‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 68 sur 197 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

pétitionnaires des concessions qu’ils avaient demandées, à leur insu et sans leur consentement.

Les agents employés par les spéculateurs n’avaient pas été à la hauteur de la tâche qui leur avait été confiée ; mais la maladresse déployée dans l’exécution des plans des spéculateurs n’infirmait pas les preuves de l’existence de ces mêmes plans.

Les commissaires nommés pour recevoir le serment d’allégeance avaient refusé d’admettre à prêter le serment requis des pétitionnaires qui étaient venus d’au delà de deux cents milles, parce que, disaient-ils, ils n’en avaient pas obtenu la permission des membres du Conseil, mais ce n’était là qu’une fausse représentation ; le vrai prétexte était que les commissaires n’entendaient admettre à la prestation du serment que ceux qui avaient accepté les termes proposés par les spéculateurs, lesquels, probablement, étaient en cela d’accord avec quelques membres du Conseil. A la fin de sa lettre, Prescott faisait remarquer à Portland que Hugh Finlay n’était pas plus coupable que quelques autres membres du Conseil, quoique les pièces incluses le désignassent seul. Finlay regrettait ce qu’il avait fait, et si ce n’était de tels ou tels autres membres du Conseil, il voterait immédiatement la mise à exécution des nouveaux règlements.

A la même date, Young, un des conseillers exécutifs, envoyait à Ryland, l’ancien greffier du Conseil, débarqué à Falmouth, en Angleterre, le 14 juillet précédent, une lettre fort intéressante (1).

A oung racontait à Ryland ce qui s’était passé au Conseil depuis le départ de ce dernier. Des copies des délibérations du Conseil avaient été livrées au public malgré la défense des membres du Conseil et la rupture était complète entre le gouverneur et le juge en chef, Osgoode ; le secrétaire du gouverneur, Samuel Gale, dirigeait maintenant les affaires.

On savait que les règlements nouveaux n’étaient pas des copies des dépêches officielles, mais plutôt des instructions préparées par le gouverneur et Gale, en conformité avec ce qu’ils avaient reçu ; le général Prescott avait communiqué quelques-unes des pièces officielles au lord évêque, en le

(1) Arc. can. Q. 81-2, p. 577.

CONFLIT AVEC LE GOUVERNEUR

priant d’en donner connaissance aux membres du Conseil, sous cette condition, cependant, qu’on n’en ferait pas mention dans le rapport du Conseil, ce que les membres du Conseil avaient repoussé comme une insulte.

Le juge en chef ei Mont avaient ensuite présenté à l’approbation du Conseil, chacun un rapport, en réponse aux remarques faites par Son Excellence, le 9 juillet dernier, sur le premier 1 apport des membres du Conseil. Le vote avait été pris, le rapport de Monk, rejeté, et celui du juge en chef, accepté. Ce dernier rapport n’avait pas encore été présenté au gouverneur et c’est pourquoi il ne pouvait en envoyer une copie. Les choses en étaient arrivées à ce point que le gouverneur et les membres du Conseil ne pouvaient plus agir de concert, et il ne restait pas d’autre moyen de régler la difficulté que de donner un nouveau gouverneur au Conseil ou un nouveau Conseil au gouverneur, ou bien le gouvernement de la province serait bientôt réduit en poussière.

Le rapport dont il est fait mention dans la lettre de Young fut remis à Prescott, le 16 août. Les membres du Conseil exécutif, dans des termes courtois, laissaient voir à Prescott qu’ils n’entendaient pas modifier les opinions émises dans leur premier rapport (20 juin 1798).

Ils ne pouvaient admettre qu’ils fussent dans le tort en déclarant que la parole du gouvernement n’était engagée envers aucun des pétitionnaires. Ceux qui étaient venus s’établir sur les terres qu’ils avaient demandées, avaient obéi, oui ou non, aux ordres émanés du Conseil exécutif. S’ils avaient obéi à ces ordres, le comité concédait qu’ils avaient un juste sujet de réclamation ; s’ils n’avaient pas obéi, le comité, “ éprouve, disaient-ils, une grande difficulté à décider s’ils doivent partager ou non le bénéfice des règlements ”.

Les membres du Conseil ne pouvaient non plus admettre qu’une autorisation pour l’arpentage d’un canton constituait une prétention au droit, en faveur de qui que ce soit.

Instruit qu’est le Comité, disaient-ils, des fraudes innombrables qui ont été commises et dont il pourrait donner des preuves abondantes, ainsi que des fraudes qui se commettent tous les jours, à l’égard des terres vacantes de la Couronne, ainsi que de toutes les craintes qu’entraîne après elle une

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