‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 90 sur 197 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Distribution extravagante des terres dfe la couronne. — Les spéculateurs : John Black, Hugh Finlav. — Les marchands. — Les fonctionnaires prdïlics : William Grant, David Alexander Grant. — Les militaires. — Les Bois-Francs. — -Les cantons de la Beauce ; ceux situés au nord de Québec. — Les nouvelles seigneuries de Thxvaite, de Saint-Jacques et Saint-Normand, de Saint-Georges.

Nous avons vu que les commissaires, chargés de faire enquête sur les réclamations des pétitionnaires des terres de la Couronne, avaient remis leur rapport au lieutenant-gouverneur au mois de juillet 1800.

Celui-ci n’avait pas attendu d’avoir sous la main cette pièce officielle pour commencer à donner des titres légaux à ceux qui se présentaient .

Il avait accordé des lettres patentes, le 3 janvier 1799, à Gilbert Parker, pour 5,200 acres dans le canton de Hinchinbrook ; pour 20,800 acres dans le canton de Hemmingford, à Robert Gordon, le 18 mars 1799; et pour 12,600 acres dans le canton de Clifton, à David Stewart, le 13 juin 1799. Ces trois personnages étaient des inconnus qui avaient su cependant gagner les bonnes grâces des membres du comité.

Ce n’était là que le prélude de ce qui allait se passer dans la suite.

Pendant l’administration de Milnes, nous allons assister à une distribution extravagante du domaine de la couronne. De 1800 à 1815, les membres du Conseil, avec l’approbation du chef du gouvernement, vont donner gratuitement et à tout venant des milliers d’acres de terre, et pendant de longues années on aura à subir les tristes conséquences de cette politique imprévoyante. Ces immenses étendues de terre resteront abandonnées et sans culture ; on en viendra même à ne plus connaître leurs véritables propriétaires.

Nous ne devons cependant pas jeter tout le blâme sur les seuls gouvernants de l’époque ; la ligne de conduite qu’ils adoptèrent n’était que le résultat de celle suivie au lendemain de l’Acte constitutionnel de 1791. Nous l’avons vu, on s’était engagé à donner des titres légaux à tous ceux qui viendraient s’établir sur les terres de la couronne et en entreprendraient le défrichement. Attirés par les offres alléchantes qu’on leur faisait, les colons affluèrent de tous côtés ; plusieurs se mirent à l’ouvrage et firent des travaux considérables ; mais ne pouvant obtenir des titres légaux, ils renoncèrent à s’établir sur des terrains dont ils pouvaient être dépossédés à chaque instant. D’autres, plus tenaces, restèrenl sur place et résolurent de faire valoir la légitimité de leurs réclamations, et nous savons que leur délégué en Angleterre, Samuel Gale, avait plaidé leur cause avec habileté. Le gouvernement impérial reconnaissait, dans une certaine mesure, que leurs prétentions étaient réelles. Les fonctionnaires de la province durent s’incliner devant les ordres de leurs supérieurs à Londres et accorder aux chefs de cantons les lettres patentes (1) qu’ils sollicitaient depuis si longtemps.

Ce qui incrimine les hommes publics de l’époque, ce n’est pas d’aAToir rempli un acte de justice envers ceux dont les réclamations étaient fondées, mais de s’être montrés trop complaisants envers un grand nombre d’individus qui n’étaient évidemment pas de bonne foi, de leur avoir distribué, sans songer à l’avenir, d’immenses étendues de terrain, et d’avoir ainsi aliéné pour de longues années le domaine de la couronne.

(1) Dans ces lettres patentes on mentionne non-seulement le nom du chef, mais aussi celui des associés, on y indique aussi la quantité d’acres de terre qui doit revenir à chacun. Dans la liste des cantons que nous donnons dans ces pages, nous nous contentons d’indiquer le nom du chef, comme si la quantité de terre indiquée lui était octroyée à lui seul. Nous prions cependant le lecteur de remarquer que d’après les lettres patentes, le chef de canton ne devait recevoir que 1200 acres de terre, chacun des associés recevant îui aussi 1200 acres. Comme d’après une entente entre le chef et ses associés, ceux-ci devaient lui remettre, lors de l’obtention des lettres patentes, chacun 1,000 acres, il s’en suit qu’en réalité la presque totalité du terrain concédé était donnée au chef, c’est pourquoi nous nous contentons d’indiquer que dans tel ou tel canton telle ou telle quantité d’acres de terre était concédée au chef. C’est d’ailleurs ainsi que tous ces titres de concession sont inscrits dans les registres officiels.

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