CHAPITRE VIII
Les membres du Conseil auraient pu ainsi prendre une connaissance beaucoup plus exacte des règlements que vous aviez soumis à ma considération et des remarques que j’y ai faites, et avec la connaissance qu’ils ont des choses locales, ils auraient pu corriger les erreurs sans s’écarter du principe général des règlements.
Portland, après cet avertissement solennel, expliquait à Prescott certains points des restrictions qu’il avait faites dans sa lettie du 7 février. Lorsqu’il parlait, disait-il, de cette classe de personnes qui “ avaient fait des établissements actuels et effectifs dans les cantons qu’elles avaient demandés,” son intention n’était d’inclure dans cette dénomination que les personnes qui étaient venues s’établir d’après une autorisation du gouvernement, clairement exprimée, et nullement d’y comprendre les “ vagues et turbulents intrus, si justement désignés par le Conseil. C’est contre ce genre de colons que la proclamation de 1797 a été lancée, disait-il, et elle ne l’a p^s été sans raison ; des gens de cette classe n’ont aucun droit aux faveurs du Gouvernement”.
Quant à ceux qui avaient acheté les prétentions des premiers pétitionnaires, les membres du Conseil avaient raison de dire qu’il fallait user de précautions pour décider de leur cas ; il P liait d’abord démontrer que les titres, cédés par les vendeurs, étaient conformes aux prescriptions des nouveaux règlements et qu’il n’y avait pas eu de fraude dans les transports.
Portland faisait remarquer à Prescott qu’il fallait réduire la quantité de terre concédée à chaque associé ; une étendue de 1200 acres était trop forte, et une telle concession ne pouvait être justifiée que par l’observation faite par Prescott dans l’explication du premier point des règlements (1).
Pour récompenser les membres du comité du travail qu’ils devraient s’imposer pour mettre à exécution les règlements concernant les terres, Portland croyait qu’il était raisonnable de leur accorder une allocation prise sur le revenu qui proviendrait de la vente des terres incultes de la couronne, et des droits d’acte additionnels. Il désirait connaître son opinion sur ce point. Il le priait de réunir le comité du
(1) Voir p. 107.
CONFLIT AVEC LE GOUVERNEUR 133
Conseil une fois par semaine, afin de régler le plus tôt possible les questions pendantes. En terminant, le duc de Portland demandait instamment au gouverneur de soumettre à la considération du Conseil tous les documents concernant la question de la vente des terres.
Cette lettre était accompagnée d’une autre (1), celle-là privée et confidentielle, où le duc de Portland faisait appel au bon sens, à l’intégrité, au zèle de Prescott et le priait de faire tous ses efforts pour rétablir l’harmonie entre lui et son Conseil, et regagner la confiance du juge en chef, Osgoode,
lequel, disait-il, je n’hésite pas à vous représenter comme le plus intègre et le plus capable de tous les serviteurs de Sa Majesté dans les possessions anglaises. Avec des talents supérieurs à la plupart de ceux qui occupent des positions semblables à la sienne, il a des défauts comme le reste des hommes. Conscient de sa supériorité, il peut arriver, qu’il exige une plus grande part et même un plus grand étalage de confiance qu’en réalité votre position vous oblige à lui témoigner. Mais, quand je considère sa valeur, son influence, le respect dû à sa position, est-ce que je ne suis pas en droit de vous demander, sans aucun avilissement de votre part, de travailler à regagner son estime, et de compter sur lui pour rétablir l’union entre Votre Excellence et les membres du Conseil exécutif ? Je suis persuadé qu’il s’emploiera de tout cœur à cette tâche, lorsqu’il connaîtra vos désirs et votre intention de lui restituer votre amitié, et de faire profiter le gouvernement de toute la somme de ses talents et de son influence.
Le gouverneur des provinces nord-américaines ne s’amoindrit pas en plaçant le juge en chef du Canada à sa droite ; il ne se rabaisse pas aux yeux du public, en le consultant sur les meilleurs moyens de concilier les intérêts en conflit dans son gouvernement ; il ne saurait rendre un service plus agréable à Sa Majesté que celui-là, ni qui soit plus en rapport avec les vœux qu’elle forme pour le bonheur et la prospérité de ses sujets dans l’Amérique du Nord.
Ces deux lettres, surtout la dernière, étaient bien explicites. Elles indiquaient clairement à Prescott que le ministre n’avait pas l’intention de le soutenir dans sa lutte contre les membres du Conseil, et en particulier contre Osgoode.
Malheureusement, le gouverneur ne devait les recevoir que tard dans le printemps, au mois de mars, lorsque tout
(1) Arc. can. Q. 80-2, p. 435.