CHAPITRE XI
David Alexander épousa, plus tard, la quatrième baronne de Longueuil. Un de ses descendants, aujourd’hui retiré en Angleterre, porte encore le titre de baron de Longueuil.
Aux deux Grant nous pouvons joindre Patrick Langam qui semble avoir eu la gérance de leurs biens, puisque c’est à sa requête que les propriétés de William Grant furent mises à l’enchère. Ce Patrick Langan eut un octroi de 24,463 acres, le 27 mai 1803, dans le canton de Bulstrode.
Les fonctionnaires publics qui reçurent des octrois de terre dans cette partie de la province étaient William Lindsay, assistant greffier de l’Assemblée législative, auquel furent données 23,753 acres de terre dans le canton de Wickham, le 31 août 1802, Thomas Scott, contrôleur des douanes, à Québec, qui reçut 21,991 acres, dans le canton de Durham, le 30 août 1802, et le docteur Georges Langmore, médecin de la garnison à Québec, qui eut des lettres patentes pour le quart du canton (11,478 acres) de Kingsey, le 7 juin 1803.
Un autre quart du même canton fut donné, le 14 janvier 1805, à Marie-Joseph Rolette, veuve de l’ancien arpenteur en chef, Samuel Holland, et à leurs enfants, Charlotte, Suzanne et Georges. L’aîné, John Frédérick, avait eu, le 24 mai 1803, 11,500 acres, dans le canton de Clinton. Samuel Holland était décédé au mois de décembre 1801 ; il avait fait valoir pendant de longues années les services rendus pour obtenir une concession de terre ; ce ne fut cependant qu’après sa mort que vint la récompense.
La moitié des cantons de Tingwick et de Warwick fut octroyée, le 23 janvier 1804, à diverses personnes qui n’avaient pas de chefs reconnus.
Enfin, la moitié des cantons de Nelson et de Somerset fut partagée entre les miliciens qui avaient servi durant le blocus de Québec, en 1775. Ceux qui prirent des lots dans ces cantons les revendirent, pour la plupart, à Jacob Pozer, un marchand de Québec, qui les échangea, en 1831, pour une partie du canton de Shenley.
Deux autres cantons de cette région, ceux de Windsor et de Simpson, avaient également été réservés pour les vétérans de 1775. 50,900 acres leur furent donnés dans le
canton de Windsor, le 14 juillet 1802, et 43,135 acres dans le canton de Simpson, le 7 juillet 1802.
La belle étendue de terrain qu’on appela plus tard les Bois-Francs, et qui est renfermé aujourd’hui dans les limites des comtés de Mégantic, de Drummond et d’Arthabaska, était donc concédée par lettres patentes, dès l’année 1804. Malheureusement, pas un seul des chefs de cantons que nous avons rencontrés dans la liste ci-dessus, ne s’occupa de placer des colons dans cette région qui devait rester fermée à la colonisation pendant de longues années. Nous verrons plus tard ce qu’il en coûta de peines et de souffrances pour jeter les fondements des belles paroisses que nous y voyons aujourd’hui.
De grandes paroisses s’étaient organisées depuis la cession du pays dans les seigneuries de la Nouvelle-Beauce. Les cantons qui les avoisinaient devaient naturellement être convoités par les spéculateurs. Aussi nous voyons deux marchands de Québec, Henri Juncken et William Hall, se faire concéder, le 20 octobre 1800, la moitié du canton de Broughton (23,100). Henri Juncken et son neveu, William Hall, étaient des américains réfugiés à Québec, en 1783 ; établis dans la Pensylvanie, ils avaient été emprisonnés pendant la guerre américaine, et leurs propriétés avaient été confisquées. Lui autre réfugié américain, John Mervin Nooth, reçut, le 10 novembre 1802, la moitié du canton de Thetford, et 22,995 acres, dans le canton de Tring, furent donnés à divers particuliers de Québec, le 20 juillet 1804.
Quelques cantons situés au nord du St-Laurent fuient aussi concédés dans ces mêmes années. L’un de ces cantons, celui de Stoneham, avait été demandé dès 1791, par le révérend Philip Toosey, ministre de l’Église anglicane à Québec. Le voyageur Weld parle avec enthousiasme de la visite qu’il fit à la ferme du révérend Toosey, établie à l’extrémité sud de ce canton, tout près du lac Saint-Charles (1). M. Toosey décéda en 1799, sans avoir pu obtenir les lettres patentes qu’il sollicitait depuis si longtemps ; sa veuve et son fils retournèrent en Angleterre, et la moitié du canton de Stoneham (24,000 acres) fut enfin concédée, le 14 mai 1800,
(.1) isaac Weld. V. au C. II, p. 177.
