CHAPITRE VIII
ments personnels pour l’intérêt public; toutefois, ils assurent solennellement Votre Excellence que, si ces accusations sans fondement sont répétées, ils demanderont immédiatement la protection de Sa Majesté.”
Prescott commençait à craindre que les rapports et les mémoires, conçus dans les termes que nous venons de voir, fissent mauvaise impression sur l’esprit du duc de Portland. Pendu au point où il en était, le différend entre le gouverneur et les membres du Conseil prenait une tournure sérieuse. Prescott comprit qu’il f°llait s’expliquer. On se rappelle cette lettre (1), en date du 1er octobre 1798, où il mettait Portland au cornant des renseignements recueillis par un royaliste français, Jules Le Fer, sui la propagande des révolutionnaires français dans la province. Piescott s’inquiétait de l’état d’esprit des Canadiens et disait au ministre qu’en cas d’une attaque de l’extérieur, il ne pouvait compter sur eux pour défendre la province.
Nous jouirions aujourd’hui, disait-il, d’une bien plus grande sécurité, si l’établissement sur les terres vacantes de la Couronne, des anciens sujets de Sa Majesté venus des Etats voisins, avait été fait d’une manière rationnelle.
Par suite des vues intéressées de quelques membres du Conseil et de leurs amis, la province a été privée de la force et de la sécurité qui lui auraient été assurées de ce chef, car réellement, en dehors de l’assistance que peuvent procurer les troupes régulières, il n’y a pas à compter sur d’autres ressources pour assurer la sécurité et la tranquillité de la province.
Ceci m’amène à vous dire un mot ou deux, des raisons qui m’ont poussé à soumettre à Votre Grâce, un plan nouveau pour la vente des terres vacantes de la Couronne (lettre du 24 décembre 1797) (2).
4vant d’aller plus loin, je vous prie de croire, qu’en vous faisant part de ces raisons, je ne désire nullement émettre des idées contraires à celles de Votre Grâce, puisque je considère qu’il est. de mon devoir de me conformer fidèlement à vos ordres, je veux seulement vous démontrer qu’en agissant ainsi, je ne travaillais seulement qu’à assurer la sécurité du gouvernement de Sa Majesté, aussi bien que la prospérité de la province. Je ne doute pas que Votre Grâce
(1) Voir p. 82.
CONFLIT AVEC LE GOUVERNEUR
acceptera ce motif comme une excuse suffisante pour toute erreur de jugement cpie j’aurais pu faire sur ce point.
Tl m’a semblé, depuis longtemps, que le moyen d’assurer la sécurité du gouvernement de Sa Majesté en ce pays, était d’obtenir, par l’établissement des terres vacantes, en autant que la nature des choses s’y prêterait, un corps respectable de propriétaires, sur lequel on pût compter en cas de besoin, chose que l’on ne peut attendre des Canadiens, comme je l’ai constaté depuis longtemps. En réfléchissant sur ce point, il m’a paru que ce problème important de la sécurité du pays, et cet autre non moins important du prélèvement d'un fonds spécial destiné à défrayer les dépenses publiques de la province quoique, réellement différents dans leur objet, pouvaient être réunis ensemble, comme tendant à une même fin. C’est tout simplement ce que j’avais en vue, lorsque j’ai soumis à votre Excellence le plan nouveau pour la vente des terres vacantes de la couronne.
Par suite de la présente opposition du Conseil, je ne pourrai mettre à exécution dès maintenant les instructions de Sa Majesté pour le prélèvement d’un fonds spécial; Votre Grâce aura donc le temps suffisant de me faire savoir, si elle désire faire quelques changements au plan proposé pour la vente des terres (1).
Les craintes de Preseott n’étaient pas sans fondement. Le 11 octobre 1798 (2), Portland exprimait sa surprise d’appiendre qu’il existait un différend entre les membres du Conseil exécutif et le gouverneur. Rien ne tendait davantage à diminuer le respect que l’on devait avoir pour le gouvernement de Sa Majesté. Il avait étudié avec beaucoup de soin les règlements qui lui avaient été soumis et les documents qui lui avaient été envoyés.
Je n’étais pas sans savoir, disait-il, que certaines circonstances, d'un intérêt purement local, eussent pu échapper à ma connaissance, mais la confiance que j’ai toujours eue en votre longue expérience, et le secours que vous deviez puiser dans les lumières et les connaissances du Conseil exécutif, me permettaient d’espérer que toute omission de ma part pourrait être réparée ; aussi ce n’est pas sans chagrin cpie j’ai constaté que vous n’aviez pas déposé devant le comité du Conseil une copie complète du contenu de votre lettre du 3 novembre 1797, (3). et de celle que je vous ai envoyée en réponse (7 février 1798) (4).
(1) Preseott à Portland, 1er octobre 1798, (no 85). Q. 81-1, p. 21.
(2) Arc. can. (no 23), Q. 80-2 p. 423 et seq. Land book D. L. C., p. 339.
(3) Voii- p. 94-105.
(4) Voir p. 107-109.