‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 67 sur 197 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et entremêlée de digressions tout à fait inattendues. Nous ne nous attarderons pas sur ces détails qui appartiennent plutôt à l’histoire intime. Nous nous contenterons de relater les incidents qui se rapportent directement à notre sujet.

Dans une lettre datée du premier aoêt, adressée au duc de Portland (1) et écrite de sa propre main, Prescott faisait une charge à fond contre les membres du Conseil. Après son arrivée au pays, disait-il, il n’avait pas taidé à s’apercevoir que quelques membres du Conseil avaient formé le dessein de s’emparer d’immenses étendues de terres encore incultes. Il n’avait pas cru d’abord que ce projet allât jusqu’à comprendre les terres déjà établies et mises en valeur par les premiers concessionnaires, ni que les autres membres du Conseil eussent pu donner leur approbation à un tel dessein. Malheureusement, après une longue étude de la question, il s’était aperçu qu’il s’était fait une trop bonne idée des membres du Conseil.

Ceux-ci avaient influencé le juge en chef, qui sans chercher à connaître de quel côté était la vérité, avait accepté leurs dires ; flatté dans sa vanité, Osgoode s’était cru chargé du gouvernement de la province.

Cependant, il croyait le juge en chef nullement intéressé dans les projets de monopole des autres membres du Conseil. Osgoode aurait voulu garder secrètes les délibérations du Conseil, mais lui, en sa qualité de président du Conseil, avait permis aux parties intéressées de les consulter. Les nouveaux règlements concernant les terres avaient donné satisfaction, et plusieurs pétitionnaires, établis dans les nouveaux cantons, étaient venus le remercier et lui demander les lettres patentes qu'ils désiraient depuis si longtemps. C’était donc son intention de mettre à effet, aussitôt que possible, ces règlements.

Dans une dépêche subséquente, privée et confidentielle (2), Prescott devenait plus explicite. Il était bien convaincu que plusieurs citoyens de la province, presque tous de langue anglaise, avaient formé un complot pour s’emparer des terres de la couronne, même dans les endroits déjà établis. Quelques membres du Conseil étaient les instigateurs du

(1) Arc. can. Q. 80-2, p. 401.

(2) 13 août 1798. Arc. can. Q. 80-2, p. 277 et seq.

CONFLIT AVEC LE GOUVERNEUR

projet. D’après les instructions royales, personne ne pouvait recevoir plus de 1,200 acres de terre ; les spéculateurs, afin d’obtenir de plus grandes quantités, se faisaient donner des concessions aujnom de personnes étrangères, qui s’engageaient à leur remettre ces concessions aussitôt que les lettres patentes seraient émises, et cela sous paiement, comme récompense, d’ime somme allant de six à dix piastres, ou d’une petite concession de 200 acres. Des explorateui s avaient été chargés de visiter les terres que l’on convoitait, et des agents parcouraient les États du Vermont, de New-York, de New- Hampshire et de Massachusetts, afin de recruter des associés fictifs qui devaient prendre la place des premiers pétitionnaires qui, déjà établis, avaient entrepris des travaux considérables.

Ces associés n’étaient pas des agriculteurs, quelques-uns avaient des ressources pécuniaires, mais la plupart étaient des commis de bureaux dans les villes, ne connaissant rien de la culture des terres et n’ayant pas de quoi payer le quart des droits d’expédition des lettres patentes.

Comme preuve de ce qu’il avançait, Prescott envoyait au duc de Portland les documents suivants :

1 ° Une copie de certaines lettres du président du comité des terres, Hugh Finlay, à John Ruiter, un des commissaires chargés de recevoir le serment d’allégeance, autorisant celui-ci à employer des personues qualifiées pour recruter, dans les États voisins, des associés qui recevraient chacun 200 acres de terre (1). 2° Une copie des instructions données par John Ruiter à Levi Presbey, un des agents employés dans ce but (2). 3° Une copie des avis publiés dans plusieurs des journaux du Vermont et des États voisins, par Presbey et une autre personne (Amos Lay) agent aussi de Ruiter; en même temps qu’une copie des certificats que ces deux agents étaient supposés délivrer aux prétendus associés (3). 4° Une copie d’une déposition faite par M. Simon Z. Watson, un arpenteur distingué, chargé par les spéculateurs d’explorer certaines parties de terrain qu’ils désiraient avoir, mais qui refusa de travailler pour eux lorsqu’il découvrit qu’ils avaient l’intention de dépouiller les premiers

(1) Appendice VIII, p. 347-350.

(2) Ibidem, p. 350.

(3) Ibidem, p. 350-351.

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