CHAPCTRE Xi
à un marchand de Québec, Kenelm Chandler. Tout de même, le lieutenant-gouverneur fit réserver 1200 acres, dans ce canton, pour les héritiers de l’ancien ministre anglican, et demanda au duc de Portland d’exempter ceux-ci delà prestation du serment requis pour l’obtention des lettres patentes (1).
Le même jour (14 mai 1800) 24,000 acres furent donnés à un marchand de Québec, Denis Létourneau, dans le canton de Tewkesburv . Lui et ses dix-neuf associés n’y firent jamais aucune culture.
LTn autre marchand de Québec, John Jones, reçut des lettres patentes pour 24,620 acres, le 29 avril 1800, dans le canton de Hunterstown, en arrière des seigneuries de Dumontier et de Grandpré, dans le comté actuel de Maskinongé.
Dans le canton de Buckingham, sur la rive nord de la rivière Ottawa, 14,910 acres furent donnés, le 22 janvier 1803, à William Fortune, arpenteur, et à Eli Hawley, un vétéran de la guerre de 1775.
Enfin, nous trouvons, parmi les chefs de cantons de l’époque, deux seigneurs canadiens ; l’un était Pierre Margane de La Val trie, qui, en récompense de sa belle conduite durant la guerre américaine, reçut, le 24 juin 1803, le quart du canton de Kildare (11,486), situé en arrière de la seigneurie de La Valtrie. L’autre était l’honorable Gaspard-Michel Chartier de Lotbinière, seigneur de Soulanges et de Vaudreuil, et membre du Conseil législatif. C’était le seul descendant de l’ancienne famille des Lotbinière. Apiès la mort de sa première femme, Marie-Joséphine Godefroy de Tonnancour il avait épousé Ann Charlotte Munro, fille de l’honorable John Munro, membre du gouvernement du Haut-Canada. Quatre filles naquirent de ce mariage. C’est par son mariage avec l’une d’elles que Gustave Joly hérita de la seigneurie de Lotbinière, restée jusqu’à ce jour en la possession de la famille Joly de Lotbinière. Gaspard-Michel Chartier de Lotbinière, engagé volontaire pendant la guerre de 1775, avait été prisonnier des Américains pendant vingt-deux
(1) Milnes au duc de Portland, (87), 11 août 1801. Arc. can. Q. 87-1, p. 181-
mois (l). On lui donna comme récompense 12,961 acres de terre, le 26 mars 1805, dans le canton de Newton, voisin de la seigneurie de Vaudreuil.
On se rappelle que sir Robert Shore Milnes en envoyant au duc de Portland le rapport des membres du comité des terres, mentionné précédemment, lui faisait remarquer que les membres de ce comité, entre autres lejugeenchef Osgoode, le lord évêque Mountain, les honorables Finlay, Baby, Dunn et Young avaient accompli un travail considérable, pour lequel ils méritaient une récompense. Le lieutenantgouverneur proposait de donner à chacun un canton.
Si l'on compare, disait-il, le haut rang cjue ces messieurs occupent dans la province, avec la position de ceux auxquels des cantons ont été donnés jusqu’à ce jour, cette concession d’un canton entier à chacun des membres du comité des terres, n’est certainement pas excessive. Mais, si Votre Grâce trouve que c’est faire preuve d’une trop grande libéralité, nous pourrions nous contenter de leur donner à chacun une quantité spécifiée, par exemple un demi-canton, à l’exclusion des réserves du clergé et de la couronne, sans associés et sans autres charges, que celles de payer les frais d’arpentages et les anciens droits. Il est de mon devoir de faire remarquer à Votre Seigneurie que MM. Dunn et Finlay ont déjà obtenu des octrois de terrain, d’après la procédure ordinaire. Un canton a été donné à M. Dunn et à trente-neuf associés, en 1795, et des instructions ont été émises pour en accorder un aussi à M. Finlay. Comme ces deux cantons ont été donnés à ces deux messieurs en commun avec des associés, je considère que le fait d’avoir reçu comme les autres citoyens de la province, des concessions de terre, ne devrait pas être une raison suffisante pour refuser à MM. Finlay et Dunn une nouvelle concession en récompense du travail qu’ils ont accompli (2).
Cette proposition de Milnes parut d’abord plaire médiocrement à Portland. Il voulut, avant de prendre une décision, savoir la valeur absolue d’un demi-canton, puis sa valeur relative, supposé qu’il serait concédé avec l’obligation, pour le chef, de fournir la proportion requise d’associés ; enfin,
(1) Pétition de Charles de Lotbinière à sir John Cope Sherbrooke, 4 novembre 1817. Arc. can. Q. 145. p. 118.
(2) Milnes à Portland, 14 août 1800. Arc. can. Q. 85, p. 166-169.