‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 86 sur 197 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le lieutenant-gouverneur pouvait compter sur ces députés pour appuyer à la Chambre, la nouvelle politique qu’il avait l’intention d’introduire dans le pays et qu’il proposait en ces termes au duc de Portland :

Maintes causes, écrivait-il (1), contribuent présentement à affaiblir graduellement le pouvoir et l’influence de l’aristocratie dans le Bas-Canada.

Ces causes, il les énumère : l’indépendance de l’habitant envers le seigneur, l’ascendance de la religion catholique et l’indépendance du prêtre, le licenciement de la milice, le pouvoir prépondérant de la Chambre d’assemblée, pouvoir qui contrebalance en quelque sorte celui de l’Exécutif, enfin l’égalité qui existe entre les différentes classes de la nation.

Milnes passait ensuite à l’étude des moyens à prendre pour augmenter le prestige du gouvernement.

Je suis persuadé, disait-il, que c’est surtout par le moyeu des terres incultes que l’on réussira à étendre l’influence de la couronne. Partant de là, les délais qui ont eu lieu au sujet de la disposition des terres sont bien regrettables et il est très important pour le gouvernement qu’ils ne se renouvellent pas, afin de ne pas entraver le défrichement et la colonisation de ces immenses étendues de terres disponibles qui appartiennent à la couronne. En effet la concession de celles-ci en franc et commun socage aura pour effet d’implanter, avec le temps, dans cette province, une population appartenant à la religion protestante et qui se sentira naturellement plus étroitement liée au gouvernement britannique. Cependant on ne peut compter immédiatement sur un semblable résultat et, dans l’intervalle, je crois qu’il y a beaucoup à faire, d’abord, par l’intermédiaire des prêtres catholiques et ensuite par le moyen de la milice.

Pour gagner l’influence du clergé catholique il proposait d’augmenter le traitement de l’évêque de Québec, et de l’obliger à se conformer aux instructions royales qui exigent “ qu’aucune personne ne sera admise dans les ordres sacrés ou ne pourra avoir charge d’âmes sans avoir au préalable obtenu une autorisation du gouverneur à cette fin ”.

Quant à la milice, il fallait la réorganiser et distiibuer largement des honneurs, même des récompenses pécuniaires, à ceux qui voudraient prendre du service dans l’armée ; on pourrait, par là, faire de ces derniers de bons agents du gouvernement. Enfin, un bon moyen de mater l’Assemblée ce serait de retenir le revenu inférieur aux dépenses.

Tandis qu’il est si évident, disait-il, que la prépondérance du côté du gouvernement fait défaut dans l’Assemblée, les meilleurs amis du gouvernement considèrent que, pour le moment, il vaut mieux que le revenu ne soit pas égal aux dépenses. Votre Grâce se rendra compte immédiatement de 1a. nécessité de maintenir plus ou moins eet état de choses, du moins en apparence, car il y a lieu de craindre, dans le cas où la province serait induite à se taxer elle-même suffisamment pour répondre aux demandes du gouvernement exécutif, que l’Assemblée ne prétende probablement avoir droit de réglementation et de contrôle sur le tout, ce qui ne pourrait manquer d’avoir les plus déplorables résultats pour le gouvernement colonial qui dépendrait, à partir de ce moment, de la volonté d’une assemblée populaire.

La mère patrie se trouvera entièrement soulagée des obligations qui pèsent sur elle, dans le moment, quand les sommes provenant de la vente des terres incultes commenceront à être perçues, surtout s’il est décidé (comme la dépêche, du 13 juillet 1797, au général Prescott le laisse entendre) d’appliquer les montants provenant de ces ventes à acheter des actions dans les fonds anglais, et l’intérêt de ces actions, à payer les dépenses de l’administration civile de la province, en la manière prescrite par les lords commissaires de Sa Majesté.

La quantité totale de terre dont le gouvernement peut disposer doit former environ 150 cantons équivalant à 10 millions d’acres, dans lesquels se trouve comprise la principale partie des terres non concédées du Bas-Canada considérées propres à la culture et à la formation d’établissements.

Il est question de ne concéder que 35 de ces cantons, aux conditions proposées originairement en l’année 1792. Il restera donc 115 camons dont la couronne pourra disposer à l’avenir, sans compter les réserves allouées aux églises et à la couronne, qui comprennent deux septièmes réservés dans les townships déjà concédés.

Comme la colonisation de ces terres sera une source de richesse, de pouvoir et de prestige pour la mère patrie, c’est donc un sujet de la plus haute importance et aussi un moyen

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