‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 54 sur 197 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

3° Ceux que j’appellerai tout simplement des spéculateurs, qui n’avaient d’autre Dut en demandant des terres que d’y amasser de l’argent, sans se donner la peine d’y faire des établissements et de les cultiver. Si l’on prend pour terme de comparaison la quantité de terre demandée, cette classe était d’abord plus nombreuse que l’une ou l’autre des deux premières, peut-être égale à celles-ci prises ensemble ; cette dernière classe a augmenté pendant que les deux premières diminuaient.

Un fort petit nombre de ces pétitionnaires était connu des officiers du gouvernement, et aucune mesure ne fut prise dans le temps pour se procurer des renseignements sur leur compte, ou pour savoir dans laquelle des classes ci-dessus mentionnées ils pouvaient être inscrits. Les demandes étaient soumises à un conseil appelé le comité des terres et étaient approuvées par ce comité ; de là ces demandes, avec le rapport du comité, étaient déposées devant le gouverneur en conseil, et l’ordre était donné qu’une autorisation d’arpentage fût envoyée à l’arpenteur général pour déterminer le canton demandé, que chacun des pétitionnaires aurait un octroi de 1200 acres dans ce canton ; les listes des associés devaient être envoyées au greffier du Conseil, afin de faire la distribution des parts de chacun, après le retour de l’arpentage.

Des autorisations d’arpentage furent ainsi accordées pour au-delà de cent-cinquante cantons et les pétitionnaires furent priés de se rendre sous le plus court délai possible dans les cantons indiqués, et d’y commencer immédiatement leur établissement.

Un nombre considérable de pétitionnaires de la première et de la deuxième classe, qui avaient réellement l’intention de cultiver les terres demandées, vendirent les propriétés qu’ils avaient dans les États.

Plusieurs d’entre eux vinrent pour prendre le serment d’allégeance, afin de commencer aussitôt leur établissement ; mais comme personne n’avait été nommé pour recevoir ce serment, quelques-uns retournèrent fort mécontents ; les autres allèrent prendre possession des lots qu’ils avaient demandés, ayant bien l’intention de prêter le serment requis aussitôt que des commissaires à cette fin seraient nommés, ce qui ne fut fait que deux ans plus tard, au mois d’octobre

Je dois vous faire remarquer que les autorisations cidessus mentionnées, devaient être retournées dans l’espace de six mois, temps requis par l’arpenteur pour exécuter l’ouvrage : la moitié des frais d’arpentage était à la charge du gouvernement l’autre moitié devait être payée par les pétitionnaires. L’arpenteur général ne put se procurer un

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nombre suffisant d’arpenteurs pour exécuter même la dixième partie des aipentages dans le temps requis. De plus les retours d’arpentage ne devaient pas être effectués avant que le lotissement des réserves du clergé et de la couronne eût été déterminé, ce qui ne fut fait que deux ans après l’émission des autorisations.

Néanmoins la plupart de ces autorisations furent retournées avec la mention que l’arpentage n’avait pas été exécuté tel que demandé.

On ne put déterminer la quantité de terre à laquelle chacun des pétitionnaires avait droit, vu que cette distribution ne devait pas être faite avant le retour des autorisations d’arpentage. Il en fut de même pour les honoraires et les conditions d’établissement sur les lots.

Ces indécisions agirent comme un présage de mauvais augure sur l’esprit de plusieurs des pétitionnaires de la première et de la seconde classe. Un très grand nombre renonça à s’établir dans la province et alla se fixer dans la partie ouest de l’ancienne province de New- York, d’autres désireux de s’établir dans un pays soumis au gouvernement de Sa Majesté, mais voulant tout d’abord des titres légaux, allèrent occuper de petites étendues de terre le long de la frontière du Canada, en attendant que les terres qu’ils avaient demandées leur fussent accordées. D’autres enfin se fiant aux promesses qu'on leur avait faites, ne doutant pas qu’une quantité raisonnable de terre leur serait concédée plus taid, et assurés que ces octrois de terre leur seraient donnés selon les conditions que le gouvernement pourrait, dans la suite, imposer aux nouveaux venus, allèrent prendre possession immédiatement de leurs lots.

Je dois vous faire remarquer que plusieurs de ces colons qui renoncèrent dans le temps à venir s’établir dans la province, vendirent leurs droits à d’autres personnes qui les remboursèrent des dépenses qu’ils avaient faites. Quelquesuns de ces acheteurs avaient réellement l’intention de venir s’établir dans la piovince et pouvaient attendre sans inconvénient les délais du gouvernement ; d’autres n’étaient tout simplement que des spéculateurs.

Au mois de mars 1794, deux des pétitionnaires, qui avaient obtenu des autorisations d’arpentage, Asa Porter et Nicholas Austin, demandèrent à lord Dorchester, de leur faire connaître le montant des droits d’acte qu’ils auraient à payer, la quantité de terre qu'on se proposait de concéder à chacun de leurs associés et les conditions d’établissement qu’on leur imposerait. La réponse qui leur fut faite, par ordre du gouverneur en conseil (17 mars 1794), disait qu’en autant que les circonstances le permettraient, douze cents acres seraient accordés à chacun des associés, et que chaque

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