CHAPITRE XII
Manson ville. Deux autres associés, Jacob Garland et Jonathan Heâth se fixèrent à Meigs’ Corners.
Ces réfugiés américains, qui étaient des loyalistes au vrai sens du mot, formèrent le premier noyau de population dans les deux comtés de Missisquoi et de Brome. Malgré l’isolement, les difficultés, les souffrances de toute sorte, ils fondèrent des centres de colonisation qui se développèrent assez rapidement. C’étaient des hommes énergiques, sobres et laborieux, chefs, pour la plupart, d’une nombreuse famille. Connaissant assez bien les principes de la science agricole, et joignant à l’esprit d’économie un grand amour du travail, ils acquirent en peu de temps une aisance relative ; plusieurs, parmi leurs descendants, sont parvenus à de hautes positions et ont illustré, par une vie consacrée au service de leur patrie d’adoption, le nom de leurs ancêtres.
Dans le comté actuel de Shefîord, les deux cantons de Granby et de Milton avaient été réservés pour les vétérans de la milice britannique qui avaient fait du service militaire pendant le blocus de Québec, en 1775. Le 8 janvier 1803, 38,152 acres de terre furent donnés à 95 de ces militaires, dans le canton de Granby, et le 29 janvier 1803, 24,5 1S acres furent données à 81 autres, dans le canton de Milton. Comme on devait s’y attendre, ces soldats d’occasion ne firent jamais des colons. Ce sera seulement en 1820, qu’on verra les premiers défricheurs arriver dans ces deux cantons.
Le canton voisin, celui de Shefîord, se développa plus rapidement. Il fut donné, le 10 février 1801, à un officier qui avait combattu dans l’armée anglaise pendant la guerre de l’indépendance, John Savage, lequel ne tarda pas à venir s’établir sur les lots qu’il avait choisis. Parmi ses associés on trouve des Wood, des Bell, des Hayes, des Ketzback, des Lawrence, des Lewis, des Moffatt, des McFarland, noms bien connus dans le comté de Shefîord.
La moitié du canton de Roxton (24,784 acres) fut concédée, le 8 janvier 1803, à Elizabeth Ruiter, veuve de John Ruiter, et à leurs enfants ; le quart du canton d’Ely (11,550 acres) fut donné à Amos Lay, un arpenteur, le 13 novembre 1802, enfin la moitié du canton de Stukeley fut donnée à Samuel Willard, le 3 novembre 1800.
CANTONS CONCÉDÉS PAR LETTRES PATENTES {suite) 181
Samuel W illard appartenait à une famille distinguée de Petersham, dans le Massachusetts. Il s’établit avec quelquesuns de ses associés, entre autres Silas Knowlton, Henry Lawrence, Luther Sergent, Samuel Page, dans la partie sud de Stukeley. Ces trois derniers cantons devaient prendre bien du temps à se développer.
Les cantons de Stanstead, de Barnston, de Barford et de Hatley, qui sont renfermés dans le comté actuel de Stanstead, allaient se peupler plus vite, mais le progrès, là aussi, devait être bien lent. Le lac Memphremagog, qui baigne ce comté au sud, fournissait une magnifique voie de communication que les émigrés américains surent utiliser. C’est parmi eux, et spécialement dans le Vermont, que les chefs des cantons de Stanstead et de Baniston allèrent chercher leurs associés. La moitié sud du Stanstead (27,720 acres) fut concédée, le 27 septembre 1800, à Isaac Ogden, juge de la cour du Banc du Roi, à Montréal ; de même, Robert Lester et Robert Morrogh, deux marchands de Québec, reçurent le 11 avril 1801, la moitié du canton de Barnston. Leurs associés, qui étaient pour la plupart des aventuriers, firent défaut, et des étrangers venus d’un peu partout prirent leur place.
Dans le canton de Barford, 27,750 acres furent donnés, le 15 avril 1802, à un groupe d’associés sans chef reconnu. Le plus important de ces associés était Isaac Winslow Clark, un marchand de Montréal, qui se donna beaucoup de peine pour implanter dans le pays la culture du chanvre.
Enfin, le canton de Hatley, dont une partie porte aujourd’hui le nom de Magog, fut concédé, le 28 mars 1803, à Henry Cull, lieutenant-colonel de milice.
Les deux comtés de Sherbrooke et de Richmond sont coupés en plein milieu par la rivière Saint-François, qui fournissait dans le temps une bonne voie de pénétration. Aussi les cantons qui sont renfermés dans ces deux comtés furent-ils convoités dès le commencement. Dans le comté de Sherbrooke, le fiers (14,280 acres) du canton d’Orford fut concédé le 5 mai 1801, à Luke Knoulton, et la moitié (20,188 acres) du canton d’Ascott, à Gilbert Hyatt, le 21 avril 1803.
Aucun des associés de Luke Knoulton ne vint s’établir et le canton d’Orford resta pendant de longues années complètement abandonné.