CHAPITRE XI
C’est un cas typique que celui de ce pauvre Black ; celui de Hugh Finlay n’est pas moins intéressant, d’autant plus qu’il s’agit ici d’un fonctionnaire public de l’époque.
Finlay était venu à Québec en 176Q. En 1768, il fut nommé membre du Conseil exécutif et, en 1773, directeur général des Postes de l’Amérique du Nord ; c’est d’après ses instructions que fut établi le premier service de malle entre Québec et New-York. En 1791, il devint président du comité des terres, et nous avons vu, dans le temps, le zèle qu’il déploya pour attirer des colons américains dans le Bas-Canada et, particulièrement pour se trouver des associés pour le canton de Stanbridge. Après bien des démarches, il obtint enfin, le premier septembre 1800, des lettres patentes pour 41,700 acres de terre dans ce même canton. Il décéda, le 26 décembre 1801, étant débiteur envers la couronne d’une somme de £1408 3 9 pour des arrérages dans ses comptes comme directeur des Postes (l).
Il laissait sa famille dans un état voisin de la misère et dans l’impossibilité de rembourser cette somme. Ses biensfonds furent saisis par ordre du gouvernement ; deux marchands de Montréal, Isaac Todd et James McGill, se portèrent acquéreurs du canton de Stanbridge, et nous voyons qu’en 1802, ces deux messieurs offraient en vente 35,000 acres de terre dans ce canton (2).
Nous rencontrerons plus tard d’autres fonctionnaires se faisant récompenser des services rendus au gouvernement par des octrois de terre ; ils ne furent pas seuls à profiter des largesses du gouvernement. Les gens de la classe commerciale se montrèrent plus insatiables encore, et avec peut-être moins de raison.
C’est ainsi qu’une partie des terrains compris, pour la plus grande quantité, dans les limites du comté actuel de Mégantic, fut partagée entre les membres de la compagnie de fourrures dite du Nord-Ouest. Ils reçurent chacun 15,000 acres (le quart d’un canton) : Simon McTavish, dans le canton de Chester (17 juillet 1802), Benjamin Jobert, dans le canton de Halifax (7 août 1802), William McGillivray, dans le canton d’Inverness (9 août 1802), Nicholas Montour,
(1) Mémoire de Hugh Finlay, 9 juin 1801. Arc. can. Q. 87-1, p. 259.
(2) Gazette de Québec, supplément, 22 avril 1802.
dans le canton de Wolfestown (14 août 1802), Isaac Todd, dans le canton de Leeds (14 août 1802), Joseph Frobisher, dans le canton d’Ireland (28 août 1802) et John Gregory, dans le canton d’Arthabaska (30 septembre 1802).
Ces commerçants avaient recueilli leurs associés parmi les coureurs des bois qui se livraient à la traite des fourrures pour leur compte. McGillivray, Todd et Jobert vendirent leurs terrains à Frobisher. Celui-ci, à la suite de plusieurs autres transactions se trouva possesseur, dans cette partie de la province, de 57,000 acres de terre, qu’il laissa à sa famille, lorsqu’il mourut, en 1810. En 1805, une nouvelle concession, de 11,243 acres, fut faite à un nommé Mathew Scott, dans le canton de Halifax. La partie du canton de Wolfestown, cédée à Nicholas Montour, appartenait, en 1820, à la banque de Québec. Tous ces cantons étaient encore à peu près inhabités à cette date.
Les terrains qui forment maintenant, en grande partie, les comtés de Drummond et d’Arthabaska furent également donnés à des marchands et à des fonctionnaires publics.
Un des mieux servis, parmi ceux-ci, fut William Grant, ancien receveur général et membre du Conseil législatif, qui reçut 27,000 acres de terre dans le canton de Grantham, le 14 mai 1800. C’est ce William Grant qui épousa, en 1770, la troisième baronne de Longueuil ; c’était le plus gros propriétaire foncier de l’époque. En outre des terrains très étendus qu’il possédait dans la ville de Québec et dans la banlieue, sur le coteau Sainte-Geneviève, il partageait pour un douzième dans la seigneurie de Saint-Joseph de la Nouvelle-Beauce, pour un douzième aussi, dans celle de Deschambault, pour un tiers dans celle des Mille-Vaches. Il possédait, en plus, la moitié de la seigneurie de la Terre- Ferme de Mingan, en totalité celle des îles et îlets de Mingan, la moitié de l’île d’Anticosti. Il en avait trop ; il mourut insolvable, en 1805, et ses propriétés furent saisies et vendues par le shéiif,en 1808. Les 27,000 acres du canton de Grantham restèrent entre les mains du curateur de sa succession, l’honorable John Robertson.
Lin autre Grant, David Alexander, grand propriétaire lui aussi, et neveu du premier, reçut, le 21 mai 1800, 25,200 acres dans le canton d’Upton, voisin de celui de Grantham.