21 juillet, au milieu d’un grand apparat, et avec une cruauté digne d’un autre âge (2). Cette exécution sommaire jeta la consternation dans le peuple et contribua grandement à ramener la paix dans le pays.

D’autant plus que les émissaires français ne trouvaient plus, aux États-Unis, l’encouragement dont ils avaient besoin pour continuer leurs intrigues.

John Adams, qui avait remplacé Jefferson à la présidence des États-Unis, en ouvrant les yeux de ses compatriotes sur les intrigues du Directoire, avait créé un sentiment d’antipathie très accentué contre les révolutionnaires français. Vers ce temps, Robert Liston chargea un M. Jules Le Fer, royaliste français, de se rendre dans la province de Québec, afin d’y recueillir des renseignements sur les agissements des envoyés de Genest, d’Adet et de Fouchet.

Le 1er octobre 1798, Prescott mandait à Portland (3) que Le Fer était à Québec. Les renseignements que ce dernier avaient recueillis confirmaient ce que l’on savait déjà. Tout un plan avait été concerté pour s’emparer du Canada. Une flotte française, portant 6,000 hommes et 30,000 armes à feu remonterait le fleuve jusqu’à Kamouraska où s’effectuerait le débarquement. De là, une proclamation lancée par toute la province appellerait les Canadiens sous les armes. La jonction entre les troupes françaises

(1; Arc. can. 13 mai 1797, Q. 79-1, p. 2.

(2) Gaze'tc de Québec, 27 juillet 1797.

'3,1 Arc. can. Q. 81-1, p. 21.

et les troupes canadiennes se ferait près de Québec, dont la garnison devait capituler. Les sujets anglais auraient à choisir entre ces deux alternatives, ou de quitter le pays, ou de devenir sujets de la république française. Les Canadiens seraient libérés de tous les impôts, soit ecclésiastiques, soit seigneuriaux; la dîme serait abolie et les prêtres dépendraient pour leur subsistance des contributions volontaires de leurs ouailles.

Ce plan d’invasion, disait Le Fer, est suspendu pour le moment, à cause du différend qui existe maintenant entre la France et les États-Unis, mais il n’est pas abandonné. Le philosophe Volney, venu aux États-Unis dans l’été de 1797, était repassé en France pour se concerter avec le Directoire et mettre à l’effet le plan ei-dessus. Quant aux Canadiens, Le Fer disait qu’il les avait trouvés en général très désireux de voir le Canada retourner à la France, mais que bien peu parmi eux voudraient d’abord se joindre aux Français pour attaquer Québec, la plupart se contenteraient d’observer : si la balance vient à pencher du côté des Français, il n’y a pas de doute, ajoutait-il, qu’ils s’uniront à eux en grand nombre.

Le Fer terminait en disant que des émissaires français étaient venus fréquemment dans la province ; dans le moment ils l’avaient tous quittée et, lui-même, malgré des recherches minutieuses, n’avait pu rencontrer aucune des personnes avec qui ces émissaires étaient en rapport.

Prescott, en donnant tous ces détails au duc de Portland, s’inquiétait de l’état d’esprit des Canadiens et de leur propension à l’insurrection. Au cas d’une attaque de l’extérieur, il ne pouvait compter, disait-il, pour défendre la province que sur quelques habitants de langue anglaise.

Les craintes de Prescott étaient sans fondement. Les émissaires de France avaient pu endoctriner quelques têtes folles, mais la grande masse des Canadiens était restée indifférente à leurs appels révolutionnaires. Aux yeux des Canadiens, l’Angleterre, alors en guerre avec la France, défendait la cause de la justice et du droit. La victoire d’Aboukir, remportée par Nelson sur la flotte française, le 2 août 1798, fut célébrée à Québec et dans toute la province par un jour solennel d’actions de grâces, fixé au 10 janvier 1799.

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